Le petit train jaune des pyrénées ou un autre monde est possible.
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Le petit train jaune des Pyrénées
ou un autre monde est possible (1)
Ayant emprunté cet été ce petit train à Montlouis, village pyrénéen oriental, nous descendons le long de la montagne, en passant un viaduc en direction de Villefranche de Conflent. C’est un train à vocation touristique auquel sont très attachés les pyrénéens. Il est de couleur jaune. Et nous nous retrouvons dans un petit compartiment à l’ancienne avec la possibilité de baisser avec une manivelle la vitre. L’allure reste modeste avec une moyenne de 30 km/h et avec le passage de 19 tunnels. A mi-parcours, le train s’immobilise soudain. Le jeune conducteur descend sur le quai et nous descendons aussi. Il explique calmement que c’est une barrière qui ne s’est pas fermée automatiquement qui bloque le train. Tous les autres passagers descendent aussi sous un beau soleil. Pas de panique, pas d’excitation, pas de crispation, pas de tension ! Les visages se sourient et nous échangeons tranquillement avec le conducteur sur la beauté de ce petit train jaune et son histoire. Après près d'une demi-heure d'attente, le petit train redémarre avec tout ce petit monde dans la bonne humeur.
Imaginer la même situation sur une ligne TGV classique : personne ne descend, sécurité oblige, les professionnels commencent à s’impatienter avec la crainte de ne pas arriver à l’heure à leurs rendez-vous. Les râleurs râlent une nouvelle fois contre décidément la SNCF qui n’assure pas son service correctement. Et l’ambiance tourne au vinaigre au fil du temps d’attente indéterminé.
Or, qu’est ce qui fait finalement la différence entre le petit train jaune
et le TGV arrêté et surtout la différence de comportements humains ?
Réponse pour ma part : le rapport au temps. Dans notre petit train, nous n’avions aucun impératif d’arriver à une heure précise. Nous avons pris le temps de goûter le paysage fabuleux de la montagne pyrénéenne avec ses villages traversés au nom pittoresque comme Olette Canaveilles les Bains. Personne n’avait la pression y compris le conducteur. Par contraste, je mesure combien notre société reste sous pression, sous le conditionnement du chronomètre et déjà chacun cherche à anticiper ce qui est à prévoir à l’arrivée du train. A bord du petit train jaune, une seule préoccupation : profiter avec les yeux de ce qui s’offre dans l’instant et accueillir les surprises y compris les arrêts inopinés. Nous sommes ainsi passés du temps chronos, celui des horloges qui égrènent le temps…au temps kairos. C’est celui de l’ouverture à l’opportunité du moment. Savoir saisir ce qui se vit maintenant sans spéculation sur le futur. Nous n’avions aucune idée du temps d’arrêt du petit train mais nous étions dans la confiance. Quelle leçon en tirer ? Peut-être, prendre le temps chaque jour de stopper la « machine à décompter le temps » pour savourer avec soi-même, ses sens ce qui se joue devant soi. En l’occurrence, créer un lien inattendu de proximité bienveillante avec un conducteur de train.
Et si nous reprenions le pouvoir sur nos rythmes quotidiens souvent malmenés pour introduire
des temps d’arrêt, des temps de pause ?
"Dès que le temps de travail quotidien atteint six heures, le salarié bénéficie d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes consécutives". (Article L3121-16 du Code du travail ).
Dans son milieu de travail, s’interroger sur la réalité de sa pause : effective ou pas ? manière de faire : pause cigarette, pause toilette, pause machine à cafés, pause nature, pause copains, pause blablabla ou encore pause silence, etc...est un premier pas pour trouver une manière à soi de faire rupture avec le conditionnement chronos. Ce mouvement est souvent qualité de slow comme ralentir. Un petit exercice intéressant est votre manière de franchir une porte . La passer vite, en la claquant ou au contraire comme le suggère un praticien de la méthode Vittoz (2), avec toute la conscience attachée au geste y compris en sentant le courant d’air crée. Oui, il s’agit bien de conscience de l’acte de ralentir pour se faire du bien.
Le petit train arrive à son terminus. Pas de bousculade. Nous traversons même les voies à pied sans sous terrain. Un autre monde est possible.
- Allusion au titre du livre écrit par le collapsologue, Pablo Servigne avec Gauthier Chapelle et Raphael Stevens : « Une autre fin du monde est possible »
- Méthode de rééducation psychosensorielle du cerveau innovante au début du XXème siècle et mise au point par un médecin suisse, le docteur Vittoz.