L'EAU, ce bien commun le plus précieux
L’EAU , ce bien commun le plus précieux
/image%2F0995719%2F20250816%2Fob_b469b7_img-20250805-085954.jpg)
Savez vous quel est le liquide le plus vendu en France ?
C’est une eau minérale. L’eau de marque Cristalline est vendue à plus de 200 millions de bouteilles par an. En ces temps de canicule généralisés sur une grande partie de la France avec une montée de mercure autour des 40 degrés, nous redécouvrons la saveur d’une eau rafraichissante durant nos repas, au cours de nos journées, en allant dans les piscines ou encore dans les lacs et à la mer. Cette eau, dans un réchauffement climatique créateur de journées caniculaires et de nuis tropicales de plus en plus longues, s’avère de plus en plus un bien commun très précieux pour ne pas dire vital.
Or, il est contrastant de voir des bouteilles d’eau encore largement abandonnées sur les stades d’athlétisme, sur les aires d’autoroute, dans les parcs publics, etc…et de constater que des baignoires sont encore vendues même si leur taux de remplissage équivaut à 200 litres à chaque fois pour environ 120 litres pour une douche. Le gaspillage d’eau banalisé sans parler des fuites sur les réseaux publics gérés par les collectivités territoriales : un litre sur 5 en moyenne !
L’été dernier, faute de nappe phréatique suffisamment régénérée, des villages dans le Gard ont été ravitaillés par camion-citerne. Et ayons aussi un regard de compassion pour tous les terriens vivant dans des zones de plus en plus arides comme la Somalie (1) en Afrique ou les gazaouis sur ce qui reste de la bande de Gaza (2)..
Un rapport récent du haut-commissariat à la Stratégie et au Plan tire la sonnette d’alarme pour tous avec un titre prospectif : L’eau en 2050 : graves tensions sur les écosystèmes et les usages (3). Je vous invite à écouter l’émission sur France info (4) avec la contribution de Simon Ferrière, chef de projet pour ce rapport et dont les réponses pédagogiques et précises témoignent de l’acuité et de l’urgence de la gestion de la ressource eau.
Quelques constats de base évoqués :
- Le réchauffement climatique va contribuer, dans les années à venir, à accélérer la pression sur la ressource eau avec davantage d’évaporation et de réduction des nappes phréatiques.
- Dans un scénario présenté dans le rapport, sans changement de nos usages actuels de l’eau, 88 % du territoire national sera soumis à une tension forte sur la ressource en eau en précisant que les régions du sud-est et du sud-ouest seront particulièrement impactées.
- Cette tension ne concernera pas uniquement les périodes estivales mais également les périodes hivernales…
Une première conclusion semble s’imposer : Si nous ne bougeons pas collectivement, Etat, collectivités territoriales, entreprises, exploitations agricoles et citoyens, les conflits d’usage de l’eau vont aller crescendo. Faut-il vraiment déployer et privatiser des méga bassines pour quelques exploitations agricoles au détriment d’autres usages ? Les piscines individuelles auront t’elles encore une légitimité face à une pénurie d’eau ? L’agriculture intensive grande consommatrice d’eau pourra-t-elle encore se justifier face à une agriculture biologique plus adaptée à une gestion de l’eau avec les écosystèmes ( cf témoignage d’un maire d’une commune de l’Aude et agriculteur). La fabrication de produits commerciaux grands consommateurs d’eau ( viande, smartphones…) compatible avec une gestion sobre de la ressource eau à l’horizon 2050 ?
Et poussons le cursus sur une question de société qui pourrait se poser dans un avenir proche : sobriété recommandée ou sobriété imposée ? Exemple de mode de sobriété imposée par la puissance publique : un compteur d’eau avec alerte pour signifier à un consommateur entreprise, exploitation agricole, particulier que son crédit d’eau journalier, hebdomadaire, mensuel a été atteint ? Certes, cette vision de sobriété imposée pourrait être vécue comme une restriction de nos libertés. Ceci étant, compte tenu que la pression sur la ressource eau ne fera que s’accélérer avec le réchauffement climatique, quelle autre alternative ?
Un Etat régulateur et protecteur qui impose des normes strictes et contrôlables auprès des gros consommateurs d’eau, entreprises et grandes exploitations agricoles et collectivités territoriales qui serait un vrai signal pour encourager les citoyens à faire leur part. Et en s’appuyant sur les expériences territoriales vertueuses comme celle évoquée par le maire d’une commune de l’Aude et contribuer à essaimer ces bonnes pratiques. L’enjeu est bien systémique.
Depuis 2023, la France s’est dotée d’un plan EAU (5) dont une rubrique intitulée « organiser la SOBRIETE des usages de l’eau pour tous les acteurs » comprenant 13 mesures avec un objectif affiché de réduire de 10% l’eau prélevée d’ici 2030. Mesure 5 : « Pour l’État : une démarche État exemplaire de sobriété et de lutte contre le gaspillage sera engagée au sein des administrations publiques.» . Un bilan est prévu en octobre 2025. A suivre de près !
(1) La Somalie a toujours été un pays au climat désertique. Mais la sécheresse subie depuis maintenant plus de 2 ans et demi se situe en dehors de toutes les statistiques connues. Il s’agit de la sécheresse la plus longue et la plus grave de son histoire, après cinq mauvaises saisons des pluies consécutives, qui ont dévasté le pays. Prés de 8 millions de personnes, soit près de la moitié de la population, ont besoin d’une aide et d’une protection immédiates.
(2) Sur la bande de Gaza, avec un taux de fuite élevé dans les réseaux de distribution d’eau de plus de 70 % associé à des dommages importants au cours des 15 mois d’escalade des hostilités, comparé à un taux de perte de 50 % avant octobre 2023, les agences humanitaires ont progressivement augmenté la distribution d’eau par le biais de camion-citerne depuis le début du cessez-le-feu.
(4) émission France info juin 2025 : « Climat, La France va-t-elle manquer d’eau ? »
https://www.youtube.com/watch?v=F9qt2OOZhxo
(5) accès plan EAU de la France sur le site du Ministère de la transition écologique
https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/plan-daction-gestion-resiliente-concertee-leau