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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 22:35

Poser un regard artistique sur les objets du quotidien :

une expérience étonnante !

 

 

" S'il vous plait, quand vous présentez votre objet, éviter de justifier votre choix, entrer directement en contact avec votre objet, mettez vous en action avec lui."  Et voilà qu'un des participants de l'expérience s'avance et avec une pomme de pain la palpe dans ses mains, fait entendre sa musique, une participante se drappe avec élégance dans un châle bleu ou encore une autre prenant dans sa main une chaussure stylisée de femme, la fait bouger et marcher toute seule. De quoi s'agit-il ?

Non pas de magie noire, mais d'un atelier d'adultes, une trentaine réunis autour d'animatrices artistiques, l'une étant musicienne et l'autre comédienne à l'occasion du congrès d'une association. Théme de l'atelier : quel regard artistique posons nous sur les objets de notre quotidien ?

Moi-même participant, je fus d'abord assez déconcerté en découvrant la salle à mon arrivée : une forme de vide-grenier avec des objets les plus hétéroclites éparpillés sur le sol : du chandelier sans bougie, en passant par un vieux sac en cuir usé de voyage, des vases de taille , de couleur et de forme variés,  un livre bleu, et même une canne à l'ancienne ...

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Premier temps : chacun prend le temps d'observer puis choisit, en silence, un objet. Etonnement : sur 30 participants, pas de crise de jalousie, personne ne revendique l'objet d'un autre.

Deuxième temps : chacun est invité à se lever pour présenter aux autres l'objet choisi de préférence en le mettant en action.

Pour ma part, j'ai choisi le vieux sac en cuir qui m'inspire le voyage : je le remplit donc des objets restants au centre de la pièce puis je pars en voyage. Dans ma mémoire, je pense au cuir, au premier cartable que mon grand père m'avait offert en m'emmenant avec sa "4 chevaux" à la grande ville. Souvenir, souvenir !

Puis, chacun ayant présenté à sa manière son objet, une participante a même souflfé dans l'arrosoir comme dans un clairon, nous sommes invités à nous regrouper par trois avec nos objets pour créer une "mise en commun". Décidément, l'imagination est au pouvoir : l'un avec sa plaque de rue dénommée " rue du chêne" propose que je la cherche avec mon gros sac en cuir usé et la troisième participante avec son chandelier est là pour m'éclairer.

Et tout çà dans une fluidité étonnante. Quand c'est notre tour, je me sens très à l'aise pour jouer le voyageur perdu qui cherche sa rue, passe devant sans la voir, interpelle finalement la femme au chandelier sans bougies qui me donne l'éclairage sur la rue. Soulagement, je ne suis plus perdu, j'ai trouvé mon chemin !

Enfin, l'apothéose : le temps final où tout le groupe va déposer son objet à tour de rôle....et la magie opère : du vide grenier de départ, une forme d'harmonie se dessine dans le placement des objets. Un escarpin est même plaçé en équilibre sur un livre ouvert. Une carte de ville est posée sur le vieux sac en cuir et le châle bleu donne de la douceur à l'ensemble...

Nos animatrices nous demandent alors notre ressenti, ce que nous pensons de l'expérience.

Etonnement de la plupart des participants d'avoir réussi une " oeuvre collective spontanée" pas si mal que çà, et même esthétique selon l'avis de plusieurs. Pour le lecteur qui découvre les images de l'atelier, il pourra  lui-même être surpris car ne voyant pas forcément une grande différence entre la première image de vide-grenier et la dernière.

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Pourtant, cette expérience m'a vraiment touché par plusieurs dimensions cachées.

La première, c'est que nous n'avons pas forcément besoin de mots pour vraiment nous comprendre quand le désir est premier pour réaliser quelque chose ensemble. Le silence ( avec musique de fond) a été un soutien pour beaucoup pour vivre intérieurement l'expérience. Quel sens ?

Certains, dont je fait partie , ont reconnu que le fait que chaque objet ait été présenté et manipulé par une personnne,  lui a conféré une valeur, une saveur, une histoire et que la réalisation finale vibre de cette histoire, du fait que chaque objet renvoie à une personne, à un agir. Le sens est donc donné par l'homme qui s'approprie l'objet. Sans la main de l'homme, l'objet n'a pas de sens !

C'est alors que nous avons pris conscience, pour beaucoup, de la beauté des objets en eux mêmes , tous imprégnés de ceux qui les avaient fait vivre. Le châle tourbillonnant, le beau livre bleu relié, l'escarpin très fin en équilibre sur le livre et le chandelier très sobre à côté du sac du voyageur dont la beauté tient à l'usure de son cuir et à son naturel. Ah, si ce sac pouvait parler, il nous en raconterait des histoires..

L'expérience, au dire même de l'animatrice comédienne, l'a vraiment subjuguée par l'oser de chacun à rentrer sans  à priori dans la démarche.

Une autre réalité, plus subtile aussi peut être entendue : cet atelier, avec des membres qui ne se connaissaient pas au départ, a révélé de la confiance liée aussi à l'esprit associatif et éthique fort liant ses membres. Que donnerait la même expérience dans un cadre professionnel ?

Maintenant, je sais qu'en prenant un objet chez moi, je peux lui donner du sens, du goût . Inutile de chercher toujours plus des objets de consommation : ouvrons notre regard sur ces objets "immortels" de notre quotidien : une table, des chaises, un ornement,  des couverts, un fauteuil, un ordinateur... Posons un regard sans jugement, simplement un regard qui prend son temps. C'est aussi se relier aux objets par les sens : toucher le revêtement d'un fauteuil, sentir l'odeur du pain grillé dans le grille-pain, entendre le bruit du feu sous la poêlle. Aurions nous perdu, par conditionnement lié à notre encombrement technologique, ce regard qui voit le beau, voit les choses avec un regard neuf, et qui peut voir l'art , non seulement dans les galeries de peinture, mais chez soi en contemplant ces objets du quotidien ?

Demain,  promis, j'explore ma salle à manger et je pose mon regard " artistique " sur le premier objet qui appelle mon attention.

Et si ce regard sur les objets se déplace sur les femmes et hommes que je côtoye au quotidien. Poser un regard artistique sur l'autre, c'est peut être prendre le temps de poser ce regard en l'autre sans nécessairement y greffer une parole,  se relier, et voir ce qui se passe.

Ces constats rejoignent aussi ceux du professeur américain Mehrabian (1) qui constatait que près de 93 % de notre communication et de son impact passe par  le non verbal (  dont 55% par la posture et l'expression du visage).

 Cette expérience inhabituelle nous a sorti du langage habituel des mots, de l'argumentation pour nous faire entrer, avec l'appui du silence,  dans le paysage sensoriel, celui des sens, le toucher, l'ouie, la vue et le ressenti. Un grand spirituel  , Saint Ignace de Loyola indiquait déjà la valeur de cette voie au XVIème siècle en affirmant avec conviction dans ses exercices dits spirituels :

" Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l'âme

 

 mais de sentir et de goûter  les choses intérieurement".

  

Osons sentir, goûter...avant de parler !

 

 

(1) voir article sur ce blog : " L'empathie, une valeur qui remonte par temps de crise".

 

 

 

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Published by Michel BERNARD - dans témoignages
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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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