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12 décembre 2010 7 12 /12 /décembre /2010 18:59

Mercredi 8 décembre 2010, seul, au volant de ma voiture, je suis aux portes de Paris sous la neige. J'ai parcouru 15 kilomètres en 3h : j'aurais fais aussi bien en marchant ! En fait, je ne suis pas tout à fait seul : des milliers d'automobilistes encerclés par des poids lourds sont bloqués , voiture derrière voiture sur l'autoroute A4 qui relie Paris à Reims. Et à partir de là, je vais vivre une nuit extra-ordinaire ! Une nuit pleine d'enseignements sur la nature humaine dans sa rigidité comme dans sa générosité.

A4bloquee.jpg

Suite à un contact téléphonique vers 18h  avec mon épouse restée sur Reims, je comprends brusquement que Reims est bloquée sous la neige et apparait inaccessible. Je décide donc de sortir de l'autoroute plutôt que de terminer, comme d'autres en arrêt  ou en glissage sur les bandes d'arrêt d'urgence, parfois secourus par les forces de gendarmerie. Mais le balais nocturne des voitures dans un décor inhabituel féérique blanc de neige , dans la zone périphérique est de Paris, se poursuit. C'est la quête d'un hôtel pour passer la nuit.

Première tentative : hôtel complet. Le gérant m'autorise à prendre un thé chaud pour 1 euros mais refuse , réglement oblige dit-il, à me laisser dormir dans le hall d'accueil chauffé. Je suis terrassé par l'aveuglement "réglementaire" du gérant. Et si j'avais été une femme enceinte, aurait-t'il eu le même comportement ? Je reprends donc ma route incertaine ( n'ayant pas eu le réflexe de prendre mon GPS le matin ni une carte précise de la région parisienne) et je tente, au feeling, de retrouver un autre hôtel. Trois hôtels plus loin pour 2h de trajet dans le secteur de Noisiel, pour découvrir encore un hôtel complet. Il est déjà 23h, et je suis parti de Paris depuis 16h. Je prends à ce moment là la mesure de la situation : je ne dormirai pas dans un lit mais dans ma voiture !

Comment j'ai géré cette situation  depuis 16 heures ? Une occasion de pratiquer avec l'urgence du moment ce que je préconise dans mes stages de formation.

- rester relié à des personnes de confiance par l'information : merci le téléphone portable et la voix de mon épouse me donnant des renseignements précieux sur l'évolution de la situation

- anticiper les scénarios pour se centrer avec toute mon énergie sur un objectif. Premier objectif en partant de Paris, prévoir un picnic voiture au cas où . Ce que j'ai fait, avec un bon sandwich parisien "dégusté" au coeur de l'A4, encerclé par les autres véhicules. Deuxième objectif : rester vigilant pour éviter la glissade et l'accident. Puis compte tenu des infos sur Reims : renoncer à rallier Reims et chercher un hébergement d'urgence, un peu comme un SDF.

Et enfin, quand il fut clair que l'hébergement au chaud n'était pas envisageable : la solution commando : dormir dans ma voiture en restant à proximité d'un lieu chaud et d'un approvisionnement boisson chaude.

Et, quand l'objectif est déjà en image dans son cerveau, bien souvent il se réalise ! ( dixit les spécialistes de programmation neurolinguistique).

Le dernier hôtel atteint, le best hôtel de la commune de Torcy ( parisien, ne riez pas si vous comprenez que j'ai tournoyé en revenant même sur mes pas !) a accepté que je reste jusqu'à 3 heures du matin au chaud dans le hall avec un distributeur automatique à portée de main.

Merci au passage au surveillant de nuit qui , petit à petit, a déserré l'étau de la réglementation, prenant lui aussi la mesure du problème ( au début , tolérance jusqu'à 24h). En début de nuit, j'ai quand même testé le dormir par -5 degrés avec ma veste polaire ( ouf emportée le matin de Reims par je ne sais quelle intuition), doublée d'une veste gortex imperméable et en abritant ma tête sous ma veste de travail en velours, j'ai réussi un petit somme d'une heure mais le froid arrivait par les jambes et le plancher de la voiture...

3 heures du matin : c'est l'heure, je m'apprête à affronter le froid dans la voiture en me disant de toute façon que si je "gèle", je reviendrai sur l'hôtel coûte que coûte. Un couple apparait dans le hall. Je leur pose la question rituelle : " Et vous aussi, vous n'avez pas trouvé de chambre ?" "Non" répond le Monsieur, nous avons bien une chambre et vous ? "Et bien, je vais aller dormir dans ma voiture". Et brusquement, un regard de solidarité jaillit : " J'ai un duvet, ça peut vous aider ?" " Merci beaucoup, je prends tout ce qui peut me réchauffer" . Aussitôt dit, aussitôt fait, il me ramène son duvet bleu. " Demain, je le remettrai à la loge d'accueil et à quel nom ? " Fred, tout simplement ".

Avec ce duvet, j'ai réussi à dormir 3h et j'ai pris un petit déjeuner royal et seul avec le directeur de l'hôtel arrivé à 6 heures du matin. Un petit déjeuner de SDF de la neige et du froid.

100_1866.jpg

 Epilogue : jeudi 9 décembre, après une reprise d'autoroute sous un ciel dégagé et un paysage blanc digne des montagnes jurassiennes, je parvenais à Reims en fin de matinée sous un beau soleil hivernal.

Cette aventure non désirée m'a vraiment fait goûter  la valeur de la solidarité spontanée, ce regard porté à l'autre pour entendre son besoin immédiat. Merci Fred !

 

 

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Published by Michel BERNARD - dans témoignages
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  • Michel BERNARD
  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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