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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 21:46

Jacques LECOMTE, un opti-réaliste

Pionnier de la psychologie positive en France, professeur de psychologie, Jacques LECOMTE, à la suite de la conférence de présentation de l'ouvrage collectif " introduction à la psychologie positive" a répondu à nos questions. Le ton est direct, enjoué et marqué aussi d'une profonde humilité...

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Vous vous présentez non seulement comme le président de la première  et toute jeune association francophone de psychologie positive mais aussi comme un opti-réaliste.
Comme son nom l'indique, l' "opti-réalisme" est un mélange subtil d'optimisme et de réalisme. Réalisme bien entendu quant aux potentialités néfastes présentes chez l'être humain; mais optimisme également quant à ses potentialités bénéfiques envers autrui et envers lui-même. Et comme de nombreuses recherches ont montré que les personnes qui expriment généralement le meilleur d'elles-mêmes lorsqu'on leur fait confiance, je considère que c'est cette attitude de confiance qu'il faut privilégier prioritairement.

Quels sont les champs d'intervention que couvre la psychologie positive que vous situez dans le prolongement de la psychologie humaniste des années 60-70 notamment marquée par Carl Rogers ?
La psychologie positive est "l'étude des conditions et processus qui contribuent à l'épanouissement ou au fonctionnement optimal des gens, des groupes et des institutions" ( Gable et Haidt, 2005). Comme cette définition l'indique, il ne s'agit pas d'une conception égocentrique, caractérisée par la quête quasi exclusive de l'épanouissement et du développement personnel.Elle concerne également les relations interpersonnelles et les questions sociales, voire politiques. Ainsi, la psychologie positive peut tout aussi bien concerner l'épanouissement des élèves d'un collège, les bonnes relations au sein d'une équipe de travail ou encore le mode de communication entre diplomates élaborant un traité de paix.

Par rapport aux personnes au tempérament à tendance pessimiste, est ce possible à partir d'exercices de les aider à évoluer vers des émotions positives et vers l'optimisme ?
Oui, j'ai moi-même constaté cela chez des personnes. A mon sens, les deux meilleurs guides pour cela sont :
Lyubormisky S (2008) Comment être heureux...et le rester, Paris, Flammarion
Seligman M.E.P.(2008). La force de l'optimisme, Paris, InterEditions.
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A travers vos travaux sur la résilience, vous estimez qu'il n'existe pas un modèle unique de reconstruction de la personne blessée.
Au début où je me suis intéressé à ce thème, je pensais qu'il était possible de repérer une sorte de parcours standard de la résilience, en partant du temps T 0 du traumatisme, jusqu'au temps T 10 ( ou T 15 ou 20...) de la pleine résilience, avec diverses étapes intermédiaires, que le parcours de reconstruction, est généralement très différent d'une personne à l'autre. Certains vont se reconstruire surtout par l'amour conjugual ou la parentalité, d'autres par l'amitié, d'autres encore par le sport, la peinture, une conversion religieuse, une psychothérapie, etc. Il n'y a donc pas Un parcours de résilience, mais de multiples. L'étude de la résilience a été pour moi une grande école d'ouverture d'esprit.

Qu'est ce qui a déclenché chez vous ce grand désir et même, en vous écoutant, cette passion pour ce qui touche à la psychologie positive ?
Si j'essaie de m'examiner lucidement, force est de reconnaître que mon intérêt pour le bonheur vient tout simplement de ce que mon enfance et de ma jeunesse ont constitué une période particulièrement douloureuse de ma vie. Nul n'apprécie autant la lumière que celui qui en a été longtemps privé.
Comme vous l'avez souligné, j'ai consacré une partie de mes recherches ainsi que plusieurs ouvrages à la résilience (1). Je me suis tout particulièrement intéressé aux personnes ayant  été maltraitées dans leur enfance et qui sont devenues ensuite des parents affectueux. La thèse de psychologie que j'ai réalisé sur ce thème (2) m'a permis de comprendre ces personnes et, par conséquent, de mieux analyser mon propre parcours. Tout ceci n'a donc pas été fait au hasard.
Au cours de cette recherche, j'ai d'ailleurs été impressionné par l'aptitude à savoir goûter les belles choses de l'existence, manifestée par les personnes en parcours de résilience. Un autre exemple m'avait également fortement marqué des années auparavant. J'avais interviewé le philosophe Robert Misrahi, qui a consacré l'essentiel de son oeuvre au thème du bonheur. Ma première question a précisément porté sur les raisons l'ayant conduit à cette orientation.(3)

En écoutant Jacques Lecomte, vous aurez compris que :
- la psychologie positive n'est pas un nouveau nombrilisme égoîste de recherche de son petit bonheur à soi
- que c'est un domaine ouvert sur la recherche à l'échelle des individus comme des organisations.

Enfin, il est à souligner que ce courant venant d'outre-atlantique et des Etats Unis ( Seligman,...) émerge en France en même temps qu'une crise économique et sociale pour ne pas dire morale . A travers les thèmes de la résilience, de l'optimisme, du sens de la vie, comme est lointaine la sphère du business, des traders ou encore des bonus bancaires. La psychologie positive nous entraîne sur un autre chemin, celui de l'intériorité.

(1) Guérir de son enfance, Odile Jacob, 2004. Le bonheur est toujours possible, construire la résilience, Paris, Bayard, 2000 (avec Stefan Vanistendael)

(2) Briser le cycle de la violence; quand d'ex-enfants maltraités deviennent des parents non-maltraitants. Ecole pratique des Hautes Etudes, sous la direction d'Etienne Mullet, 2002. Accessibles sur le site psychologie positive ( voir lien).

(3) Entretien avec Robert Misrahi, Sciences Humaines numéro 75, août- septembre 1997, page 22.
"Ma première démarche est évidemment la recherche de la nature humaine. Mais parallèlement, il y a eu mon vécu, qui fut particulièrement difficile, puisque j'ai perdu la moitié de ma famille lors de persécutions nazis. Dans une telle situation, ou bien on se laisse couler dans le malheur et la souffrance, ou bien on réagit fortement et on tente d'aller vers quelque chose. Mais vers quoi ?
Dès lors, l'enjeu qui consiste à se demander ce qu'est l'être humain n'est pas une question abstraite, mais prend toute sa substance à partir de l'expérience; expérience du malheur certes, mais qui, à partir d'une crise, commence à dessiner un désir d'accèder à quelque chose. J'ai ainsi pris conscience qu'au coeur de la nature humaine se situe le désir, au sens large et philosophique du terme, en tant que mouvement vers l'avenir.
L'homme de désir, c'est-à-dire désir de joie. Ce n'est pas le tragique qui définit la condition humaine, mais la joie."

Pour aller plus loin, site en lien avec ce blog : psychologie positive.




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Published by Michel BERNARD - dans témoignages
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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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