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30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 21:50

Thérèse ou la plénitude d’amour dans la fragilité

Thérèse (1873-1897) est décédée à 24 ans après plusieurs mois de souffrance liée à une pneumonie dans un anonymat presque total. Aujourd’hui, l’ouvrage posthume « histoire d’une âme » s’est vendu à plus de 500 millions d’exemplaires dans le monde. Depuis plus d’un siècle, des millions de personnes du monde entier se sont rendus dans la petite ville de Lisieux en Normandie pour lui rendre grâce, la remercier dans la basilique qui lui est dédiée. Et même des miracles lui sont attribués et elle a été béatifiée, reconnue sainte par l’Eglise catholique. Edith Piaf sera guérie mystérieusement d’une cataracte des yeux suite à un pèlerinage en terre normande. Plus récemment, la chanteuse québéçoise, Natacha Saint Pierre (1) a repris ses poèmes comme vivre d’amour et les a mis en musique avec un impact fort auprès du public de ses concerts. Comment cette jeune femme, ayant passé près 9 ans cloîtrée au carmel de Lisieux à partir de l’âge de 15 ans, attire t’elle encore autant de personnes croyantes et non croyantes à travers le monde ?

Les ouvrages et les études dites thérésiennes ne manquent pas sur le sujet. Aussi, je vais simplement me risquer à une analyse toute personnelle et qui montre aussi comment elle me touche directement dans sa sagesse de l’amour totalement donné. D’abord, Thérèse incarne une vie simple, sobre pour ne pas dire « dépouillée » : pas d’excentricité notoire, de fait remarquable durant sa vie dans un XIXème siècle rude pour la vie de moniale. Elle n’est pas reconnue comme une intellectuelle de la foi, telle la fondatrice des carmels, Sainte Thérèse d’Avila. Sa fragilité à la fois physique dès sa naissance et psychologique avec une hypersensibilité durant l’enfance ( décès de sa Maman à 4 ans et puis départ pour le carmel de sa seconde maman Pauline sa sœur, à l’âge de 9 ans) nous la rend proche, accessible.

Comment s’incarne cette sagesse d’amour qu’elle a mûri de manière très rapide dans sa courte existence terrestre ?

Même si des auteurs très amoureux de Thérèse comme le poète québécois Jacques Gauthier se sentent inspirés pour reconnaitre une dizaine d’attitudes intérieures inspirantes de Thérèse, je me contenterai, pour rester dans une première approche accessible à un lecteur croyant ou non qui la découvre par cet écrit à préciser trois mouvements d’âme de Thérèse qui peuvent nous rejoindre. Elle les rassemble à la fin de sa vie dans ce qu’elle nomme la petite voie.

Premier mouvement : tout remettre à Dieu et s’en remettre à lui pour « objectiver toute situation » ( cf Père Victor Sion « réalisme spirituel de Thérèse de Lisieux »).Thérèse, par la prière, comprend que sa tristesse suite à sa vocation d’entrer au carmel retardée ( elle avait manifesté le désir d’entrer à 14 ans, âge non autorisé) vient d’abord de son amour propre blessé. Elle explique à ses sœurs novices, faisant l’apprentissage de cette vie donnée, l’importance de ne ni dramatiser une situation, ni se mettre en vedette. Ce réflexe thérésien peut nous rejoindre quand nous sommes submergés par la vague d’une souffrance, d’une tempête sur laquelle nous n’avons pas de prise, pas de contrôle. Tomber dans l’impuissance, la colère, peut être ou encore s’en remettre directement à plus grand que soi, à Dieu pour des croyants…

Deuxième mouvement : Oser l’abandon confiant dans les bras de Jésus

Cet élan que Thérèse va cultiver durant toute sa vie de moniale lui vient de sa croyance totale dans l’amour miséricordieux de Dieu. «  Je ne me fais pas de peine en voyant que je suis la faiblesse même. Au contraire c’est en elle que je me glorifie et je m’attends chaque jour à découvrir en moi de nouvelles imperfections…Je l’avoue, ces lumières sur mon néant me font plus de bien que des lumières sur la foi ». Dans un monde qui brille par certains égos surmédiatisés ( président Trump aux Etats Unis, célébrités du show biz, hommes politiques…), quel rafraîchissement de se dire que la faiblesse peut être une force. Oser reconnaitre sans se culpabiliser, sans se flageller non plus, sa fragilité dans telle situation, est un magnifique pas libérateur pour soi.

Troisième mouvement : vivre chaque jour, attentif aux petites choses  et les vivre avec amour. Le Père Patrick Lemoine, « amoureux » et érudit de Sainte Thérèse témoigne de l’amour fou de Thérèse pour Jésus . Il cite Sainte Thérèse qui écrit : « ramasser une épingle avec amour peut convertir une âme »… quel mystère ! ». En langage du XXIème siècle, c’est toute l’attention aux petites choses du quotidien : le regard bienveillant de ses voisins, le sourire d’une boulangère, un beau paysage sur un parcours professionnel, une rencontre inattendue et ressourçante,…bref des petits riens qui pourraient passés inaperçus et qui colorent notre quotidien. Les petites actions de chaque jour vécus par amour peuvent contribuer à nous relier à plus grand que nous. A la suite de cette petite voie, des écrivains, des hommes et des femmes l’ont suivi à leur manière. Ainsi, Georges Bernanos, écrivain du XXème siècle, écrivait : «  Les petites choses n’ont l’air de rien mais elles donnent la paix ».

En cette période troublée par la crise sanitaire doublée d’une crise économique pour beaucoup, après le vécu d’un confinement national, j’ai la conviction que cette petite Thérèse travaille là où elle est comme elle l’avait annoncée peu de temps avant sa mort : « Je veux passer ma vie au ciel à faire du bien sur la terre. ». Pour ceux et celles qui se sont sentis appelés, prier Sainte Thérèse s’est souvent révélé comme un déclic à l’occasion d’un moment de doute, de détresse, de remise en question. Pour tous, elle nous encourage à aller puiser dans notre cœur d’enfant, à le réveiller pour lâcher notre « sphère mentale » parfois emprisonnante » et retrouver le goût d’une vie simple, sans artifice, donnée et aimantée par le seul désir d’amour ou d’empathie. « Vivre d'Amour, c'est naviguer sans cesse, semant la paix, la joie dans tous les cœurs Pilote Aimé, la Charité me presse Car je te vois dans les âmes mes sœurs » (extrait du poème vivre d’amour).

La bonne nouvelle ? Cette sagesse, cette petite voie, chacun peut l’emprunter avec son cœur d’enfant comme s’il cherchait à franchir la première marche d’un escalier pour un enfant. Il va trébucher, peut être tomber. Mais au fond de lui, il sait que son père ou sa mère seront là pour l’aider à aller jusqu’au bout. Belle certitude au cœur d’un monde d’incertitudes !

 

(1) Vivre d’amour chanté par Natacha Saint Pierre en duo avec Anggun

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  • : Le blog de Michel BERNARD
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  • Michel BERNARD
  • Coach, praticien appreciative inquiry, et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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