Une drôle de bête dans notre tête, le hamster
"Il tourne chaque jour dans sa cage cylindrique, notre hamster. Et surtout, il est rare que nous en ayons conscience, vraiment conscience. Ce hamster peut même devenir un monstre qui dévore notre quotidien.'' C'est la conviction profonde qui anime Serge Marquis, médecin québécois. Avec une dose d'humour bien de chez eux, une vraie humilité et un sens pédagogique éprouvé, il nous entraîne sur les traces du hamster... à l'occasion de la présentation à Montpellier de son ouvrage : "On est foutu, on pense trop !". 50 000 exemplaires se sont déjà vendus chez nos voisins canadiens.
Qui est donc cet hamster logé dans notre cerveau et qui peut réagir au quart de tour ? Exemple, dès le matin, sous la douche, vous cherchez le flacon de shampoing et tout d'un coup, vous l'apercevez hors de la douche. "Oh, mais qu'est ce qui a pris à ma fille de ne pas le ramener dans la douche ! Est ce que j'existe, moi ?". Plus tard, sur la route, le feu vient de passer au vert depuis un moment et le véhicule devant vous n'a pas bougé d'un poil, " Mais réveille toi imbécile, t'es peut-être pas pressé, mais moi, on m'attend." Ces petites phrases qui jaillissent spontanément dans notre cerveau tout au long de la journée, sorte de réflexe automatique, nous engluent dans la morosité, le stress et la souffrance. Et Serge Marquis appelle hamster toutes ces pensées spontanées de jugement sur soi, sur l'autre, sur notre passé et sur notre futur. Qui est concerné ? "Tout le monde a son hamster", assure-t'il. Alors, question vitale : comment calmer cette bête ?
Il recommande en premier lieu l'éveil, autrement dit cet éclair de lucidité qui nous fait dire "Ça y est, c'est mon hamster qui s'agite !". Ensuite, il invite à de l'entrainement quotidien pour l' apprivoiser , respirer par le nez, méditer et d'autres processus liés aux sens...J'ai beaucoup aimé la différence qu'il pose entre la pensée mentale ego et la pensée mentale conscience. Ainsi, recevoir une insulte en mode ego et votre hamster va s'insurger, réagir violemment. En mode conscience, nous voyons l'insulte comme une flèche qui vient de pénétrer avec son venin...mais là, elle est cernée par la conscience. L'insulte ne s'imprime plus, elle s'évanouit progressivement.
Plus largement, parmi les stratégies anti hamster et vigilance Ego, l'auteur évoque l'importance de se désidentifier. je ne suis pas ma voiture qu'on vient d'abîmer, je ne suis pas mon travail que je viens de perdre, je ne suis pas non plus la médaille d'or que je viens de gagner, je ne suis pas non plus mes souffrances. "Et si je ne suis aucune de ces pelures identitaires, qui suis je ?" nous interpelle, avec son bel accent "québéquet", Serge Marquis.
Rien de neuf à l'ouest pourraient objecter les pros du développement personnel . Certes, Serge Marquis s’appuie largement sur le courant de la PNL, de la méditation, d'Eckart Tollé et du pouvoir de l'instant présent. Ceci étant, j'ai découvert avec le hamster, une belle métaphore concrète pour repérer la bête à l'instant T et m'aider à me remettre en mode conscience. Chez Serge Marquis, il y a aussi bien autre chose que le hamster qu'il apprivoise lui-même avec un entraînement quotidien. J'ai entendu un homme d'une profonde humilité avec un désir sincère de mettre à la portée de tous des stratégies concrètes pour vivre plus pleinement.
Un chapitre très savoureux à partir la citation de Marie De Hennezel, "Il faut découvrir en nous ce qui ne vieillit jamais" ouvre un bel horizon à tout âge de la vie.
Prescrivez leur du silence
Prescrivez leur du silence. Si j'étais médecin et que l'on me demandait mon avis sur les hommes, je répondrais : " du silence ! Prescrivez leur du silence !" Ce texte exhortatif a été écrit au XIXème siècle par le philosophe danois, Sôren Kierkegaard.
Ce texte me semble encore résonner d'une belle actualité dans un monde envahi par la communication dite instantanée du texto en va et vient. Ce réflexe devenu addictif de sortir son portable au moindre temps libre ( regarder ce qui se passe dans un colloque au moment de la pause...) ou encore du voyageur qui décroche son portable dans un compartiment pour répondre sans prendre même la peine de sortir sur la plate forme. Peux on imaginer de sortir de chez soi en se contentant , en ville, de regarder les façades des immeubles, des commerces sans forcément chercher à parler coûte que coûte à son voisin de balade ?
Peux on imaginer des jeûnes de télé, de portable ordinateur, ou encore de portable téléphonique ?
Impensable , pourriez vous m'objecter dans une société dite connectée aux objets connectés.
Et pourtant, quand nous avons l'opportunité de vivre l'expérience du silence comme je viens de la vivre dans le cadre d'une retraite méditation au monastère La Paix Dieu à Anduze, tout change.
Le silence des lieux, de la chapelle très éclairée par le ciel après les offices des sœurs moniales, me parle au cœur. Je n'ai plus besoin de mots pour me faire entendre. Et manger ensemble en silence me fait redécouvrir le visage de mes compagnons que je ne prenais pas forcément le temps de regarder dans la vie dite courante.
Le silence est tout à la fois porte vers son intériorité, sa présence à soi et une source de fécondité qui nous fait grandir dans l'acceptation de nous-mêmes. D'autant plus quand nous pratiquons une forme de méditation, au sens de se poser et de laisser passer les pensées , les émotions sans filet et sans jugement.
Impose moi ton silence, criait le mystique Jean de la Croix
Silence des mots, silence intérieur, silence tout court.
Si len ce, ce simple mot qui peut transformer une vie.
Silence, on tourne, moteur sur un plateau de cinéma.
Et si mon cinéma intérieur pouvait s'arrêter sur une image fixe.
Un lac à l'eau bleu limpide laissant voir les rochers du fond.
Un lac entouré d'un écrin de sapins sentant bon le printemps.
Silence, un goût à retrouver en soi pour se retrouver vraiment soi.
P
