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20 juillet 2010 2 20 /07 /juillet /2010 21:39

Dans le monde, il existe une seule école ouverte à l'art du rire dénommé rigologie  et cette école est installée depuis quelques années en France, dans la belle citée méditerranéenne réputée d'abord pour son muscat doux, Frontignan , à une vingtaine de kilomètres de Montpellier.

Rencontre avec sa fondatrice, Corinne Cosseron , journaliste reconvertie en 2000 en rigologue et auteur de l'ouvrage " Remettre du rire dans sa vie : la rigologie , mode d'emploi" (1)

 

Quelle est la particularité de votre école ?

Elle propose des stages et des outils pour développer la joie de vivre dans tous les milieux. Ainsi, sont formés des professionnels de la santé, du social, de l'enseignement et de l'entreprise. Le rire est un magnifique outil qui crée du lien et qui permet d'aller rapidement à l'essentiel. Des stages courts et des cures de bonheur sont aussi ouverts au grand public. Les adultes qui viennent sont majoritairement des femmes à partir de 30-40 ans. A la mi-temps de la vie, on se pose des questions sur soi-même de manière plus forte. A ce jour, ont été formés dans notre école, environ 2000 animateurs de clubs de rire, 200 rigologues et une vingtaine de rigologues experts. La rigologie  est davantage un outil complémentaire qu'une profession à part entière. Un directeur de collège, un ancien ministre africain et un général presque centenaire sont venus  se former à titre personnel !

corinne-cosseron-groupe-mer.jpg

 

D'où est venue votre intuition pour créer cette école ?

C'est d'abord un exode de la vie parisienne pour trouver un autre sens  à ma vie professionnelle. Un jour, j'ai découvert sur Arte un médecin indien, Madan Kataria, qui a décidé de fermer son cabinet pour partir ouvrir des clubs de rire à travers le monde ! Cà  m'a soufflée qu'il juge le rire plus important pour les humains que tous les traitements médicaux. Du coup, j'ai franchi le pas et je me suis formée auprès de lui, "juste pour rire". Le succès du club du rire de Frontignan m'a ahurie : des gens traversaient tout le pays pour venir rire et se disaient " en manque" ! J'ai alors entrepris un tour du monde des méthodes (2) destinées à stimuler notre joie de vivre : sophrologie ludique de Colombie, coaching du rire et psychologie positive aux Etats-Unis (3), clown, humour, danse, rythmes et chant m'ont fait beaucoup voyager et rencontrer des gens plus magnifiques les uns que les autres. Mais pour tout dire, ce qui me passionne, ce n'est pas de philosopher sur le rire mais de le pratiquer, d'en faire un antidote du stress. Comme, par exemple,  la méditation du sourire intérieur ( 4) que l'on peut vivre partout, dans le métro, à un feu rouge, en poussant son caddie, ou encore à l'arrêt de bus...

 

Concernant le problème du stress au travail, en quoi la rigologie peut-elle apporter un soutien aux salariés ?

Je ne vais pas dans les entreprises pour faire diversion de manière artificielle face aux problèmes réels qu'elles rencontrent actuellement avec le stress au travail. Le rire répare point par point tout ce que les excès du stress détériorent. Par conséquent, il est vraiment efficace pour réintroduire l'humour au sein des équipes, y remettre du lien, les aider à gérer les conflits, améliorer l'ambiance de travail et donc la productivité et bien sûr lutter contre le stress. Le rire rétablit un lien vivant entre les personnes. Il fait passer le message directement par le corps et par les émotions, tous deux souvent tabous sur le lieu du travail, en court-circuitant parfois le mental. Il permet de dédramatiser, de renouer un dialogue et de mieux faire face aux inévitables changements et tensions auxquels les entreprises ont régulièrement à faire face pour rester performantes.

3FranceCorinne.jpg

 

Vous venez de publier cette année avec Frédéric Cosseron, votre mari, un cahier d'exercices pour rire davantage ( Editions Esf). Vous pensez vraiment que c'est par des exercices pratiques "d'écolier" que les personnes adultes peuvent retrouver le goût de rire ?

Oui, je le crois. Car beaucoup de gens sont conscients de rire de moins en moins et en souffrent. Mais souvent, malgré leur bonne volonté, ils "oublient" de pratiquer. Ce petit cahier permet  de s'entraîner de manière ludique, de stimuler sa joie de vivre et de penser à prendre soin de soi. Et surtout prendre soin non seulement de soi mais aussi de ceux qu'on aime car on ne rit pas tout seul dans son petit coin ! Nous savons tous à quel point nous nous sentons bien après une crise...de fou rire. Mais lorsque tout va mal dans notre vie, la première chose que l'on arrête de faire est de rire. Or le rire est un réflexe vital, destiné à nous maintenir en bonne santé, tous les jours, y compris les jours gris ou noirs. Et si le rire ne peut remplacer les larmes, il permet par contre d'évacuer le trop plein de tensions qui nous submergent parfois.

 

Quel message adressez vous aux lecteurs de ce blog ?

Le rire est une des plus jolies manières de nous aimer les uns les autres. De manière générale, sourions mille fois plus aux gens et à la vie. Nos plus beaux souvenirs sont liés à nos rires les plus sincères et tout ce qui n'est pas donné est perdu ! Alors soyons généreux et rions !

 

Corinne Cosseron n'assène pas de vérité toute faite, elle déroule, sur un ton alerte et enjoué, une expérience de vie toute en relativité. Le rire n'est pas une fin en soi, c'est un outil au service d'une plus grande cause.

 

(1) voir sur ce blog l'article " mettre du rire dans sa vie, un programme enthousiasmant"

 

(2) formation aux fondements de la psychologie positive avec Tal Ben-Shahar, à la sophrologie ludique avec Claudia Sanchez et Ricardo Lopez, au coaching du rire avec Annette Goodheart.

 

(3) voir sur ce blog articles sur Tal Ben-Shahar,le professeur  du bonheur : " apprendre le bonheur, rêve ou réalité ?" et " le rituel, une stratégie pour changer".

 

(4) voir prochain article sur ce blog

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 22:42

14h 30, ce Dimanche, le siflet de la locomotive à vapeur pousse un cri strident et brusquement la longue cohorte des 6500 participants, pied dans pied prend du mouvement pour le départ situé dans la commune de Saint Valery. Je suis là au milieu des 6500 pour la première fois.

baie-de-somme-crotoy

Traverser la baie de Somme, un des plus bels espaces naturels d'Europe, à marée basse, c'est courir un aller-retour (1) entre la commune de Saint Valery et le Crotoy, soit environ 15 kilomètres avec un prologue dans les rues de la première commune. Ce n'est pas une course comme les autres. Elle possède des ingrédients qui , additionnés les uns aux autres , lui donne une saveur unique que certains reviennent chercher chaque année , venant des quatres coins de France et même d'Europe. Quels sont donc ces ingrédients ?

 D'abord, c'est une sucession, dès que l'on descend dans la baie, de zones de sable, de tranchées gorgées d'une espèce de boue noire, de petits filets d'eau ou encore de petites tranchées presques invisibles cachées par des herbes. Aussi, tout est art de trouver la bonne trajectoire et de poser le pied au bon endroit... dans un peloton de plus de 12 000 pieds ! Trop à droite, et on tombe sur une boue qui remonte jusqu'au genou, trop à gauche, c'est une tranchée profonde qu'il faut remonter, alors peut être au centre mais là, c'est le bouchon les uns derrière les autres et certains sont déjà enlisés jusqu'au cou. C'est donc une course où chacun, le plus souvent dans la bonne humeur, apprend à poser le pied  pour ne pas enfoncer. Et puis, en arrivant aux abords du village du Crotoy, on n'y croit pas, les concurrents devant soi ont disparu de moitié dans une vasque d'eau. Faut il nager ? Ouf, çà passe en marchant avec précaution. Mais quel soulagement et quelle fraîcheur en ressortant de ce que j'ai baptisé la baignoire.

Un peu comme les croisades, la vue porte loin et l'on observe du milieu de la baie cette longue procession multicolore très étirée vers le début. En effet , les favoris ont déjà pris leur marque et je les croise, moi arrivant près du Crotoy quand eux en reviennent. Le futur vainqueur, le burundais Willy Winduwimana , d'une allure de gazelle par sa silhouette très longiligne a déjà pris de l'avance, seul devant. L'ambiance du Crotoy est digne d'une montée de l'Alpe du Huez pour les coureurs du tour de France, le public applaudit chaleureusement les "sortants" de la Baie. Petit ravitaillement en eau et c'est le retour, vent de face. Un peu comme les coureurs cyclistes, chacun essaye de trouver le meilleur paravent, derrière un autre concurrent. Enfin, le village de Saint Valéry réapparait, une longeur de chemin de hâlage, le passage de l'écluse et c'est l'arrivée. Soulagement, joie, bonheur contagieux...Et passage obligé sous une ligne de douches de plein air car chaque participant est marqué de boue des pieds aux mains et pour certains jusqu'au visage dans lequel deux yeux émergent. Bien que beaucoup de concurrents affichent une vraie fatigue à l'arrivée, voire de la souffrance,  il règne une espèce d'enthousiasme collectif d'avoir traversé la Baie...un peu comme la traversée de la mer rouge. Comment expliquer cet état d'euphorie alors que les corps sont encore marqués du sceau de la boue ?

transbaie-coureurs-2.jpg

 

Décryptage proposé :

 

1) La baie offre un vrai dépaysement, une rupture totale avec son quotidien. Des participants parisiens arrivés le matin le constataient. La baie, c'est le grand espace, c'est l'infini ouvert sur la Manche, c'est un endroit suspendu entre ciel et terre...

 

2) Tous les sens sont mobilisés : la vue pour vérifier le bon passage, la vue aussi de cette procession sans fin, l'ouîe qui capte le bruit du vent, les murmures des troupes, l'approche d'une tranchée où çà patauge, le toucher de l'eau et de la boue qui colle...Il y a une vigilance de l'instant qui décuple la présence à l'ici et maintenant. Et une odeur marine qui vous fouette le nez. Tout le reste n'existe plus.

 

3) Avez vous déjà été à l'aise dans une foule de plus de 6500 personnes ? Peut être dans un concert en vibrant collectivement pour un chanteur ou un groupe ? Mais ici, rien à voir, il y a une forme de communion invisible tissée entre ces personnes qui ne se reverront pas pour la plupart mais qui ont un but commun ce jour là : traverser la baie vaille que vaille.

 

Vous l'aurez compris, le participant que j'ai été ne peut rester froidement neutre devant ce type d'aventure sportive d'un jour. Au delà de la motivation sportive de réaliser un temps pour les uns et de tenir la distance pour les autres ou encore pour certains de goûter un "délire collectif" en s'habillant en bécassine pour la circonstance ,il y a bien autre chose. Cette autre chose, c'est ce goût incomparable par les sens d'un espace naturel sans béton, sans artifice...et avec ses inattendus.

Bon vent à la Baie et à ses organisateurs qui y ont cru dès le début.

 

(1) course  appelée transbaie crée en 1989 par une poignée de bénévoles et qui bénéficie aujourd'hui d'une aura nationale, voire européenne à tel point que les organisateurs sont obligés d'en limiter le nombre d'inscrits. Site transbaie.com

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 22:35

Poser un regard artistique sur les objets du quotidien :

une expérience étonnante !

 

 

" S'il vous plait, quand vous présentez votre objet, éviter de justifier votre choix, entrer directement en contact avec votre objet, mettez vous en action avec lui."  Et voilà qu'un des participants de l'expérience s'avance et avec une pomme de pain la palpe dans ses mains, fait entendre sa musique, une participante se drappe avec élégance dans un châle bleu ou encore une autre prenant dans sa main une chaussure stylisée de femme, la fait bouger et marcher toute seule. De quoi s'agit-il ?

Non pas de magie noire, mais d'un atelier d'adultes, une trentaine réunis autour d'animatrices artistiques, l'une étant musicienne et l'autre comédienne à l'occasion du congrès d'une association. Théme de l'atelier : quel regard artistique posons nous sur les objets de notre quotidien ?

Moi-même participant, je fus d'abord assez déconcerté en découvrant la salle à mon arrivée : une forme de vide-grenier avec des objets les plus hétéroclites éparpillés sur le sol : du chandelier sans bougie, en passant par un vieux sac en cuir usé de voyage, des vases de taille , de couleur et de forme variés,  un livre bleu, et même une canne à l'ancienne ...

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Premier temps : chacun prend le temps d'observer puis choisit, en silence, un objet. Etonnement : sur 30 participants, pas de crise de jalousie, personne ne revendique l'objet d'un autre.

Deuxième temps : chacun est invité à se lever pour présenter aux autres l'objet choisi de préférence en le mettant en action.

Pour ma part, j'ai choisi le vieux sac en cuir qui m'inspire le voyage : je le remplit donc des objets restants au centre de la pièce puis je pars en voyage. Dans ma mémoire, je pense au cuir, au premier cartable que mon grand père m'avait offert en m'emmenant avec sa "4 chevaux" à la grande ville. Souvenir, souvenir !

Puis, chacun ayant présenté à sa manière son objet, une participante a même souflfé dans l'arrosoir comme dans un clairon, nous sommes invités à nous regrouper par trois avec nos objets pour créer une "mise en commun". Décidément, l'imagination est au pouvoir : l'un avec sa plaque de rue dénommée " rue du chêne" propose que je la cherche avec mon gros sac en cuir usé et la troisième participante avec son chandelier est là pour m'éclairer.

Et tout çà dans une fluidité étonnante. Quand c'est notre tour, je me sens très à l'aise pour jouer le voyageur perdu qui cherche sa rue, passe devant sans la voir, interpelle finalement la femme au chandelier sans bougies qui me donne l'éclairage sur la rue. Soulagement, je ne suis plus perdu, j'ai trouvé mon chemin !

Enfin, l'apothéose : le temps final où tout le groupe va déposer son objet à tour de rôle....et la magie opère : du vide grenier de départ, une forme d'harmonie se dessine dans le placement des objets. Un escarpin est même plaçé en équilibre sur un livre ouvert. Une carte de ville est posée sur le vieux sac en cuir et le châle bleu donne de la douceur à l'ensemble...

Nos animatrices nous demandent alors notre ressenti, ce que nous pensons de l'expérience.

Etonnement de la plupart des participants d'avoir réussi une " oeuvre collective spontanée" pas si mal que çà, et même esthétique selon l'avis de plusieurs. Pour le lecteur qui découvre les images de l'atelier, il pourra  lui-même être surpris car ne voyant pas forcément une grande différence entre la première image de vide-grenier et la dernière.

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Pourtant, cette expérience m'a vraiment touché par plusieurs dimensions cachées.

La première, c'est que nous n'avons pas forcément besoin de mots pour vraiment nous comprendre quand le désir est premier pour réaliser quelque chose ensemble. Le silence ( avec musique de fond) a été un soutien pour beaucoup pour vivre intérieurement l'expérience. Quel sens ?

Certains, dont je fait partie , ont reconnu que le fait que chaque objet ait été présenté et manipulé par une personnne,  lui a conféré une valeur, une saveur, une histoire et que la réalisation finale vibre de cette histoire, du fait que chaque objet renvoie à une personne, à un agir. Le sens est donc donné par l'homme qui s'approprie l'objet. Sans la main de l'homme, l'objet n'a pas de sens !

C'est alors que nous avons pris conscience, pour beaucoup, de la beauté des objets en eux mêmes , tous imprégnés de ceux qui les avaient fait vivre. Le châle tourbillonnant, le beau livre bleu relié, l'escarpin très fin en équilibre sur le livre et le chandelier très sobre à côté du sac du voyageur dont la beauté tient à l'usure de son cuir et à son naturel. Ah, si ce sac pouvait parler, il nous en raconterait des histoires..

L'expérience, au dire même de l'animatrice comédienne, l'a vraiment subjuguée par l'oser de chacun à rentrer sans  à priori dans la démarche.

Une autre réalité, plus subtile aussi peut être entendue : cet atelier, avec des membres qui ne se connaissaient pas au départ, a révélé de la confiance liée aussi à l'esprit associatif et éthique fort liant ses membres. Que donnerait la même expérience dans un cadre professionnel ?

Maintenant, je sais qu'en prenant un objet chez moi, je peux lui donner du sens, du goût . Inutile de chercher toujours plus des objets de consommation : ouvrons notre regard sur ces objets "immortels" de notre quotidien : une table, des chaises, un ornement,  des couverts, un fauteuil, un ordinateur... Posons un regard sans jugement, simplement un regard qui prend son temps. C'est aussi se relier aux objets par les sens : toucher le revêtement d'un fauteuil, sentir l'odeur du pain grillé dans le grille-pain, entendre le bruit du feu sous la poêlle. Aurions nous perdu, par conditionnement lié à notre encombrement technologique, ce regard qui voit le beau, voit les choses avec un regard neuf, et qui peut voir l'art , non seulement dans les galeries de peinture, mais chez soi en contemplant ces objets du quotidien ?

Demain,  promis, j'explore ma salle à manger et je pose mon regard " artistique " sur le premier objet qui appelle mon attention.

Et si ce regard sur les objets se déplace sur les femmes et hommes que je côtoye au quotidien. Poser un regard artistique sur l'autre, c'est peut être prendre le temps de poser ce regard en l'autre sans nécessairement y greffer une parole,  se relier, et voir ce qui se passe.

Ces constats rejoignent aussi ceux du professeur américain Mehrabian (1) qui constatait que près de 93 % de notre communication et de son impact passe par  le non verbal (  dont 55% par la posture et l'expression du visage).

 Cette expérience inhabituelle nous a sorti du langage habituel des mots, de l'argumentation pour nous faire entrer, avec l'appui du silence,  dans le paysage sensoriel, celui des sens, le toucher, l'ouie, la vue et le ressenti. Un grand spirituel  , Saint Ignace de Loyola indiquait déjà la valeur de cette voie au XVIème siècle en affirmant avec conviction dans ses exercices dits spirituels :

" Ce n'est pas d'en savoir beaucoup qui rassasie et satisfait l'âme

 

 mais de sentir et de goûter  les choses intérieurement".

  

Osons sentir, goûter...avant de parler !

 

 

(1) voir article sur ce blog : " L'empathie, une valeur qui remonte par temps de crise".

 

 

 

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 21:46

Jacques LECOMTE, un opti-réaliste

Pionnier de la psychologie positive en France, professeur de psychologie, Jacques LECOMTE, à la suite de la conférence de présentation de l'ouvrage collectif " introduction à la psychologie positive" a répondu à nos questions. Le ton est direct, enjoué et marqué aussi d'une profonde humilité...

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Vous vous présentez non seulement comme le président de la première  et toute jeune association francophone de psychologie positive mais aussi comme un opti-réaliste.
Comme son nom l'indique, l' "opti-réalisme" est un mélange subtil d'optimisme et de réalisme. Réalisme bien entendu quant aux potentialités néfastes présentes chez l'être humain; mais optimisme également quant à ses potentialités bénéfiques envers autrui et envers lui-même. Et comme de nombreuses recherches ont montré que les personnes qui expriment généralement le meilleur d'elles-mêmes lorsqu'on leur fait confiance, je considère que c'est cette attitude de confiance qu'il faut privilégier prioritairement.

Quels sont les champs d'intervention que couvre la psychologie positive que vous situez dans le prolongement de la psychologie humaniste des années 60-70 notamment marquée par Carl Rogers ?
La psychologie positive est "l'étude des conditions et processus qui contribuent à l'épanouissement ou au fonctionnement optimal des gens, des groupes et des institutions" ( Gable et Haidt, 2005). Comme cette définition l'indique, il ne s'agit pas d'une conception égocentrique, caractérisée par la quête quasi exclusive de l'épanouissement et du développement personnel.Elle concerne également les relations interpersonnelles et les questions sociales, voire politiques. Ainsi, la psychologie positive peut tout aussi bien concerner l'épanouissement des élèves d'un collège, les bonnes relations au sein d'une équipe de travail ou encore le mode de communication entre diplomates élaborant un traité de paix.

Par rapport aux personnes au tempérament à tendance pessimiste, est ce possible à partir d'exercices de les aider à évoluer vers des émotions positives et vers l'optimisme ?
Oui, j'ai moi-même constaté cela chez des personnes. A mon sens, les deux meilleurs guides pour cela sont :
Lyubormisky S (2008) Comment être heureux...et le rester, Paris, Flammarion
Seligman M.E.P.(2008). La force de l'optimisme, Paris, InterEditions.
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A travers vos travaux sur la résilience, vous estimez qu'il n'existe pas un modèle unique de reconstruction de la personne blessée.
Au début où je me suis intéressé à ce thème, je pensais qu'il était possible de repérer une sorte de parcours standard de la résilience, en partant du temps T 0 du traumatisme, jusqu'au temps T 10 ( ou T 15 ou 20...) de la pleine résilience, avec diverses étapes intermédiaires, que le parcours de reconstruction, est généralement très différent d'une personne à l'autre. Certains vont se reconstruire surtout par l'amour conjugual ou la parentalité, d'autres par l'amitié, d'autres encore par le sport, la peinture, une conversion religieuse, une psychothérapie, etc. Il n'y a donc pas Un parcours de résilience, mais de multiples. L'étude de la résilience a été pour moi une grande école d'ouverture d'esprit.

Qu'est ce qui a déclenché chez vous ce grand désir et même, en vous écoutant, cette passion pour ce qui touche à la psychologie positive ?
Si j'essaie de m'examiner lucidement, force est de reconnaître que mon intérêt pour le bonheur vient tout simplement de ce que mon enfance et de ma jeunesse ont constitué une période particulièrement douloureuse de ma vie. Nul n'apprécie autant la lumière que celui qui en a été longtemps privé.
Comme vous l'avez souligné, j'ai consacré une partie de mes recherches ainsi que plusieurs ouvrages à la résilience (1). Je me suis tout particulièrement intéressé aux personnes ayant  été maltraitées dans leur enfance et qui sont devenues ensuite des parents affectueux. La thèse de psychologie que j'ai réalisé sur ce thème (2) m'a permis de comprendre ces personnes et, par conséquent, de mieux analyser mon propre parcours. Tout ceci n'a donc pas été fait au hasard.
Au cours de cette recherche, j'ai d'ailleurs été impressionné par l'aptitude à savoir goûter les belles choses de l'existence, manifestée par les personnes en parcours de résilience. Un autre exemple m'avait également fortement marqué des années auparavant. J'avais interviewé le philosophe Robert Misrahi, qui a consacré l'essentiel de son oeuvre au thème du bonheur. Ma première question a précisément porté sur les raisons l'ayant conduit à cette orientation.(3)

En écoutant Jacques Lecomte, vous aurez compris que :
- la psychologie positive n'est pas un nouveau nombrilisme égoîste de recherche de son petit bonheur à soi
- que c'est un domaine ouvert sur la recherche à l'échelle des individus comme des organisations.

Enfin, il est à souligner que ce courant venant d'outre-atlantique et des Etats Unis ( Seligman,...) émerge en France en même temps qu'une crise économique et sociale pour ne pas dire morale . A travers les thèmes de la résilience, de l'optimisme, du sens de la vie, comme est lointaine la sphère du business, des traders ou encore des bonus bancaires. La psychologie positive nous entraîne sur un autre chemin, celui de l'intériorité.

(1) Guérir de son enfance, Odile Jacob, 2004. Le bonheur est toujours possible, construire la résilience, Paris, Bayard, 2000 (avec Stefan Vanistendael)

(2) Briser le cycle de la violence; quand d'ex-enfants maltraités deviennent des parents non-maltraitants. Ecole pratique des Hautes Etudes, sous la direction d'Etienne Mullet, 2002. Accessibles sur le site psychologie positive ( voir lien).

(3) Entretien avec Robert Misrahi, Sciences Humaines numéro 75, août- septembre 1997, page 22.
"Ma première démarche est évidemment la recherche de la nature humaine. Mais parallèlement, il y a eu mon vécu, qui fut particulièrement difficile, puisque j'ai perdu la moitié de ma famille lors de persécutions nazis. Dans une telle situation, ou bien on se laisse couler dans le malheur et la souffrance, ou bien on réagit fortement et on tente d'aller vers quelque chose. Mais vers quoi ?
Dès lors, l'enjeu qui consiste à se demander ce qu'est l'être humain n'est pas une question abstraite, mais prend toute sa substance à partir de l'expérience; expérience du malheur certes, mais qui, à partir d'une crise, commence à dessiner un désir d'accèder à quelque chose. J'ai ainsi pris conscience qu'au coeur de la nature humaine se situe le désir, au sens large et philosophique du terme, en tant que mouvement vers l'avenir.
L'homme de désir, c'est-à-dire désir de joie. Ce n'est pas le tragique qui définit la condition humaine, mais la joie."

Pour aller plus loin, site en lien avec ce blog : psychologie positive.




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  • : ce blog est destiné à ouvrir un espace de reliance entre la psychologie positive, le coaching et le développement personnel.
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  • Coach, praticien "appreciative inquiry" et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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