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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 16:43

"Simplement s'asseoir. Fermer les yeux. Ressentez-vous la différence ? Les yeux fermés, tout semble plus calme. A l'extérieur. A l'intérieur, l'agitation enfle. S'arrêter, se poser rend plus bruyant notre monde intérieur. Il surgit au premier plan de la conscience. Alors doucement, sans brusquer, sans SE brusquer, on regarde, on observe, on perçoit, on ressent. "

Jeanne Siaud-Facchin, psychologue reconnue, notamment comme spécialiste des surdoués et mise en lumière début 2012 dans l'émission  sur France 2 de Frédéric Lopez " Leurs secrets du bonheur", n'avait sans doute pas besoin de la méditation pour vivre. Ce qu'elle croyait intimement, elle qui courrait d'un projet à un autre avec une énergie de tous les instants. Et la proposition d'une session de 8 jours de méditation qu'elle accepte sur la pointe des pieds aux Philippines fait tout basculer.meditation-changer-ma-vie.jpg

Son ouvrage récent, " Comment la méditation a changé ma vie...et pourrait changer la vôtre !", écrit sur un ton alerte,  enjoué et teinté d'humour m'a fait goûté quelque chose de différent des ouvrages de  plus en plus nombreux sur la méditation . Je suis personnellement touché par la manière dont une psychologue se dévoile avec humilité et la manière dont elle articule avec brio les données scientifiques validant les effets positifs de la méditation et son témoignage personnel de méditante et de formatrice.

D'ailleurs, au coeur de cet ouvrage qui peut se lire comme un roman de vie, elle fait parler une de ses amies psychologues sur ce qui a  pu changer :

" Tu es toujours une source inépuisable d'idées et de réflexions pour aller encore et encore plus loin dans notre travail.....C'est la toile de fond qui a changé....Un espace plus clair, plus posé, où le temps n'a plus cette texture oppressante du toujours plus vite....Cette nouvelle posture, tournée vers le temps présent est un apaisement..."

En particulier, le chapitre sur la méditation au travail ne laisse pas indifférent. Elle l'a expérimenté en entreprise avec des groupes de volontaires. En matière de prévention et de gestion du stress, elle montre comment elle peut nous aider à nous reconnecter, à nous sentir reliés à nous-mêmes et en même temps au monde environnant. Quelques instants suffisent avant une réunion,  avant de se lancer dans un projet, pour se relier à soi-même nourri par la pratique de la méditation. Plus largement, elle ouvre un paysage vaste de pratique : des enfants, des couples, des patients en thérapie, et même des religieux qui ont retrouvé ainsi un second soufle dans leur vie spirituelle.

Ancrée dans un profond réalisme, elle souligne que la méditation de pleine conscience, celle que le pionnier américain Jon Kabat-Zinn a mis au point avec un programme de 8 semaines et appelée MBSR ( méditation de base pour réduire le stress), reste un apprentissage.

Sur un ton à la fois enthousiaste et rassurant, elle nous pose en filigrane une  question : " Et si j'essayais la méditation ?... car elle est accessible à tous".

Avec respect du lecteur, elle nous entraine sur plus de 300 pages, dans un voyage au  coeur de la méditation, celle qui élargit notre champ de conscience et nous relie plus directement à nos ressources intérieures.

 

 

 

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15 avril 2012 7 15 /04 /avril /2012 21:49

PREMIERE APPROCHE

 

Vivre en conscience chaque moment de la vie, être là et bien là et pas ailleurs. Accueillir le moment sans jugement, sans impatience. Accueillir tout ce qui vient, sans présélection, toutes les émotions, sensations agréables et désagréables. Revenir finalement à son essence humaine profonde. Et, se mettre à un endroit où je peux voir passer mes pensées sans m'y accrocher, sans tomber dans la rumination ou encore la cogitation effrénée. Etre là, bien présent à moi même, aux sensations de mon corps, au rythme de ma respiration, au vagabondage normal du mental et aux émotions qui surgissent.

Cette démarche est appelée en anglais mindfulness et traduit en français par méditation de pleine conscience.

Le pionnier s'appelle Jon Kabat-Zinn. Professeur en biologie moléculaire et professeur de médecine aux Etats Unis, il a conceptualisé un programme de méditation s'inspirant de la méditation bouddhiste et visant à toucher le maximum de personnnes, au delà de leurs croyances ou non croyances. L'exploit de ce chercheur est bien de mettre à la disposition de tous une démarche guidée pour nous sortir du " trop plein ", de l'encombrement, de l'éparpillement de notre mental et nous déplacer vers  un "ici et maintenant" ancré.

Loin des clichés de la méditation zen dans laquelle chaque pratou-tu-vas-tu-es.jpgiquant, sur son coussin, se tourne vers le mur et dos à son voisin, cette approche méditative reste humanisante. Chacun, s'il l'a pratique dans un groupe de suivi avec un instructeur habilité par Jon Kabat-Zinn, reste en contact avec le groupe qui offre une dynamique aidante. Seul, chacun est invité à pratiquer chez lui, dans la rue en marchant, dans les gestes de sa vie quotidienne ou encore au coeur d'une forêt.

Quel est donc ce trésor ressurgi au début du XXIème siècle dans notre monde occidental très centré sur le haut, le cerveau et le mental ?

Dans son ouvrage de vulgarisation à recommander pour une première approche douce, "Où tu vas, tu es", Jon Kabat-Zinn écrit : " En nous retirant à l'intérieur de nous-mêmes, dans la tranquillité, pendant quelques moments chaque jour, nous sommes en contact avec ce qu'il y a de plus réel et de plus vrai en nous. Lorsque nous réussissons à nous recentrer, même pour quelques courts instants, confrontés aux turbulences du monde extérieur,...,nous sommes à l'aise partout, en paix avec les choses telles qu'elles sont, moments après moments."

Une instructrice méditteranéenne, ayant bénéficié de la formation auprès de Jon Kabat-Zinn, nous racontait une de ses anecdotes et une suggestion d'un exercice dans un lieu que nous pratiquons tous, la douche. Essayez d'être tout(e) seul(e) sous la douche sans faire de conférence (intérieure) avec votre voisin, votre cousin, votre employeur ou encore votre compagne (ou compagnon) ? Et si faire plusieurs choses à la fois (1) était une manière habile d'éviter d'être avec nous-mêmes ?

 

(1) voir article sur ce blog : êtes vous multivore ou unifiant ?

 

 

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10 septembre 2011 6 10 /09 /septembre /2011 10:54

Je n'aime pas connaitre l'échec, j'évite de vivre des émotions douloureuses, j'ai tendance à les renier que ce soit la colère ou la tristesse,  j'ai un peu de mal avec la réussite car il me faut toujours faire mieux qu'avant. Enfin, je me sens dans un monde qui ne correspond pas à ma vision idéalisée et ce constat me crispe, me tend et moi- même, je ne suis pas celui que je voudrais être. Qui suis-je ? tour-dubai.jpg

C'est, vous l'avez peut être décodé en une fraction de seconde, quelques traits caractéristiques du perfectionniste. Tal Ben-Shahar, le professeur du bonheur de l'université d'Harvard (1) nous propose un beau parcours à travers son ouvrage " l'apprentissage de l'imperfection" (2) . Avec son sens pédagogique , il invite à des pauses régulières dans la lecture du style : "vous reconnaissez vous dans certains traits de caractère associés au perfectionnisme ? Quels retentissements ont-ils sur ce que vous vivez ?" Les traits cités étant : la recherche d'un parcours en ligne droite, la peur de l'échec, la concentration dominante sur la destination, la cible plutôt que sur le chemin, un angle d'opinion branché "tout ou rien", une attitude défensive, une attitude tatillonne, une rigidité, voire une attitude statique. La bonne nouvelle se situe dans la deuxième partie de l'ouvrage répondant à la question éternelle : comment sortir de la prison du perfectionnisme ?

 Tal invite les perfectionnistes du monde entier à ouvrir trois portes, trois passages : l'acceptation de l'échec, l'accueil de toutes les émotions y compris désagréables et en définitive, l'accueil de la vie ici et maintenant dans le présent. Concernant l'accueil de l'échec, lui même a été champion national de squash dans son pays d'origine, Israêl et a eu le désir fort de devenir champion du monde. Déterminé à le devenir, il est parti en Angleterre pour "coller" aux entraînements du champion du monde de l'époque. Dans un premier temps, au contact de son idole, il progresse. Mais, il y a un mais, il est conduit à un entraînement de plus en plus intensif : les blessures arrivent, bénignes puis plus graves.Et un jour, sur le point de gagner un grand tournoi en final, il est pris de crampe au pied et au bras. Alerté par son médecin et perclu de douleurs, il dut renoncer à son rêve de devenir champion du monde.

Est ce que cette histoire vous parle ?

L'acceptation de l'échec, c'est reconnaitre ses limites physiques, intellectuelles, ou encore émotionnelles  et , comme les formateurs en programmation neurolinguistique le disent avec humour, l'échec est un retour d'information sur soi qui n'est pas synonyme de culpabilité. Ce chemin de l'acceptation conduit à l'analyse de ce que l'on appelle " échec", dans la perspective d'en tirer des enseignements sur soi et sur son futur. Le perfectionniste risque de ruminer de manière obsessionnelle autour de la question " Bon sang, qu'est ce que j'ai loupé pour ne pas réussir ?" Et vous remarquerez que la forme de cette question n'a pas grand chose à voir avec celle ci : " Si demain, je me retrouve devant la même situation et le même contexte , qu'est ce que je pourrais expérimenter de différent ?".

Deuxième porte, accueillir ses émotions. Nous retrouvons toute la saveur de la culture de l'intelligence émotionnelle, l'intelligence du coeur. Parfois des perfectionnistes ont dressé un mur intérieur entre leur raison, leur cerveau et leurs émotions. Surtour penser, analyser, extrapoler, cogiter, mais  ne pas aller "sentir cette sensibilité " qui remue au fond de moi. " Qui ne sait pas pleurer de tout son coeur ne sait pas rire non plus". Il ne s'agit pas de ressasser sa colère contre soi suite à un échec mais de ménager un canal en soi pour accueillir cette émotion sans se laisser nécessairement déborder. " Ok, j'ai l'impression d'avoir perdu du temps,  louper un projet, égarer un dossier important,  mis à mal une relation, cet ami...j'en suis tout bouleversé, triste, défait. J'accuse réception en moi sans flagellation. Je respire pour laisser passer ses émotions, j'accueille cette vie qui passe. C'est comme si l'émotion sortait du coeur, de notre moi profond pour glisser au dehors. Je me remets debout et maintenant que j'ai  " nettoyé " mon sac émotionnel, je peux reprendre le chemin. Or, contrairement à la vision de beaucoup de perfectionnistes ou idéalistes, le chemin de notre vie n'est pas comparable à une ligne droite qui monte vers un 7ème ciel : j'ai vécu une enfance difficile, je vais vivre une adolescence plus heureuse et je vais m'éclater à l'âge adulte libéré de tout. Le chemin de chacun, y compris des "people" , est souvent sinueux, parfois dans le brouillard, creusé ici et là, avec des creux, des rétrécissements, des intersections, des ronces qui obligent à trouver un passage...Tal Ben-Shahar revient sur la force de la gratitude comme ingrédient de l'acceptation du réel. Ainsi, la lettre de gratitude envoyée à une personne à qui l'on est particulièrement reconnaissant est un acte d'altruisme non seulement bénéfique pour le destinataire mais aussi pour l'auteur, et ceci est démontré par des travaux en psychologie positive.

Parmi les pistes multipes proposées par Tal Ben-Shahar, j'ai relevé le PRP, non pas le Perfectionniste Redoutable et Parfait mais le schéma : Permission-Reconstruction- Perspective. Application. Cette semaine, j'avais une journée importante de formation à Paris. Mon train arrivant de Montpellier en gare de Lyon à Paris vers 9h 20, le lieu de formation était prévue avenue Georges V à 9h 30. Je convenais déjà que j'arriverais à priori vers 9h 45 sachant que le quart d'heure national de retard me serait favorable. Mais le plan cogité la veille ne donna pas le résultat attendu. D'abord, mon ticket de métro refusa de m'ouvrir le passage automatique et je dus faire une longue queue pour redemander des tickets valides. Puis, pensant gagner du temps en prenant le RER parisien, je dus en premier lieu attendre son départ et comble du comble, contrairement à ce que j'avais anticipé, il s'arrêta à toutes les petites stations. Enfin, j'arrivais au pont de l'Alma et partit dans le mauvais sens pour ensuite retraverser la Seine. Résumé : je suis arrivé après les 10 coups de 10 heures. Permission : je me relâche durant toutes ses contrariétés remettant en cause le plan de la veille, et j'accueille l'humain en moi, je me donne la permission d'être humain, là avec mon retard prévu. Certes, je suis contrarié, je risque de manquer le début de l'intervention très attendue d'un spécialiste des neurosciences. Reconstruction : après tout, c'est un bel exercice d'orientation dans Paris et le petit pas de course me prépare pour...la course que je ferai Dimanche. Vous l'avez compris, il s'agit de passer d'une vision négative du vécu à une vision positive.Reconstruire,c'est aussi, de manière cognitive, se formuler à soi-même un recadrage positif. Et alors, s'ouvre la Perspective : dans cette semaine, ce jour, cette 1/2 heure de retard a t'elle vraiment un poids lourd de conséquences ? Ma vie est-elle en jeu ? Oui, si je cours sans regarder en traversant une rue animée de Paris ! Alors, stop, je reprend la marche pour arriver au lieu de formation. J'ouvre la porte : le groupe est certes installé et je comprends instantanément que le conférencier renommé va tout juste commencer ! Je n'ai rien perdu !! 

Plus généralement, le perfectionniste voit de la contrariété partout dès que le plan prévu dans sa tête n'est pas respecté au millimètre près. Avec un entraînement de type PRP, il apprend patiemment à devenir bienveillant, indulgent avec lui-même avec un double effet : un relâchement de sa tension physique et nerveuse et, de manière contagieuse, une plus grande tolérance dans le regard sur les comportements de ces autres "imparfaits" autour de lui.

" Je m'appelle Tal et je suis un perfectionniste. La nécessité d'accepter  que ce perfectionnisme ferait toujours partie de ma vie a représenté pour moi une véritable libération." Et oui, prudemment , seulement à la fin de son ouvrage, Tal dévoile que c'est un vrai perfectionniste qui a écrit et montre ainsi le combat mené avec lui-même...jusqu' à devenir professeur de psychologie positive à Harvard.

Je m'appelle Michel et je reconnais, au fond de moi, une part de perfectionnisme. J'apprends à vivre avec, avec patience, humour et relativité. Et j'espère que cet article est imparfait, à relativiser, à nuancer, bref qu'il admet toute critique. Alors, bonne nouvelle pour vous lecteurs "perfectionnistes", lâchez vous et libérez votre créativité pour réagir .

 

(1) voir article sur ce blog : le rituel, une stratégie pour changer.

(2) " l'apprentissage de l'imperfection", TAL BEN-SHAHAR; collection Belfond.

 

 

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29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 15:24

Elle a à peine dix ans, vit tranquillement à Paris avec ses deux parents quand un coup frappé à la porte de leur domicile va faire basculer le destin d'une famille dans l'horreur. En effet, nous sommes en juillet 1942 et une page les plus sombres de l'histoire de la France est en train de se vivre au coeur de la capitale dénommée  de manière raccourcie : la rafle du vél d'hiv.

C'est l'histoire de cette fillette Sarah qui nous tient dans une puissance émotionnnelle tout au long du récit de Tatiana de Rosnay, auteur de ce best seller mondial qui a donné naissance à un film.elle-s-appelait-sarah-cd.jpg

Sarah, c'est l'histoire du combat à l'intérieur de soi, entre notre partie victime, notre partie persécuteur et notre partie sauveur. Une manière de revisiter ce récit tout à la fois profond, vivant et terrifiant sous la loupe de l'analyse transactionnelle et celle du triangle dramatique.

Sarah, déportée avec ses parents d'abord dans l'enceinte du vélodrome de Paris puis dans un camp proche de Paris a pu , avant la rafle, enfermer son petit frère dans une cachette avec une promesse : " Je reviendrai te chercher". Elle garde la clé précieusement au fond de sa poche. Dans un premier temps, elle se croit sauveur réellement de son petit frère et  c'est ce qui lui redonne sens au coeur de l'horreur, de la  promiscuité du vél d'hiv où l'eau, la nourriture et  l'hygiène minimum ne sont plus là.

Les jours s'écoulent, puis elle trouve le moyen de s'évader et rejoint, après moulte péripéties, la capitale pour retrouver son petit frère. Or, en arrivant, l'appartement est occupé par une famille française et elle découvre son petit frère mort depuis plusieurs jours...prisonnier de sa cachette ! De ce jour, Sarah porte au plus profond d'elle une culpabilité qui n'aura de cesse de la poursuivre .

Le paradoxe de Sarah, c'est cette double contrainte ou tenaille interne :  la victime et nous pourrions tous lui crier " Tu es d'abord une des pauvres victimes de l'élimination des juifs décidée par Hitler " et de l'autre côté, le persécuteur intérieur qui l'accablera et la tourmentera, dans l'histoire,  jusqu'à la fin de sa vie.

Comment Sarah aurait-elle pu sortir de ce dilemme ?

Imaginons une scène inédite dans le livre comme dans le film : Sarah rencontre un psychologue et entreprend un travail sans doute  long de deuil profond sur sa culpabilité, relit son histoire avec la mort de ses deux parents déportés et celle de son petit frère. Un acte aussi , celui de se pardonner à soi-même aurait peut être pu l'aider à apprivoiser cette culpabilité tellement ancrée.

Même si l'histoire ( fictive) de Sarah peut sembler lointaine dans le temps ( 1942) et dans le contexte (l'occupation), je suis moi-même très touché par la manière dont Tatiana de Rosnay nous la livre et nous interpelle en même temps sur nous mêmes.

Sommes nous victimes ou coupables d'événements que nous n'avons pas digérés ? Un devoir de mémoire, de relecture distanciée avec l'aide d'un tiers aidant peut aider à sortir de ces deux prisons ...

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 21:42

EPISODE 3

 

COACHER UNE PERSONNE AVEC L'ENNEAGRAMME

 

Pour le coach qui a goûté à pleines dents toute la saveur et la profondeur de l'ennéagramme comme outil de connaissance de soi et d'évolution personnelle, il est très tentant de vouloir l'utiliser avec ses clients.

Or, s'il existe effectivement un engouement des coachs pour cet outil relativement nouveau que l'ouvrage  de la hollandaise Renske Van Berkel met en exergue avec comme sous titre " Comment tirer parti de leur évidente complémentarité", la préface du spécialiste français Eric Salmon arrête un peu cet enthousiasme.

En effet, il montre que si Renske, formatrice en ressources humaines et formatrice de coachs est en capacité de déterminer à l'issue d'un entretien spécifique de coaching d'une heure et demi  à 2h le profil ennéagramme d'un client, cela n'est pas à la portée de tous et réclame  une longue pratique de l'ennéagramme et une connaissance intérieure de chacune des 9 bases. Il invite plutôt à ce que le coach propose au coaché de faire un stage à côté du coaching pour découvrir lui même son type. Ce qui évite, selon Eric, la toute puissance du coach.41DJS1SC7KL__SL500_AA300_.jpg

Ainsi, avec un oeil un peu en recul, dans la pratique du coaching, il n'apparait pas toujours aisé de proposer une approche ennéagramme car cela supposerait aussi que la personne soit très motivée pour approfondir la connaissance de soi alors que la tendance semble à l'obtention de résultats, d'objectifs concrets dans les meilleurs délais et en limitant le nombre de séances. L'ennéagramme, par sa dimension d'appropriation lente, semble donc délicat à proposer.

Pourtant, la personne accompagnée qui aurait découvert son type, pourrait y puiser au moins trois bénéfices immédiats :

- une plus grande acceptation de soi dans la compréhension de sa motivation profonde. Par exemple, un manager de type 9 ( caractérisé par une peur viscérale du conflit notamment) va mieux comprendre ce qui le rend très stressé quand une situation professionnelle se tend. En même temps, il va aussi mieux comprendre comment le fait de ne pas réagir devant les conflits peut générer une atmosphère lourde dans le service.

 

- une prise de conscience ici et maintenant d'automatismes de pensée ou d'agir liée à son type.

Un responsable de base 1 se voit en train de se justifier instinctivement devant ses collaborateurs car il  a du mal à admettre ses propres erreurs, marqué par la croyance qu'il faut toujours être parfait, infaillible pour être apprécié.

Le stop suggéré par Renske quand le client prend conscience dans l'instant de son automatisme est vraiment éducatif car il va permettre d'installer doucement et sans culpabilité cet "observateur intérieur" à l'intérieur de soi. Avec recul et cet observateur intérieur, un client de base 3 liée à la croyance qu'il existe essentiellement par sa réussite, par ce qu'il fait pourra faire un stop et sourire intérieurement s'il entend quelqu'un lui fait le reproche suivant : " Avec vous, on ne pense qu'aux objectifs, et vous oubliez complétement l'humain".

 

- la vraie perspective, à partir de cette acceptation et cet observateur intérieur, de pouvoir évoluer vers un comportement plus libre, moins emprisonné dans les automatismes. Dans son ouvrage, Renske van Berkel illustre ce changement par le cas de Mathilde, 32 ans et cadre dans une association. Mathilde ne comprend pas l'attitude nonchalante de ses employés  qu'elle qualifie d'inefficaces et qui gêne sa propre efficacité. Après un premier travail de coaching, elle découvre qu'elle se sécurise par un acharnement à réussir à tout prix pour être appréciée...et découvre son type 3. Le coach la confronte à l'hypothèse de savoir si les autres peuvent l'apprécier en dehors de la performance qu'elle incarne. Cela lui fait d'abord peur car situé hors de son cadre de pensée habituel puis, petit à petit, elle prend la mesure de cet autre regard sur soi et sur les autres : " Je peux exister, être appréciée sans nécessairement être constamment dans le résultat et la réussite". Dans les séances de coaching suivantes, elle apprend par ailleurs à verbaliser davantage ses émotions qu'elle ne montrait pas par peur de détériorer son image aux yeux des autres ( peur typique du 3). Consciente de ses excès de son style TGV ( très grande vitesse), elle fait le choix de ralentir sa propre cadence et oh miracle constate  que l'ambiance de travail, au lieu de tourner au vinaigre, s'est même fortement améliorée ! Osant montrer ses doutes et ses incertitudes, plus authentique avec elle et ses employés, eux-mêmes deviennent plus motivés pour avancer. Ainsi, elle atteint ses objectifs non pas en faisant encore plus du type 3 ( rendement, efficacité, objectifs...) mais , après prise de conscience , en étant plus vigilante pour créer du lien humain authentique. Cette trajectoire de coaching a l'avantage de proposer à la personne coachée des clefs pour mieux se comprendre et pour avancer en sortant des automatismes sur lesquels elle a pu se conforter depuis des années.

Enfin, une consolation pour le coach qui pourrait légitiment penser que proposer une découverte de son type pour le coaché peut s'avérer long et délicat , l'effet "ennéagramme" vaut, de mon point de vue, déjà pour le coach lui-même. Ainsi, en rebalayant rapidement les 9 bases, le coach de base 1 de part sa motivation principale ( toujours travailler parfaitement) aura tendance à voir instinctivement les points faibles du coaché avec un risque de trop d'exigence. Le coach de base 2, avec sa motivation principale ( être aimé de tout le monde), pourra privilégier la relation "affective"  avec son client au détriment des objectifs fixés. Le coach de base 3 avec sa motivation principale ( atteindre rapidement les objectifs pour être apprécié), très centré sur les résultats risque de passer à côté de la dimension émotionnelle et humaine de la relation coach-coaché. Le coach de base 4 de par sa motivation ( combler ce qui manque) peut oublier la réalité, l'ici et maintenant avec le coaché pour se focaliser sur un idéal à atteindre. Le coach de base 5 avec sa motivation principale ( rester indépendant) et son mode d'attention très mentale ( prendre du recul) risque de rester au niveau de l'analyse, de ses propres pensées au détriment d'une relation humaine avec son client. Le coach de base 6 de par sa motivation principale ( être en sécurité en tout lieu) peut exagérer ses doutes avec la question réflexe interne " Qu'est ce qui pourrait mal tourner ?". Le coach de base 7 de par sa motivation principale (rechercher constamment le plaisir immédiat pour éviter de souffrir) peut avoir la tendance de se centrer uniquement sur les aspects agréables des situations évoquées par le coaché, quitte à éluder des éléments de souffrance significatifs. Le coach de base 8 de par sa motivation principale ( être fort pour ne pas être contrôlé) aura une tendance naturelle à vouloir trop contrôler le processus de coaching et peut produire un effet de domination sur le client. Le coach de base 9 de par sa motivation principale ( préserver l'harmonie pour éviter le conflit) aura tendance à privilégier une ambiance conviviale avec le coaché au détriment de moment de confrontation source de progrès. Rassurons nous, tous ces types ont aussi par ailleurs des atouts dans leur forme de focalisation de leur attention et de leur forme spécifique d'énergie. A titre d'exemple, un coach de base 1 saura naturellement structurer un trajet de coaching et sera particulièrement apprécié d'un coaché de tendance "dispersée". Un coach de base 5 de par son approche à dominante mentale peut, avec plus de facilité qu'un autre coach, aider un coaché à sortir de l'emprise de ses émotions pour relativiser une situation.

enneagramme th-1

Enfin, l'ennéagramme pourrait mettre en relief trois grandes catégories "ouvertes" de coachs :

Les coachs de base 8,9 et 1 reconnus de centre instinctif ont tendance plus que les autres à réagir avec leurs "tripes", à donc agir ou réagir avec notamment le moteur de la colère.

Les coachs de base 2, 3 et 4 ont un centre dénommé "coeur ou émotionnel ", et ont plus naturellement une énergie qui "va vers", qui cherche à relier et sont fortement habités par un besoin d'identité et de reconnaisance. Enfin les coachs de base 5, 6 et 7 ont un centre dit mental et leur énergie les invite plus à une distanciation avec le réel par l'analyse, le raisonnement ou encore l'imagination.

Pourrait-on alors en conclure qu'une personne coachée aurait avantage à connaitre la base ennéagramme de son coach ? Est-il opportun pour un coach de le dévoiler à son coaché qui aurait préalablement une connaissance suffisante de l'ennéagramme ?

Ces questions, parmi d'autres, témoignent que l'ennéagramme demeure un beau sujet de questionnement et que son usage me semble encore en devenir dans un monde en quête de repères sûrs, durables et aidants.

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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 21:42

Oui, il y aurait 5 langages préférentiels de l'amour au sein d'un couple, selon le célèbre conseiller conjugual américain Gary CHAPMAN, auteur de plusieurs best sellers traduits dans 34 langues  à plus de 3 millions d'exemplaires...ce qui semblerait attester d'une crédibilité dépassant les cultures spécifiques des pays.

Que sont donc ces fameux cinq langages de l'amour ?

Après plus de 30 d'expérience de suivi de couples et de sauvetage de couples au bord du divorce, il a constaté que les attentes de chacun  touchent cinq domaines principaux ou , de manière plus romantique, cinq langages de l'amour :

- les services rendus

- les moments de qualité

- les cadeaux

- les paroles valorisantes

- le toucher physique.

Or, en échangeant avec des milliers de couples, il s'est aperçu que l'un pouvait être très porté sur le fait que l'autre passe par exemple l'aspirateur, s'occupe des courses, bref rende service alors que d'autres seront plus sensibles aux paroles valorisantes " Oui, tu es vraiment un super bricoleur !" ou encore : " Comme tu sais bien mettre en valeur l'aménagement de notre appartement !" Le drame, c'est quand l'un croit faire plaisir à l'autre en restant sur son propre registre. Monsieur  offre souvent des cadeaux mais Madame attend d'abord des services concrets. Elle se dévoue comme une sainte pour que le ménage soit impeccable, mais est rarement disponible pour vivre un moment de détente, de qualité en couple....ce que lui attend depuis leur lune de miel !

Comment alors retrouver une bonne longueur d'onde en couple  ? Simplement, propose Gary en repérant plus précisément le ( ou les) langages préférés du conjoint ou compagnon.

Difficile pourraient objecter certains car je ne suis pas psychologue ou particulièrement perspicace.

langages-de-l-amour.jpg

Alors, je vous propose un moyen concret agréable et ludique pour avancer.

 

1) Donner à chacun une enveloppe contenant 5 cartons avec l'inscription sur chacun d'un des 5 langages de l'amour

 

 2) Chacun reçoit une enveloppe et retire de l'enveloppe ( sans le montrer au partenaire) le ou les langages qu'il préfére chez le conjoint ou le partenaire.

 

3) Le jeu commence : par devinette, suggestion, mime ou tout ce qui vous vient à l'imagination, faites découvrir à votre autre moitié votre langage de l'amour préféré.

 L'expérience, dans un climat ludique, est très agréable .

Reste ensuite à concrétiser !

Quel cadeau allez vous  lui offrir pour la Saint Valentin ?

Attention, car le  cadeau le plus apprécié sera peut être celui  qui est sur la même portée du langage de l'amour préféré : quel service lui rendre en particulier ? Quel moment de qualité lui proposer ? Quelle parole touchante et sincère lui exprimer ? Quelle forme de relation amoureuse , de tendresse suggérer ? Ou encore quel cadeau matériel  acheter ?

Et si, pour ne pas vous tromper, vous faisiez exceptionnellement un bouquet pétillant et fantaisiste de tous ces langages ? La Saint Valentin n'a lieu qu'une fois par an et l'amour durable mérite bien d'être régulièrement réactivé pour réveiller les premières étincelles et renouveler le feu de l'Amour.

 

 

 

 

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 21:43

Je suis composé de 22 pages ( sans les annexes) dans un format type agenda de poche

Mes trois premières phrases sont :

" 93 ans. C'est un peu la toute dernière étape. La fin n'est plus très loin."

La dernière phrase :

" A ceux et celles qui feront le XXIème siècle, nous disons avec notre affection :

CREER, C'EST RESISTER

RESISTER, C'EST CREER."

Je suis déjà diffusé à près d'un million d'exemplaires.

En quelques semaines, je suis devenu un best-seller en France.

Qui suis je ?

 

La réponse : bien sûr, "INDIGNEZ VOUS !" de Stéphane HESSEL.

 

Qu'est ce qui a donc fait le succès populaire, le raz de marée de ce petit opuscule dont l'auteur lui-même est le premier supris.

De mon point de vue, il y a vraiment un mystère Hessel car beaucoup d'éléments plaidaient pour qu'il passe plus ou moins inaperçu dans les sorties littéraires. Voici d'abord quelques arguments qui plaident contre .

Le texte est court, seulement 22 pages.

L'auteur brosse des constats assez généraux sur l'écart croissant entre riches et pauvres, l'importance d'agir en réseaux pour défendre les droits de l'homme, et au passage, le voilà qui salue l'émergence des organisations non gouvernementales, les associations militantes qui ont de l'influence sur les décideurs. Puis, des convictions qui sont aujourd'hui de fait de plus en plus partagées dans un monde secoué régulièrement par la violence, des lieux de travail aux Etats. " Je suis convaincu que l'avenir appartient à la non violence, à la conciliation des cultures différentes". Et il ne propose aucune solution nouvelle ou spécifique au mal moderne de la violence, de la dictature des puissances de la finance.

Rien de bien révolutionnaire dans ces propos écrits dans un style clair mais sans pétillant littéraire particulier.

Alors, comment expliquer le succès de ce petit livre qui se diffuse de bouche à oreille dans les milieux les plus divers et s'offre même en cadeau ?

Je risquerais quelques arguments prélevés ici et là, notamment dans la presse.

Le texte court peut être un argument positif pour celles et ceux qui n'ont pas le goût de lire des ouvrages longs de 200 à 300 pages. 22 pages et 7 pages annexes, cela reste digeste.

L'homme, Stéphane HESSEL, ne peut être taxé par la sortie de ce livre d'opération business, marketing. Ses jours, comme il l'écrit très clairement en début d'ouvrage, sont comptés.

Et surtout, Stéphane HESSEL est marqué du  sceau d'une légitimité hors parti politique, hors groupe d'influence, celle de l'histoire. Il a été un élément majeur du conseil national de la Résistance sous l'occupation et un des inspirateurs de la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948. Il n'a , si vous me permettez l'expression, "aucune casserole accrochée dans le dos".

Il a donc cette belle légitimité d'un vieil homme symbole d'une histoire de résistance à l'ennemi en se rappelant qu'il a été déporté dans un camp de concentration en Allemagne et qu'il s'en est évadé.51Ns7GzE9lL SL500 AA300

 Mais cela ne saurait justifier ce succès. D'autres ,avant lui, ont su écrire des récits historiques emprunts d'authenticité et n'ont pas connu le même succès.

J'ose donc une hypothèse. Stéphane HESSEL, dans son écrit sorti en décembre 2010, fait miroir direct aux inquiétudes montantes des citoyens déstabilisés par la crise et par le fait d'une perte de confiance radicale dans beaucoup d'acteurs : du politique, en passant par le banquier, jusqu'aux industries pharmaceutiques ( cf le médiator,médicament reconnu "coupable" de la mort de plus de 500 utilisateurs). Ce livre est comme une soupape réveillant des valeurs fortes auxquelles nous sommes pour la plupart très attachés : le respect de l'homme dans ses droits économiques et sociaux, l'égalité des droits , et le droit par dessus tout à s'indigner de réalités inacceptables, des pauvres au coin de la rue aux violences meutrières aux quatre coins de la planète, le terrorisme, .

Petit ingrédient qui relève le tout. Le ton n'est ni plaignant, ni arrogant, ni pacifiquement neutre. Il ouvre sur une autre émotion, une émotion du registre de la colère mais une colère apprivoisée, intériorisée, l'indignation.

Ainsi, sans faire de testament, avec simplicité et l'élégance d'un vieil homme qui ne cherche même plus à donner des leçons de morale, il veut réveiller le citoyen , le sortir de la tiédeur de l'indifférence, avec un seul slogan : indignez vous !

 

Dans la même veine, les voeux de Stéphane HESSEL pour 2011 sur Youtube médiapart avec un zeste d'humour .

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27 décembre 2010 1 27 /12 /décembre /2010 08:46

NOEL, historiquement synonyme pour le monde chrétien et croyant de l'arrivée d'un petit enfant nommé Jésus dans une modeste étable est devenu au fil du temps de notre monde dit moderne, le grand big bazar de la consommation. A tel point que des enfants interrogés dans la rue étaient dans l'incapacité de citer l'origine de NOEL !

Les magazins et grandes surfaces ouvrent des week-ends entiers en décembre, pratique qui semble se banaliser alors qu'au départ, elle avait fait réagir le corps social revendiquant qu'un jour de repos, sans consommation, c'est une respiration salutaire pour un être humain trop souvent hâpé par la spirale du travail ou encore de la publicité. Avec l'arrivée des nouvelles technologies toujours plus compactes, donnant plus de fonction, d'options de forfait et donc plus de séduction auprès des consommateurs, c'est à qui aura la dernière console , la dernière wii la plus sophistiqué ou encore le dernier iphone dernier cri, en tête du hit parade sur le marché économique du Père Noêl. Et signe des temps, des jeunes américains âges à peine de 10 ans revendiquaient pour leur cadeau de Noêl, dans le cadre d'un sondage, déjà "l'artillerie phone" de leurs aînés, à savoir l'achat d'un iphone ! Dans ce " toujours plus " ,  une voix à contre-courant s'élève et rencontre un écho de plus en plus large sans pour autant user de l'impact médiatique de la déesse télévision, celle de Pierre Rabhi.

Qui est Pierre Rabhi ?

Originaire d'Algérie, Pierre Rabhi est arrivé en France avec sa famille d'adoption, a connu le milieu de l'entreprise puis s'est tourné vers l'agriculture biologique, la réflexion pour une économie de l'équité entre pays du sud et pays dits avançés. Souvent cité comme un des  penseurs écoutés du développement durable sur un plan international , il a écrit un beau livre  intitulé "Vers la sobriété heureuse". (1)sobriete-heureuse.jpg

 

Et là, changement de décor, avec poésie, à l'appui d'un récit personnel d'une enfance passée près d'un père forgeron et la beauté nostalgique d'un monde rural vivant fortement du lien social et disparu sous le coup de boutoir colonisateur de l'industrialisation, il nous lance un appel vibrant. Regardons avec lucidité  notre "pseudo-économie" qui produit toujours plus avec plus de pauvres et de laissers pour compte. Si chaque habitant sur cette terre consommait comme un européen, il faudrait 3 planètes et comme un américain, au moins 5 !! Il est donc urgent de revoir notre style de vie, et dans sa proposition globale , la charte internationale pour la terre et l'humanisme, il nous pose deux questions indissociables : quelle planète laisserons nous à nos enfants ? et quels enfants laisserons nous à notre planète ?

Comment changer de style de vie pour renverser le mouvement ?

Un mot résonne en filigrane de sa démonstration : la sobriété heureuse. Mot d'ailleurs que l'auteur se refuse à enfermer dans une définition "prête à penser". Elle affleure autour de l'autolimitation, de la modération, du sens de l'équité en pensant à ceux qui n'ont même pas le minimum vital pour survivre. Plus loin, c'est une attitude de gratitude envers notre planète terre qui nous a tant donné pour vivre en se rappelant que ses ressources s'épuisent rapidement. C'est encore l'idée qu'il y a un rééquilibrage à opérer entre le masculin et le féminin, déjà dans la gouvernance, estimant que les femmes, par nature, sont davantage protectrices de la vie que les hommes. Et puis cette sobriété heureuse, c'est le choix conscient des moyens utiles à nos besoins vitaux en renonçant au superflu. Et là les marges de progrès sont immenses !

Alors, une question, la sobriété heureuse est-elle accessible à tous ?

Oui répond Pierre Rabhi à condition de se relier collectivement à une forme d'intelligence. En changeant notre regard sur le monde, en déconstruisant  les fondements de notre modèle dit économique pour faire émerger une liberté de penser, d'imaginer et d'agir;

Et là, Pierre Rabhi sait de quoi il parle. En effet, parmi ses mutiples initiatives,  il a été à l'origine de l'expérience en 2003, dans la Drôme, aux portes de la Provence, du site écologique, solidaire et pédagogique des Amanins (2). Sur ce site, se côtoient une école dans laquelle les enfants sont sensibilisés très tôt à l'écologie et au vivre ensemble par la coopération, une ferme aux méthodes visant à préserver la terre pour produire une nourriture saine, et des bâtiments utilisant les énergies renouvelables comme le soleil et le bois. Ce lieu est aussi accessible au grand public pour des stages ou des journées de sensibilisation.

Et laissons le mot de la fin à Pierre Rabhi très sensible à l'intelligence des peuples terriens desquels il rapporte cette pensée :

 

Seulement après que le dernier arbre aura été coupé,

 

Que la dernière rivière aura été empoisonnée,

 

Que le dernier poisson aura été capturé,

 

Alors vous découvrirez que l'argent ne se mange pas.

 

Et si NOEL était plaçé sous le signe de la sobriété heureuse autrement dit la joie, le contentement d'avoir ce qu'il faut pour vivre sans chercher le "toujours plus".

 

(1) "vers la sobriété heureuse"; collection Actes sud

 

(2) site internet : lesamanins.com

 

 

 

 

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4 août 2010 3 04 /08 /août /2010 20:31

Ce matin, 10 h, Paris, dans une salle de formation,  je participe à un atelier pour m'initier avec d'autres novices à une nouvelle méthode de lecture venue d'outre-atlantique dont l'américain Paul Scheele (1) est le concepteur, le photoreading ou, si vous préférez, la photolecture. La formatrice française, Thérèse s'est formée auprès de l'américain. Chaque participant dispose sur son bureau , de feutres, d'un petit cerveau en mousse pour se détendre ( le cerveau !), un bloc de post it, un puzzle à reconstituer et le livre du concepteur de la méthode qui vient de sortir en France.  Les murs de la salle sont tapissés de citations et de dessins interpellant : le lieu est agréable et chaleureux. 

 Thérèse, avec beaucoup d'enthousiasme et de conviction, nous invite d'abord à inscrire notre objectif sur une feuille puis rapidement évoque la méthode en "accéléré" : heureusement, j'ai lu le livre de Paul Scheele car je m'en imprègne depuis quelque temps. Puis , c'est l'étape clé dite photofocus avec une lecture d'une page par seconde, soit environ 25 000 mots par minute. Stop, je m'arrête là. En fait, il y a un ingrédient qui change le décor : cette séance d'initiation est sous le regard d'une caméra de télévision, d'une perche micro tenue par le preneur de son, d'un contrôleur d'image avec son petit écran et d'une journaliste... en sitting par terre.photolecture

Et je prends brusquement conscience que c'est bientôt la télévision qui prend le contrôle "pédagogique" de la séquence en donnant des directives à l'intervenante : " Reprenez  le geste de feuilleter l'ouvrage; prenez l'objet symbole du bâton de parole à nouveau pour un gros plan,... passer directement à cette étape là..." Et l'intervenante conciliante de s'adapter en rappelant que la méthode passe par telle et telle étape dont notamment une relaxation physique et mentale trop longue et pas "télévisuelle". Je me sens  alors moins participant à un atelier et davantage cobbaye d'une expérience.

Et je m'interroge sur le résultat final, la diffusion sur les écrans de télévision prévue le 2 septembre (sans certitude de date, a prévenu la journaliste) : comment la télévision va t'elle rendre compte en moins de 3 minutes d'une méthode originale éprouvée aux Etats Unis depuis plusieurs années et  faisant appel au cerveau conscient et au non conscient ( concept plus subtil) en étant fidèle à l'esprit et à la  pédagogie ?

Commentaire : c'est de mon point de vue le format télévisuel et sa durée courte qui impose sa norme et son rythme . Or, j'ai observé que cette contrainte et cette pression du temps ont crée du stress autant pour l'intervenante que pour les participants . Heureusement, en cours de route, Thérèse a eu la belle intuition de proposer ( hors caméra) un exercice ludique de brain gym (2) pour "échauffer" d'une certaine manière les deux hémisphères cérébraux à travailler ensemble et en harmonie.

Conclusion : si vous vous intéressez aux méthodes du mieux apprendre et notamment aux méthodes de lecture rapide , le mieux , c'est peut être de commencer par lire le livre...qui vous propose une manière très pittoresque de l'aborder en fonction du temps que vous voulez y consacrer. Il ne s'agit pas tant de lire à toute vitesse ( le titre  de l'ouvrage est ambigu de mon point de vue) mais plutôt de lire de manière méthodique et dans une posture dite de vigilance détendue pour mémoriser durablement...sans se prendre la tête !

 

 

(1) expert en PNL et en techniques d'apprentissage accéléré, co fondateur de la société Learning Stratégies aux Etats Unis

 

(2) méthode  appelée aussi kinésiologie éducative mise au point par le docteur Paul Dennison et favorisant par des exercices physiques un équilibre émotionnel et mental propice à la concentration et aux apprentissages.

 

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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 04:16

SORTIR DE LA VIOLENCE AVEC MARSHALL ROSENBERG

 

 

Quand je ne peux pas dire avec des mots,

je risque de retourner la violence contre d'autres ou contre moi.

 

Des "vagues" de suicide dans certaines entreprises qui ont fait la une des médias,  à la violence de joueurs ou de supporters sur des terrains de football, en passant par un ton agressif qui veut montrer sa domination au cours d'une réunion, la violence est bien présente au coeur de nos sociétés et peut entrainer à des extrémités d'acte que les protagonistes n'avaient pas imaginées au départ. 

Dans ce contexte, il est à souligner que chacun, chaque institution est à la recherche du " Comment prévenir ?" ou encore " Comment aider les personnes à ne pas franchir la ligne rouge d'une violence qui est peut être déjà en germe dans un regard ou dans un ton de voix " ?.

Le processus de communication élaboré par le psychologue américain Marshall Rosenberg, disciple de Carl Rogers dans les années 1970 apparait  être un outil de prévention particulièrement pertinent.

En invitant le lecteur à plonger dans son ouvrage de référence (1), rappelons rapidement les 4 étapes du processus :

 

1 revenir aux faits, en recherchant l'objectivité, le non jugement.

ex : " Vous m'avez dit que mon dossier était nul"

 

2 revenir à soi et aux sentiments ressentis liés au fait déclencheur

ex : " j'ai été surpris et choqué"

 

3 à partir de cette clarté sur son ressenti, exprimer le besoin insatisfait

ex : " J'ai vraiment besoin de compréhension et de considération"

 

 

4 oser, en s'appuyant sur l'énergie du besoin, affirmer de manière directe, une demande à l'interlocuteur susceptible de répondre au besoin insatisfait ou en souffrance.

ex : "Est ce que vous seriez d'accord pour m'exprimer ce que vous mettez derrière le mot " nul " en terme de constats concrets ?"

 

Ce déroulé en 4 étapes, que les formations en "communication non violente" proposent de travailler en jeu de rôles et d'intégrer dans sa manière de parler et d'être, révèle des ingrédients susceptibles de "tuer" la violence dans sa racine.

 

1 revenir aux faits, c'est remettre aux commandes l'hémisphère gauche, celui du rationnel, de la logique alors que la violence peut nous entraîner hors de nous, dans une spirale émotionnelle pouvant atteindre l'insulte ou encore l'agression physique.

 

2 revenir à soi, à sa sphère émotionnelle pour nommer le sentiment , l'émotion qui nous habite, qui nous agite, c'est déjà en la nommant, la mettre un peu à distance : je ne me réduis pas à ma colère, ma honte, ma tristesse, mon désarroi...Je l'assume comme émotion à un moment donné. Et les émotions sont comme les nuages dans le ciel, elles passent.

 

3 Nous touchons là à l'originalité de la proposition de Marshall Rosenberg. Les sentiments sont l'aspect visible, comme le haut d'un iceberg au dessus de la mer, de quelque chose de plus profond, le besoin. Un sentiment négatif est un révélateur d'un besoin insatisfait. Alors, plongeons sous l'iceberg pour repérer ce besoin. Travail pas si évident quand on s'initie à la démarche. Cependant, le besoin a la force de l'universalité . Parler d'un besoin de respect, d'un besoin de reconnaissance ou encore d'un besoin de sécurité est un langage immédiatement accessible à mon interlocuteur.

Accrocher son sentiment à un besoin et le verbaliser, c'est déjà se relier à l'autre de manière pacifiée.

" Oui, quand vous m'avez dit que mon dossier était nul, j'ai été surpris et choqué. J'ai besoin de comprendre ce que vous mettez derrière le mot "nul" et j'ai besoin de respect aussi."

 

 

4 Le processus de communication pourrait s'arrêter à l'étape 3. Ce peut être le cas quand la situation ne permet pas d'aller évoquer le problème avec l'interlocuteur que l'on estime à ce moment là non réceptif .

Cependant, le processus invite à ne pas rester centré sur soi, son sentiment et son besoin, pour oser une stratégie de demande envers l'autre.

Demande qui mérite d'être calibrée, adaptée à son interlocuteur, et réaliste.

Elle s'inscrit dans la croyance que , si j'ai trouvé le chemin pour toucher l'autre dans son intériorité sans violence et avec respect, je me donne des chances pour ouvrir une fenêtre de négociation.

 

la girafe, symbole du langage de la communication non violente (2)

 

girafe

En pratiquant ce processus depuis dix ans, je peux témoigner de cet effet d'ouverture de fenêtre parfois surprenant. A quoi cela  tient-il ?

- il est à l'antithèse de la posture de victime de violence : j'entends la violence des mots, de l'attitude, je la détecte et j'accueille en moi ce qui est touché. En quelque sorte, je pratique une auto empathie. Je me place dans une posture pro-active.

- je ne m'enferme pas dans la rumination de la vengeance, de ce qui me ronge mais je cherche activement le chemin de sortie de violence. Qu'est ce que je peux dire, faire avec mes limites et avec cet interlocuteur à l'instant T ?

- l'apprentissage de ce processus dans le temps, la patience nous permet de nous connecter plus vite à nos besoins , source de vie. Et ce sont eux qui donnent l'énergie,la légitimité de la demande y compris pour des personnes qui ont du mal à s'affirmer naturellement.

 

Certes, comme je le répète souvent à l'occasion de stages de formation, ce processus n'est pas une potion magique qui transforme la violence en non violence par des mots,  il invite davantage à entrer dans un chemin avec un questionnement permanent sur soi : "Là, dans cette situation, qu'est ce que tu peux te dire à toi même et dire à l'autre pour sortir du rapport de forces, de l'impasse ?" (3).

 

Enfin, j'ai eu l'occasion de vivre un stage il y a plusieurs années avec Marshall et j'ai été frappé par deux traits de sa personnalité. Sa grande humilité. Fondateur du centre mondial de la non violence aux Etats Unis, il a parcouru plus de trente pays pour faire connaitre ce processus dont des pays en guerre. Il a même initié un stage en Suisse associant palestiniens et israêliens ! Avec une guitare, devant 400 personnes réunies à l'Unesco, il a aéré son propos avec des chansons...alors qu'il ne se dit pas artiste ! Son sens aigû de la bienveillance pour aller chercher le meilleur chez l'autre. En effet, le premier pas décisif sur ce chemin, c'est de "concentrer notre attention là où nous avons le plus de chances de trouver ce que nous cherchons".

 

 

(1) Les mots sont des fenêtres ou des murs, initiation à la communication non violence. Edition La découverte.

 

(2) voir explication du symbole dans l'article sur ce blog " L'empathie une valeur qui remonte par temps de crise"

 

(3) Développer des relations de coopération en milieu professionnel, sortir des rapports de force. Michel BERNARD. Edition chronique sociale.

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • : ce blog est destiné à ouvrir un espace de reliance entre la psychologie positive, le coaching et le développement personnel.
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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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