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18 juillet 2021 7 18 /07 /juillet /2021 22:09

Depuis mars 2020, les périodes de restriction de nos libertés de déplacement, sous l’emprise des mesures de protection sanitaire liées à la Covid 19 et à la pandémie mondiale, ont ponctuée notre vie quotidienne. Le confinement strict de la première période de mars à mai 2020 nous donnait l’autorisation d’une sortie d’une heure maximale par jour dans un rayon d’un kilomètre depuis le domicile pour une activité physique d’entretien. En fin d’année 2020 et au premier semestre 2021, nous avons connu les règles du couvre-feu ( sans qu’il n’y ait de guerre) interdisant, par loi gouvernementale, nos sorties hors domicile au-delà de 18H puis progressivement élargi à 21H et à 23H. Depuis juillet 2021, nous retrouvons notre pouvoir de nous déplacer sans produire de justificatif ou encore sans nous poser la question d’un retour précipité pour tenir la limite horaire. Ces restrictions justifiées par le gouvernement comme moyens nécessaires et incontournables d’endiguer l’extension de la pandémie, de protéger les populations et notamment les personnes les plus fragiles, ont produit de nombreux débats relayés par les médias sur cette fameuse liberté individuelle « mise à mal » dans un état démocratique. Pour ma part, je note, dans ce contexte, que majoritaires ont été ceux et celles qui ont respecté les consignes données dans une démarche d’obéissance à la loi ( avec risque d’amende en cas d’infraction) et de geste de solidarité citoyenne ( finalement , je participe à l’effort national et même international en espérant bien que tout cela s’arrête un jour) . D’une certaine manière, c’était donner du sens au fait de réduire nos déplacements, nos désirs de sortie de jour et de soirée. Mais là, force est de constater les grands écarts dans le vécu personnel. Entre des étudiants en rupture de contact social, confinés dans leur chambre avec des cours en ligne au bord de la dépression, des salariés désœuvrés en impatience de reprendre une activité et ceux et celles, résilients, qui ont pu surfer sur la vague et vivrent cette période en s’ouvrant à d’autres horizons  parfois plus  intérieurs comme la méditation, des lectures pour lesquelles le temps était devenu disponible, ou encore le retour à une cuisine pour soi ou au bricolage à la maison.

Et si cette privation temporaire de liberté que je qualifie de liberté extérieure nous invitait à regarder en nous de plus près une autre forme de liberté, notre liberté intérieure ?

La liberté extérieure, très valorisée dans notre monde moderne, voudrait nous faire croire que plus nous avons de choix, plus nous repoussons nos contraintes et plus nous serions heureux. Ainsi, des jeunes se lancent dans des sports extrêmes pour vivre toujours plus de sensation avec le risque de terminer leur vie par un accident mortel. Cette liberté nous pousse à regarder de manière étroite les contraintes de nos vies qui, de toute façon, augmenteront avec l’avancée en âge. Une personne en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) est extrêmement dépendante des horaires de l’établissement, des soins et du personnel avec une autonomie de mouvement limitée. Si nous regardons du côté de la liberté intérieure, avec celles et ceux qui l’incarnent profondément, elle semblerait plus détachée du contexte, des contraintes institutionnelles et matérielles.

Le Dalaï-Lama, guide spirituel du peuple tibétain qui a dû fuir son pays avec l’invasion chinoise dans les années 60, pourrait se plaindre de sa situation durable d’exilé. Et pourtant, dans ses ouvrages et ses prises de parole, il rayonne d’une forme de paix intérieure teintée souvent d’humour. Une femme, Etty Hillesum, jeune juive déportée et morte à 29 ans à Auschwitz témoigne dans son journal (« Une vie bouleversée, journal 1941-1943 ») de la manière incroyable dont elle a vécu une expérience spirituelle profonde. « On peut nous rendre la vie assez dure, nous dépouiller de certains biens matériels, nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure, mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleurs forces par une attitude psychologique désastreuse….On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps, par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible….Je trouve la vie si belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme, j’ose le dire sans fausse honte… ».

Ces deux exemples d’un homme et d’une femme pour vous partager ma conviction que cette liberté intérieure n’est pas tant contingentée, dépendante du contexte plus ou moins agréable ou difficile de nos vies mais profondément ancrée dans notre regard intérieur sur  notre relation au monde. Comment la cultiver pour qu’elle nous aide à « dépasser » l’étroitesse de nos conditionnements à une liberté de « pouvoir faire ce que je veux quand je veux avec qui je veux. » ?

Probablement par un travail intérieur de détachement de notre petit moi, l’ego qui voudrait que nous soyons le centre du monde, que nous soyons reconnus et aimés en toute circonstance. Or, la vie se charge de nous apprendre que, malgré tous nos efforts, il y aura des moments de doute, d’épreuve, de solitude, de tension, de non amour qui mettront notre ego à rude épreuve.

Un autre mouvement me semble aussi important, dans l’humilité de notre être profond : notre désir de reliance avec d’autres qui sont déjà sur cette voie de la liberté intérieure. Ces femmes et ces hommes témoignent simplement, de manière authentique, d’une vitalité intérieure, au-delà des épreuves vécues, et portent ce regard bleu sur le monde, les hommes, la nature et la Vie. Et j’ai le désir, pour conclure cet article, de laisser ma plume à l’un d’entre eux, poète du temps présent qui vit à la campagne et écrit à la main, sans ordinateur :

«  Maintenant c’est le soir mais je ne veux pas laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau. Vous le voyez le monde. Vous le voyez comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d’eau - ça, oui c’était important.

Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. »

Un extrait de l’homme-joie de Christian Bobin qui nous invite à revenir à nous-mêmes, au dialogue avec notre âme, pour nous ouvrir à cette liberté intérieure qui ne s’achète pas.

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  • : Le blog de Michel BERNARD
  • : ce blog est destiné à ouvrir un espace de reliance entre la psychologie positive, le coaching et le développement personnel.
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  • Michel BERNARD
  • Coach, praticien appreciative inquiry, et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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