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23 janvier 2022 7 23 /01 /janvier /2022 22:02

La scène se situe de manière insolite au sein du film d’Emmanuel Carrère «  OUISTREHAM » sorti en 2022 et qui évoque l’infiltration de la journaliste Florence Aubenas dans la vie quotidienne de l’équipe de nettoyage des ferrys reliant une petite ville de Normandie à l’Angleterre. Film avec des actrices non professionnelles qui jouent leur propre rôle d’agents d’entretien au rythme infernal de 4 minutes par chambre…pour débarquer le matin avant l’arrivée des premiers passagers. Des « femmes invisibles » à la tâche ingrate et mettant leur santé à dure épreuve… sans perspective de réelle évolution. Or la scène que je veux évoquer, est un des rares moments festifs du film entre ces femmes et leur coordinatrice. Celle-ci joue la statue figée alors que toutes ses collègues essaient de la déstabiliser pour la faire rire sans la toucher…et n’y arrivent pas ! Elle reste droite, imperturbable et en silence !

Ma lecture est celle de constater la capacité de cette femme à s’ancrer tellement qu’elle échappe aux tentatives de déstabilisation. Certes, nous sommes dans le jeu et au cinéma.

Dans un petit monde agité en ce moment par la montée progressive de la campagne présidentielle avec un cirque « médiatico- politique » où sont disséquées les petites phrases des uns et des autres, il y aurait matière à retrouver le sens de la mesure, de la décence, bref de l’intérêt collectif.

Quand j’observe autant d’agitation, de bla bla, d’interprétation, du bla bla tellement décalé de la vie quotidienne de millions de gens, je reste convaincu qu’il manque ce temps de distanciation, ce temps de suspension de la parole quelques secondes, de silence entre deux prises de parole qui pourraient davantage relier plutôt qu’opposer de manière stérile.

Aussi, je plaide pour qu’un réflexe simple puisse s’expérimenter un peu partout pour redonner du poids à la pensée réfléchie, mûrie, et qui nourrit.

Ce réflexe, je le nomme «  la minute d’ancrage ». De quoi s’agit-il ?

Régulièrement, dans sa journée, chacun peut en faire usage. Il nécessite aucune appareil, aucun compagnon numérique. Il ne fait appel qu’à un désir de couper de temps en temps le moteur du mental, des pensées, de la réactivité pour s’arrêter. Ainsi, c’est stopper son activité, rester debout comme notre statue d’Ouistreham ou assis. Prendre le temps de porter son attention sur ses pieds pour sentir le lien à la terre, cet ancrage un peu comme si nous avions deux racines qui descendent dans l’humus. Puis, revenir à sa respiration, revenir à soi tranquillement. Et ensuite, se poser simplement une petite question intuitive qui pourrait être, en fonction de votre contexte et environnement :

  • Comment je me sens maintenant ? Qu’est ce qui m’habite ? émotion plutôt positive, plutôt difficile ? quel mot pour la nommer ?
  • Quelle petite action pourrait me faire du bien maintenant ?
  • Qu’est ce qui me semblerait opportun de faire ici et maintenant ?

Rien d’extra ordinaire dans ce temps court qui peut durer une minute ou quelques minutes. Et pourtant, quelque chose d’important vient d’être cultivé. Notre capacité à sortir du flux des pensées, de l’agitation, du non repos qui fatigue à la longue et cette ouverture à ressaisir l’instant présent si fugace.

En tant que coach, j’ai souvent vérifié l’opportunité de proposer cette « minute d’ancrage » à mon client en fin de coaching avant de prendre rendez-vous pour la prochaine séance. C’est presque devenu un rituel attendu avec ma petite question : « Qu’est-ce que vous retenez pour vous de cette séance ? ». Et, après un temps de silence qui offre ce temps de distanciation, de relecture de séance, la réponse s’exprime sur un essentiel qui peut aussi me surprendre.

Osons un rêve collectif avec une société qui a choisi d’expérimenter librement ce rituel. Des assemblées d’élus qui commenceraient par cette minute d’ancrage dans un beau silence collectif ; des réunions professionnelles dans lesquelles chacun se pose d’abord en silence, ancré avec lui-même, et deux personnes en tension qui décident de stopper la montée d’adrénaline, d’agressivité pour revenir à un ancrage avec elles-mêmes ! La nature avec ses forêts nous invite naturellement à l’ancrage comme le pratiquent les sylvothérapeutes. Invitation à coller son dos doucement contre un arbre, se déchausser pour être vraiment en contact sensoriel avec la terre, et se laisser toucher par l’arbre, sa présence, sa verticalité et son ancrage physique dans le sol avec ses racines et dans le temps qui dépasse le nôtre.

Juste une minute d’ancrage, juste un temps pour revenir à soi,

se relier aux énergies de la terre, à son souffle

 et exister pleinement sans mots, en vérité.

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  • : Le blog de Michel BERNARD
  • : ce blog est destiné à ouvrir un espace de reliance entre la psychologie positive, le coaching et le développement personnel.
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  • Michel BERNARD
  • Coach, praticien appreciative inquiry, et formateur en ressources humaines et management, j'ai à coeur de faire partager mes découvertes autour de la psychologie positive et de la pédagogie du "mieux apprendre".
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