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4 septembre 2011 7 04 /09 /septembre /2011 05:48

C'est la rentrée. Rupture d'un temps libre ou de job d'été pour les jeunes qui vont reprendre le chemin des études; l'heure de se remettre dans la "peau" de l'enseignant pour ces milliers d'instituteurs et professeurs des écoles en collèges et lycées dont les nouveaux vont affronter pour la première fois une salle de classe. Le film "Entre les murs" , palme d'or en 2008 au festival de Cannes, a rappelé, avec réalisme, l'enfer vécu par un certain nombre de ces enseignants malmenés par des élèves pour qui le système scolaire n'a plus ou peu de sens car déconnecté pour eux d'une garantie d'insertion professionnelle ou lié encore à  l'échec à répétition. Dans cette ambiance de questionnement permanent sur un système scolaire à la recherche d'un second soufle, un groupe d'auteurs pluridisciplinaire (1), sortant de la torpeur et de la croyance " le système , ce mammouth, est non réformable" ose pointer des propositions très concrètes. Pour ma part, j'ai retenu ce que nous pourrions appeler les 4 pieds d'une autorité équilibrée et acceptable.

 

Premier pied : la loi, c'est à dire le règlement de la vie dans l'établissement. Sans loi, le jeune n'a pas de repères sur ce que l'institution autorise, interdit, recommande. C'est finalement l'élaboration de règles de vie collective qui contribuent à un "vivre ensemble" social harmonieux ou du moins acceptable. A titre d'exemple, jouer au ballon de basket dans une cour de récréation peut permettre à des jeunes de se défouler. Mais si ce sont 50 jeunes qui tapent le ballon avec un bruit d'enfer, le confort des autres est mis à mal : la règle vise à poser la ligne d'équilibre entre liberté des uns et acceptabilité pour les autres.

 

Deuxième pied : la participation des élèves eux mêmes à l'élaboration des règles de vie en classe. Ce corrolaire au premier pied reste fondamental. Chacun sait bien que l'on adhère d'autant mieux à une règle que l'on y a participé ou au moins été consulté. D'ailleurs, la participation enrichie la règle car les élèves ont souvent l'art de pointer des situations spécifiques, des exceptions à prendre en compte. Evidemment, cela suppose que la règle admette une certaine souplesse de négociation. L'interdiction de fumer dans les enceintes des établissements scolaires est non négociable car émanant de la loi largement rappelée par des textes d'application. Cependant, le constat de véritables "fumodromes" devant le portail de nombreux  lycées en France parait peu cohérent avec l'incitation des pouvoirs publics à réduire le tabagisme notamment chez les jeunes. Ici, une réflexion concertée entre direction de l'établissement, enseignants ( fumeurs et non fumeurs) et lycéens pourrait conduire à des solutions permettant de donner plus de sens à la loi...

 

Troisième pied : le respect mutuel manifeste par des rituels de politesse, d'écoute, de prise de parole et d'entraide. Ce qui pourrait apparaitre comme aller de soi ne l'est plus forcément aujourd'hui avec des modèles d'éducation qui ont pu reléguer au second plan ce que ma génération du baby boum a vécu de manière très imprégné dés l'enfance : les fameuses règles de politesse. Effectivement, si ces règles ne sont vécues que comme contraintes ou soumission à l'adulte dominateur, chacun peut comprendre qu'elles soient bafouées. Or si l'on reprend sens sur ces rituels, une ouverture est à espérer. Rappelons nous que la poignée de main signifiait originellement montrer à l'autre que l'on avait pas d'arme cachée et que ce geste signifiait :" Tu vois, tu peux me faire confiance." Le "bonjour" est aussi une manière de manifester une attention humaine dans un monde grouillant. Pour ma part, je suis toujours étonné de constater que, sur les chemins de randonnée en montagne, le bonjour aux randonneurs croisés va de soi,  parfois ponctué,quand la pente est dure, d'un "bon courage" alors que revenu sur le sol urbain, comme sur une autre planète, il aurait tendance à disparaitre. La pédagogie inviterait donc l'enseignant à expliciter le sens du rituel. Je me rappelle, quand j'étais collégien, que nous nous levions à l'entrée du professeur dans la classe. Je ne suis pas sûr que ce rituel de simple respect soit encore beaucoup utilisé dans nos collèges et lycées.

 

Quatrième pied : la sanction juste, réparatrice, auto-éducative avec le souci d'apporter des réponses urgentes, personnalisées aux jeunes notamment ceux en grande difficulté. Nous touchons là un domaine très sensible qui a fait l'objet de nombreuses réflexions et travaux. Qu'est ce que la sanction juste ? Juste pour le donneur de sanction ? Juste pour le sanctionné ? La sanction comporte toujours deux dimensions : la sanction normative inscrite dans le règlement intérieur ( avertissement, blâme, exclusion provisoire, exclusion définitive....) et le retentissement dans l'affectivité du sanctionné. Un simple avertissement pour l'autorité éducative peut signifier " attention, en cas de récidive de transgression de la règle x, la sanction sera plus lourde" et être reçue durement pour un élève peu habitué aux sanctions et à l'opposé comme une simple formalité pour un "transgresseur coutumier du fait". De mon point de vue, je rejoint l'importance d'une sanction qui soit donnée rapidement après les faits problématiques constatés ( car le temps pour l'adolescent efface les choses et une sanction donnée un mois plus tard par rapport à un fait peut lui sembler incohérent ou exhorbitant) et je partage l'avis de nombreux éducateurs d'utiliser le temps autour de la sanction ( écoute, explication, médiation, conseil de discipline...) pour aider les auteurs d'un comportement de transgression à mesurer les conséquences de leur acte et à répondre, quand ils le pourront, à la question suivante : " Et maintenant, si tu te retrouves dans la même situation demain, qu'est ce que tu pourrais faire ou dire pour respecter la règle, l'autre ?"chaise_ml.png

Ces quatre pieds peuvent soutenir, asseoir l'autorité plus solide, plus légitime de l'enseignant. Cependant, je recommande aussi l'usage d'un dossier que j'appelle : contrat de confiance. Une fois, l'explication des quatre pieds aux élèves par l'enseignant, celui ci pourrait faire une pause, regarder tranquillement ses élèves et avec un ton adapté leur poser la question : " Et maintenant, êtes vous chacun ok pour accepter, respecter ce cadre, et si besoin, venir en  discuter si un point vous semble à revoir ?". Ce moment clé de rituel est une manière de poser ce contrat entre l'institution et les élèves. Et il serait juste aussi ,comme dans tout contrat qui précise les engagements de chaque partie, que l'enseignant expose aussi ses propres engagements éthiques.

Avec cette chaise bien stabilisée sur ses quatre pieds et son dossier pour s'y appuyer avec confiance, je souhaite à tous les enseignants de France et d'ailleurs de prendre le temps de goûter cette assise qui leur évitera de se lever trop souvent pour crier  et ramener l'ordre !

 

(1) ouvrage : Donner toute sa chance à l'école : treize transformations  nécessaires et possibles...

Chronique sociale. 2011

 

 

 

 

 

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Published by Michel BERNARD - dans témoignages
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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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