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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 22:42

14h 30, ce Dimanche, le siflet de la locomotive à vapeur pousse un cri strident et brusquement la longue cohorte des 6500 participants, pied dans pied prend du mouvement pour le départ situé dans la commune de Saint Valery. Je suis là au milieu des 6500 pour la première fois.

baie-de-somme-crotoy

Traverser la baie de Somme, un des plus bels espaces naturels d'Europe, à marée basse, c'est courir un aller-retour (1) entre la commune de Saint Valery et le Crotoy, soit environ 15 kilomètres avec un prologue dans les rues de la première commune. Ce n'est pas une course comme les autres. Elle possède des ingrédients qui , additionnés les uns aux autres , lui donne une saveur unique que certains reviennent chercher chaque année , venant des quatres coins de France et même d'Europe. Quels sont donc ces ingrédients ?

 D'abord, c'est une sucession, dès que l'on descend dans la baie, de zones de sable, de tranchées gorgées d'une espèce de boue noire, de petits filets d'eau ou encore de petites tranchées presques invisibles cachées par des herbes. Aussi, tout est art de trouver la bonne trajectoire et de poser le pied au bon endroit... dans un peloton de plus de 12 000 pieds ! Trop à droite, et on tombe sur une boue qui remonte jusqu'au genou, trop à gauche, c'est une tranchée profonde qu'il faut remonter, alors peut être au centre mais là, c'est le bouchon les uns derrière les autres et certains sont déjà enlisés jusqu'au cou. C'est donc une course où chacun, le plus souvent dans la bonne humeur, apprend à poser le pied  pour ne pas enfoncer. Et puis, en arrivant aux abords du village du Crotoy, on n'y croit pas, les concurrents devant soi ont disparu de moitié dans une vasque d'eau. Faut il nager ? Ouf, çà passe en marchant avec précaution. Mais quel soulagement et quelle fraîcheur en ressortant de ce que j'ai baptisé la baignoire.

Un peu comme les croisades, la vue porte loin et l'on observe du milieu de la baie cette longue procession multicolore très étirée vers le début. En effet , les favoris ont déjà pris leur marque et je les croise, moi arrivant près du Crotoy quand eux en reviennent. Le futur vainqueur, le burundais Willy Winduwimana , d'une allure de gazelle par sa silhouette très longiligne a déjà pris de l'avance, seul devant. L'ambiance du Crotoy est digne d'une montée de l'Alpe du Huez pour les coureurs du tour de France, le public applaudit chaleureusement les "sortants" de la Baie. Petit ravitaillement en eau et c'est le retour, vent de face. Un peu comme les coureurs cyclistes, chacun essaye de trouver le meilleur paravent, derrière un autre concurrent. Enfin, le village de Saint Valéry réapparait, une longeur de chemin de hâlage, le passage de l'écluse et c'est l'arrivée. Soulagement, joie, bonheur contagieux...Et passage obligé sous une ligne de douches de plein air car chaque participant est marqué de boue des pieds aux mains et pour certains jusqu'au visage dans lequel deux yeux émergent. Bien que beaucoup de concurrents affichent une vraie fatigue à l'arrivée, voire de la souffrance,  il règne une espèce d'enthousiasme collectif d'avoir traversé la Baie...un peu comme la traversée de la mer rouge. Comment expliquer cet état d'euphorie alors que les corps sont encore marqués du sceau de la boue ?

transbaie-coureurs-2.jpg

 

Décryptage proposé :

 

1) La baie offre un vrai dépaysement, une rupture totale avec son quotidien. Des participants parisiens arrivés le matin le constataient. La baie, c'est le grand espace, c'est l'infini ouvert sur la Manche, c'est un endroit suspendu entre ciel et terre...

 

2) Tous les sens sont mobilisés : la vue pour vérifier le bon passage, la vue aussi de cette procession sans fin, l'ouîe qui capte le bruit du vent, les murmures des troupes, l'approche d'une tranchée où çà patauge, le toucher de l'eau et de la boue qui colle...Il y a une vigilance de l'instant qui décuple la présence à l'ici et maintenant. Et une odeur marine qui vous fouette le nez. Tout le reste n'existe plus.

 

3) Avez vous déjà été à l'aise dans une foule de plus de 6500 personnes ? Peut être dans un concert en vibrant collectivement pour un chanteur ou un groupe ? Mais ici, rien à voir, il y a une forme de communion invisible tissée entre ces personnes qui ne se reverront pas pour la plupart mais qui ont un but commun ce jour là : traverser la baie vaille que vaille.

 

Vous l'aurez compris, le participant que j'ai été ne peut rester froidement neutre devant ce type d'aventure sportive d'un jour. Au delà de la motivation sportive de réaliser un temps pour les uns et de tenir la distance pour les autres ou encore pour certains de goûter un "délire collectif" en s'habillant en bécassine pour la circonstance ,il y a bien autre chose. Cette autre chose, c'est ce goût incomparable par les sens d'un espace naturel sans béton, sans artifice...et avec ses inattendus.

Bon vent à la Baie et à ses organisateurs qui y ont cru dès le début.

 

(1) course  appelée transbaie crée en 1989 par une poignée de bénévoles et qui bénéficie aujourd'hui d'une aura nationale, voire européenne à tel point que les organisateurs sont obligés d'en limiter le nombre d'inscrits. Site transbaie.com

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Published by Michel BERNARD - dans témoignages
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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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