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Le blog de Michel BERNARD

Notre maison brûle, que regardons nous ?

29 Juillet 2026 , Rédigé par Michel BERNARD

Notre maison brûle, que regardons nous ?

 

Plus de 115 000 hectares de forêts détruits depuis le début de l’année 2026, un triste record pour la France engagée avec ses pompiers courageux dans une lutte acharnée pour réduire l’impact de ces mégafeux et protéger les populations. Quoi de surprenant finalement ? Rien, si ce n’est que se confirme l’alerte mainte fois répétée des scientifiques du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) que les événements climatiques ( canicules, inondations, …) seront de plus en plus violents et durables en lien avec un réchauffement planétaire accéléré depuis près d’un siècle lié aux activités humaines et en particulier à l’exploitation des énergies fossiles. Il est clair, qu’en l’absence de dérèglement climatique, les feux d’origine humaine ( 9 sur 10 selon le ministère de l’intérieur) auraient pu se produire mais dans des forêts moins desséchées, moins inflammables et donc plus facilement maîtrisables par les pompiers en réduisant les surfaces brûlées…

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs », célèbre phrase restée dans les mémoires et prononcée au sommet de la Terre en septembre 2002 par le président de la république, Jacques Chirac. Je ne suis pas sûr que cette formule corresponde bien à ce que vivent aujourd’hui les citoyens français en 2026. La plupart d’entre eux sont au fait, à travers les campagnes médiatiques et les réseaux sociaux, que notre planète se réchauffe et que nous subirons de plus en plus des événements climatiques extrêmes comme les canicules d’été à plus de 40 degrés et sur des durées plus longues. La maison brûle et beaucoup se sentent impuissants ou encore en colère estimant que les pouvoirs politiques n’ont  pas anticipé tous les moyens pour y faire face en termes de prévention et sont davantage dans le réactif « pompier »(1). Aussi, je propose d’actualiser cette formule figée dans notre mémoire collective ainsi :

Notre maison brûle et conscients, que regardons nous ?

Comme le titrait le média indépendant Bon Pote, «  Nos forêts brûlent et nous regardons passer les canadairs » (2). Autrement dit, nous restons spectateurs sauf pour les victimes directes des incendies qui ont perdu maison et ont dû fuir souvent avec le minimum d’affaires personnelles emportées à la volée. Notre maison brûle et nous pouvons regarder aussi toutes les solidarités spontanées qui se déclenchent. Ainsi, quand la forêt de Fontainebleau s’est embrasée pour la première fois, des agriculteurs sont venus spontanément et rapidement à la rescousse avec leur citerne d’eau pour limiter le déplacement des pompiers vers un ravitaillement lointain. De fait, ils ont contribué à une plus grande efficacité collective.

Comment chacun de nous est-il touché par ces images de feux hors norme vus du ciel qui continuent leur trajectoire effrénée malgré un travail acharné des pompiers sur terre et par voie aérienne ? Le risque supplémentaire, au-delà de la souffrance des populations directement touchées, est aussi de nous conditionner dans une forme de résignation. A quand le prochain feu ? Le désespoir de voir des millions d’arbres disparaitre en fumée alors qu’ils ont valeur de puits de carbone pour la survie de l’espèce humaine peut nous conduire vers un insidieux fatalisme.

Aussi, pour lutter contre ces émotions anesthésiantes (impuissance, désespoir, déprime…), il apparait urgent de regarder autrement. Au risque de choquer le lecteur, j’ose proposer la formule suivante pour l’avenir de notre civilisation :

«  Notre maison brûle et osons ensemble un regard d’Espérance ! »

Un regard d’Espérance, c’est ce regard qui cherche au-delà des apparences, des hypermédiatisations émotionnelles attisant peur et souffrance, à observer ce qui germe, se réveille malgré tout. Ainsi, ces pompiers qui luttent jusqu’à la limite de leurs forces physiques, qui y croient et qui réussissent à fixer un incendie. Ainsi, ces familles qui accueillent les premiers sinistrés, ces maires qui ouvrent rapidement des lieux d’accueil et tous ceux qui se portent volontaires pour donner un coup de main. Oui, nous pouvons lire cette puissante capacité humaine collective en temps de crise qui contribue à une solidarité active et une entraide spontanée sans calcul. L’espérance est bien là !

Comme le souligne le théologien, William Clapier (3), « Ce qui nous arrive en ce premier quart du XXIe siècle est une opportunité à descendre en notre cœur, dans la conscience profonde de notre existence présente et d’en ressaisir le sens, la dimension spirituelle. Qu’est-ce que le spirituel ? Nous le comprenons lorsque nous investissons quelque peu, silencieusement, le fond de notre être, notre âme, notre conscience. ». Ce regard d’Espérance se puise dans une prise de recul, dans le silence intérieur hors tintamarre médiatique. Les arbres survivants nous ouvrent aussi à ce message d’espérance : malgré tout, nous avons résisté, nous avons tenu, nous restons debout…

L’espérance est une force intérieure qui nous mobilise pour avancer vers un futur désirable pour tous. Elle n’est pas naïve, elle s’ancre dans le réel, l’aujourd’hui de nos vies. Comme un chemin montagnard enveloppé d’un brouillard matinal, elle incarne cette petite lanterne qui nous sort de nos peurs pour oser le pas de plus. La cultiver est un enjeu de civilisation !

(1) A ce jour pour la France, en moyens humains : 40 000 pompiers professionnels et 200 000 volontaires et 70 moyens aériens recensés sur le territoire :  12 canadairs, 8 Dash bombardiers d’eau, et 39 hélicoptères.

(2) https://bonpote.com

(3) Théologien et conférencier très branché sur l’écologie et l’espérance.

 

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W
Merci Michel, pour ton article "Notre maison brûle, que regardons-nous ?". Effectivement, le questionnement fondamental est de nous interroger sur le focus de notre conscience, de l'attention que nous portons sur les événements d'un climat devenu, cet été, "incendiaire". Ta réflexion éclaire l'essentiel : le devenir de notre humanité dépend de la qualité de notre regard sur ce qui nous arrive, ici et maintenant. Un regard qui prépare, ensemence notre avenir. Un regard à "réfléchir" ensemble.
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