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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 21:39

C’était juste après l’attentat contre le journal de Charlie Hebdo en janvier 2015 et le premier Ministre avait demandé à tous les services de l'Etat et aux organismes publics de prendre une minute de silence en hommage aux victimes de cette atrocité au cœur de Paris. Je m’en souviens encore. Cette minute à laquelle j’avais participé au milieu de fonctionnaires, de sportifs, de jeunes avait eu un effet fort de résonance empli d'un sentiment d’unité et de solidarité entre nous.

Ces minutes de silence que nos rituels conventionnels nous proposent pour des moments tragiques comme celui de Charlie Hebdo, le décès brutal d’une personnalité reconnue dans un milieu sont effectivement chargées d’une émotion communicante.

Mais, je constate aussi que notre société reste encore bien bruyante. Bruyante avec ces infos en continue sur les radios, sur certaines chaines de télé. Et parler dans une réunion institutionnelle est parfois une manière de dire « j’existe ». Quelqu’un qui ne parlerait pas, qui se contenterait d’écouter pourrait passer pour  une personnalité effacée et invisible.

Or, je voudrais redire, à ma manière, le pouvoir du silence, pas n’importe quel silence, le silence choisi. Bien sûr, ceux qui pratiquent la méditation chaque jour, connaissent ce pouvoir qui les aide à trouver la porte du silence intérieur capable d’apaiser le vagabondage du mental agité. Bien sûr, ceux qui ,en montagne, connaissent bien la joie , après un effort souvent long et parfois rude de marche montante, de toucher le sommet et alors spontanément font  silence pour contempler un paysage , un panorama  à 360 degrés. Il y a des lieux de nature qui appellent naturellement au silence, près d'un lac de montagne, dans une forêt, portes du temps présent pour contempler simplement.

 

Il reste que nos lieux sociaux, nos réunions professionnelles, associatives, nos "débriefs" manquent cruellement de ce silence. A peine les présentations faites, l’ordre du jour posé et c’est parti pour un échange, un argumentaire, des objections, des contradictions…Un des théâtres les plus emblématiques de ce manque de silence me semble être notre assemblée nationale en France, une ruche au cœur du Palais Bourbon à Paris.

Dès qu’une parole dérange, celle du représentant de l’Etat, de la majorité, de l’opposition et ce sont des gestuelles virulentes, des rumeurs orales qui virevoltent dans un lieu qui semble parfois asphyxié par trop de parole, de parole superficielle, non intériorisée …

Je fais un rêve, un rêve éveillé. Toutes les séances de l’assemblée nationale commencent par une minute de silence, non pas pour se recueillir sur un illustre disparu,mais pour recréer un lien entre les députés de tout bord qui se rappellent qu’ils sont d’abord hommes ou femmes dotés d'humanité avant de se parer de leur étiquette politique. Christophe André, le célèbre psychiatre spécialiste de mindfulness ou méditation de pleine conscience est intervenu en décembre 2017 à la demande de députés pour leur présenter cette démarche de débranchement du mental pour se reconnecter à soi et au présent  . Une lueur se lève. Je fais encore un rêve. Et si toutes nos réunions prenaient une seule minute de silence avant de démarrer.

Chacun ayant liberté pour habiter cette minute : se reconnecter à soi, à ses sentiments du moment, à son corps   ; une minute pour se détendre tranquillement en reprenant conscience de sa respiration, une minute pour sourire à soi et aux autres, bref une minute de « restauration » pour sortir du mental qui occupera largement sa place dans la réunion.

Utopie, pensez-vous ?

Quelques arguments très rationnels pour cette minute de silence pour soi :

  • Elle ne coûte rien financièrement. Elle ne coûte pas de temps significatif.
  • Elle peut contribuer à une meilleure connexion entre les personnes partant du constat que chacun sera plus en connexion avec lui-même, plus détendu…
  • Elle peut être expérimentée sur une période (sans risque)  avant d’être confirmée ou non.

Des contre indications ?

Je n'en vois aucune si ce n'est , par manque d'habitude, la difficulté probable de beaucoup de personnes à trouver la bonne posture sans se sentir ni gênées, ni bloquées par ce silence inhabituel. Peut être que des slogans publicitaires pourraient inciter à respirer profondément, tranquillement pendant cette minute. La recherche scientifique confirme l'importance de respirer plus amplement pour absorber plus d'oxygène par minute mais aussi éliminer plus facilement le CO2 .

Et puis, sur un plan purement biologique, l'homme n'a pas été créé pour parler sans cesse. Au contraire, en rencontrant des hommes et femmes de silence comme les moines et moniales dans leur monastère, je mesure combien leur parole est vraiment habitée quand ils reçoivent un hôte. Ainsi, à partir de  cette minute de silence ritualisée et initiatique,  pourrait être insufflée une pédagogie nouvelle du silence  dès le plus jeune âge dans les lieux très bruyants des écoles et en retirant les écouteurs des oreilles.

" Si le mot que tu vas prononcer n'est pas plus beau que le silence,

ne le dis pas."

Un précept d'origine soufiste qui pourrait bien changer

la tonalité de nos réunions s'il était appliqué avec discernement.

 

 

 

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  • : Le blog de Michel BERNARD
  • : ce blog est destiné à ouvrir un espace de reliance entre la psychologie positive, le coaching et le développement personnel.
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  • Michel BERNARD
  • Coach, praticien appreciative inquiry, et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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