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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 04:16

SORTIR DE LA VIOLENCE AVEC MARSHALL ROSENBERG

 

 

Quand je ne peux pas dire avec des mots,

je risque de retourner la violence contre d'autres ou contre moi.

 

Des "vagues" de suicide dans certaines entreprises qui ont fait la une des médias,  à la violence de joueurs ou de supporters sur des terrains de football, en passant par un ton agressif qui veut montrer sa domination au cours d'une réunion, la violence est bien présente au coeur de nos sociétés et peut entrainer à des extrémités d'acte que les protagonistes n'avaient pas imaginées au départ. 

Dans ce contexte, il est à souligner que chacun, chaque institution est à la recherche du " Comment prévenir ?" ou encore " Comment aider les personnes à ne pas franchir la ligne rouge d'une violence qui est peut être déjà en germe dans un regard ou dans un ton de voix " ?.

Le processus de communication élaboré par le psychologue américain Marshall Rosenberg, disciple de Carl Rogers dans les années 1970 apparait  être un outil de prévention particulièrement pertinent.

En invitant le lecteur à plonger dans son ouvrage de référence (1), rappelons rapidement les 4 étapes du processus :

 

1 revenir aux faits, en recherchant l'objectivité, le non jugement.

ex : " Vous m'avez dit que mon dossier était nul"

 

2 revenir à soi et aux sentiments ressentis liés au fait déclencheur

ex : " j'ai été surpris et choqué"

 

3 à partir de cette clarté sur son ressenti, exprimer le besoin insatisfait

ex : " J'ai vraiment besoin de compréhension et de considération"

 

 

4 oser, en s'appuyant sur l'énergie du besoin, affirmer de manière directe, une demande à l'interlocuteur susceptible de répondre au besoin insatisfait ou en souffrance.

ex : "Est ce que vous seriez d'accord pour m'exprimer ce que vous mettez derrière le mot " nul " en terme de constats concrets ?"

 

Ce déroulé en 4 étapes, que les formations en "communication non violente" proposent de travailler en jeu de rôles et d'intégrer dans sa manière de parler et d'être, révèle des ingrédients susceptibles de "tuer" la violence dans sa racine.

 

1 revenir aux faits, c'est remettre aux commandes l'hémisphère gauche, celui du rationnel, de la logique alors que la violence peut nous entraîner hors de nous, dans une spirale émotionnelle pouvant atteindre l'insulte ou encore l'agression physique.

 

2 revenir à soi, à sa sphère émotionnelle pour nommer le sentiment , l'émotion qui nous habite, qui nous agite, c'est déjà en la nommant, la mettre un peu à distance : je ne me réduis pas à ma colère, ma honte, ma tristesse, mon désarroi...Je l'assume comme émotion à un moment donné. Et les émotions sont comme les nuages dans le ciel, elles passent.

 

3 Nous touchons là à l'originalité de la proposition de Marshall Rosenberg. Les sentiments sont l'aspect visible, comme le haut d'un iceberg au dessus de la mer, de quelque chose de plus profond, le besoin. Un sentiment négatif est un révélateur d'un besoin insatisfait. Alors, plongeons sous l'iceberg pour repérer ce besoin. Travail pas si évident quand on s'initie à la démarche. Cependant, le besoin a la force de l'universalité . Parler d'un besoin de respect, d'un besoin de reconnaissance ou encore d'un besoin de sécurité est un langage immédiatement accessible à mon interlocuteur.

Accrocher son sentiment à un besoin et le verbaliser, c'est déjà se relier à l'autre de manière pacifiée.

" Oui, quand vous m'avez dit que mon dossier était nul, j'ai été surpris et choqué. J'ai besoin de comprendre ce que vous mettez derrière le mot "nul" et j'ai besoin de respect aussi."

 

 

4 Le processus de communication pourrait s'arrêter à l'étape 3. Ce peut être le cas quand la situation ne permet pas d'aller évoquer le problème avec l'interlocuteur que l'on estime à ce moment là non réceptif .

Cependant, le processus invite à ne pas rester centré sur soi, son sentiment et son besoin, pour oser une stratégie de demande envers l'autre.

Demande qui mérite d'être calibrée, adaptée à son interlocuteur, et réaliste.

Elle s'inscrit dans la croyance que , si j'ai trouvé le chemin pour toucher l'autre dans son intériorité sans violence et avec respect, je me donne des chances pour ouvrir une fenêtre de négociation.

 

la girafe, symbole du langage de la communication non violente (2)

 

girafe

En pratiquant ce processus depuis dix ans, je peux témoigner de cet effet d'ouverture de fenêtre parfois surprenant. A quoi cela  tient-il ?

- il est à l'antithèse de la posture de victime de violence : j'entends la violence des mots, de l'attitude, je la détecte et j'accueille en moi ce qui est touché. En quelque sorte, je pratique une auto empathie. Je me place dans une posture pro-active.

- je ne m'enferme pas dans la rumination de la vengeance, de ce qui me ronge mais je cherche activement le chemin de sortie de violence. Qu'est ce que je peux dire, faire avec mes limites et avec cet interlocuteur à l'instant T ?

- l'apprentissage de ce processus dans le temps, la patience nous permet de nous connecter plus vite à nos besoins , source de vie. Et ce sont eux qui donnent l'énergie,la légitimité de la demande y compris pour des personnes qui ont du mal à s'affirmer naturellement.

 

Certes, comme je le répète souvent à l'occasion de stages de formation, ce processus n'est pas une potion magique qui transforme la violence en non violence par des mots,  il invite davantage à entrer dans un chemin avec un questionnement permanent sur soi : "Là, dans cette situation, qu'est ce que tu peux te dire à toi même et dire à l'autre pour sortir du rapport de forces, de l'impasse ?" (3).

 

Enfin, j'ai eu l'occasion de vivre un stage il y a plusieurs années avec Marshall et j'ai été frappé par deux traits de sa personnalité. Sa grande humilité. Fondateur du centre mondial de la non violence aux Etats Unis, il a parcouru plus de trente pays pour faire connaitre ce processus dont des pays en guerre. Il a même initié un stage en Suisse associant palestiniens et israêliens ! Avec une guitare, devant 400 personnes réunies à l'Unesco, il a aéré son propos avec des chansons...alors qu'il ne se dit pas artiste ! Son sens aigû de la bienveillance pour aller chercher le meilleur chez l'autre. En effet, le premier pas décisif sur ce chemin, c'est de "concentrer notre attention là où nous avons le plus de chances de trouver ce que nous cherchons".

 

 

(1) Les mots sont des fenêtres ou des murs, initiation à la communication non violence. Edition La découverte.

 

(2) voir explication du symbole dans l'article sur ce blog " L'empathie une valeur qui remonte par temps de crise"

 

(3) Développer des relations de coopération en milieu professionnel, sortir des rapports de force. Michel BERNARD. Edition chronique sociale.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Michel BERNARD - dans livres ressources
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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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