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20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 06:36

DES BLEUS ET DES JEUX

 

 

Lancer le mot "bleus" dans une conversation entre collègues, amis, ou au détour d'une rencontre et aussitôt les langues fusent : " scandaleux, le comportement des joueurs" , " Et cet entraîneur, Domenech, c'est incroyable qu'on l'ait maintenu", ou encore " faire grève pour ne pas s'entraîner , pour des millionnaires du ballon, c'est inadmissible".

Bref, l'équipe de France de football, est devenue un sujet d'échange récurrent, passsionnel , voire obsessionnel. L'affaire, s'il y a affaire, l'éliminination de l'Equipe de France au premier tour de la coupe du Monde de football en Afrique du Sud, fait l'objet d'une amplification médiatico-politique que je qualifierais de "hors norme".

france-bleus-football-coupe-du-londe-2010-thierry-henry-dom.jpg

 

 

Le quotidien du sport, L'Equipe a usé de titre fortement provoquant comme " les imposteurs", et reprenant un autre  jour en bandeau de première page  la soi-disant injure d'un joueur à l'entraîneur qui aurait été prononcée à la mi-temps d'un match dans les vestiaires. Et engendrant un nouveau débat : la presse peut-elle relayer la vulgarité et respecter une éthique ? Enfin, dans ce spectacle, l'arrivée des politiques : l'audition de la Ministre de la santé et des sports devant une commission parlementaire. De quel drame parle-t on ? Ou encore la réception à l'Elysée d'un joueur (qui a sollicité cet entretien) de l'équipe ancienne gloire de l'équipe de France championne du monde en 1998, par le président  de la République en personne ! Cet emballement politique a même fait réagir le président de la fédération internationale de football qui a rappelé que les Etats n'ont pas à faire ingérence dans les fédérations nationales.

Prenons, si vous le voulez bien, chère lectrice, cher lecteur, un peu de hauteur en regardant ces événements à travers la fenêtre...des jeux !   

Premier jeu : celui du bouc-émissaire ou si vous préférez "cherchons le coupable". Qui est à l'origine du fiasco, du drame, du désastre ( les mots sont-ils assez forts) de la déroute de l'équipe de France. L'entraîneur montré du doigt qui aurait perdu toute autorité sur l'équipe ? La fédération et son président qui l'a reconduit dans sa mission malgré l'échec de l'équipe de France au dernier championnat d'Europe ? Les joueurs qui se vautreraient dans l'argent et ne verraient plus d'intérêt à défendre le drapeau national ? 

 

Deuxième jeu : appelé aussi le triangle dramatique. Il y a un persécuteur, celui qui s'en prend à des victimes. Et si c'était cet entraîneur , avec son style provoquant devant la presse et qui a enfermé les joueurs dans une bulle coupée du reste du monde.

Pauvres victimes, les joueurs qui ne peuvent même pas s'exprimer librement devant la presse mais à tour de rôle suivant les directives du coach. Mais heureusement, il arrive le sauveur.  Le politique qui veut assainir les choses en essayant de montrer sa clairvoyance sur la situation et sa détermination à changer le système ? Ou c'est peut être, pour le supporter, le nouvel entraineur attendu impatiemment en Septembre  comme un messie pour réssusciter l'équipe vacillante. Mais il y a un mais. Le triangle n'est jamais figé, comme les chaises musicales, les rôles  tournent. Et si l'entraîneur était la malheureuse victime de joueurs leaders négatifs qui ont pris le contrôle de toute l'équipe, obligeant tout le monde à faire grève avant un entraînement. Qui va sauver l'entraîneur ? Personne pour l'heure ne se précipite à sa rescousse. Enfin, le dernier persécuteur observé à ce jour, c'est peut être le politique qui, usant du porte voix médiatique, décrète avec emphase  qu'il a vu une équipe livrée à elle même sans meneur et  indigne de représenter la France. Et les joueurs deviennent victimes, par interview exclusif accordé à tel ou tel média, en  donnant à tour de rôle leur version de la situation qui nous ferait presque nous attendrir. 'Non, c'est pas ma faute. Regarder comme je suis sincère !"

Que nous révèlent ces jeux psychologiques (1)

D'abord qu'il y a toujours un bénéfice secondaire derrière chaque rôle. Se sentir victime attire l'attention, la sympathie, la pitié. "C'est pas ma faute " est une manière de ne pas endosser la responsabilité de ces actes.

Et le persécuteur ? Pour lui, c'est une façon d'évacuer sa frustration sur une victime. Le spectateur irrité du manque de spectacle, de l'échec de l'équipe de France et de la triste image renvoyée ( et répétée par les médias) à la planète entière via la transmission télévisuelle,  va évacuer en attaquant les joueurs, le manque de leadership du capitaine, la passivité de certains ou encore l'individualisme de chaque joueur...Quant au sauveur, il nourrit son égo en jouant le bienfaiteur, " Vous voyez comme je vous aide....soyez reconnaissant envers moi". Mais le problème , c'est que le sauveur intervient sans qu'il y ait une vraie demande de la part des victimes.

Enfin, le triangle dramatique à trois parties, la victime, le persécuteur et le sauveur, qui est un formidable passe temps dans tous les milieux professionnels, ressemble à un jeu de ballon. En fait, c'est comme si chaque partie se repassait inlassablement le ballon " responsabilité" en refusant de le garder. La victime s'indigne " Non, c'est pas ma faute" , "regarder ce bourreau qui me persécute " ou encore " et ce sauveur qui ne sait pas m'aider comme il faut ". Ces jeux détournent de la responsabilité assumée pour  noyer chaque partie dans la recherche du coupable et du syndrome de la culpabilité. Comment en sortir ?

En mettant l'adulte aux commandes pourraient répondre les praticiens de l'analyse transactionnelle, celui qui regarde le monde, les événements à travers un filtre ni paternaliste, ni rebelle, et ni soumis.

Aussi, je place sur ma tête le chapeau bleu, non pas celui du supporter de l'équipe tricolore, mais celui d'Edward de Bono, auteur des six chapeaux de la pensée (2) et je regarde tous ces jeux de ballon avec un brin d'humour et un zeste de lucidité : le premier feuilleton de l'été va s'achever avec la fin de la coupe du monde de football, vivement le tour de France avec son épopée fantastique , ses drames et ses surprises . Maintenant, je ne me ferai plus avoir : je sais que c'est du jeu. A qui profite-il finalement ?

 

(1) concept mis en avant par Eric Berne, fondateur de l'analyse transactionnelle

 

(2) voir l'article sur ce blog "ne vous cassez plus la tête...prenez six chapeaux"

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Published by Michel BERNARD - dans hors catégorie
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commentaires

Etienne Séguier 06/07/2010 10:18


Vraiment très intéressant ce blog, le triangle dramatique a encore de beaux jours devant lui !


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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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