MARCHER POUR SE REGENERER
Marcher pour se régénérer
Nous marchons bien souvent sans nous rappeler que nous marchons comme un geste automatisé depuis notre enfance. Marcher pour aller à son lieu de travail, marcher pour faire ses courses, marcher pour prendre son train…Bref, nous marchons sans conscience de la marche. Or, dans l’évolution de la chaine évolutionniste, nous nous sommes redressés pour devenir homo erectus, l’homme debout. Un ancêtre qui devait sans doute être plus attentif que nous vis-à-vis de ses sensations proprioceptives et d’un sol pas forcément hospitalier.
/image%2F0995719%2F20251029%2Fob_8f71d3_chemin.jpg)
Depuis quelques années, avec l’engouement montant pour les bains de forêt venus du Japon ( Shirin Yoku) , les marches de pleine conscience initiées notamment par le moine vietnamien Thich Nhat Hanh ( cf article sur mon blog ), nous redécouvrons ce qui peut s’appeler la marche sensorielle. De quoi s’agit-il ?
Concrètement, quand j’anime un bain de forêt, j’invite les participants à quitter « leur cerveau », leur mental pour placer toute leur attention dans leurs pieds et sentir les diverses textures du sol, terreux, herbeux, pierreux, ou sablonneux... Qu’est-ce que cela produit ? Une reconnexion à l’instant, à l’ici et maintenant, et une distanciation avec son sac à dos de soucis et d’inquiétudes. Ainsi, sans accessoire particulier, nous avons la possibilité de cette déconnexion amplifiée d’autant plus si elle est vécue dans un espace arboré ou forestier. En effet, les arbres secrètent des phytoncides, molécules biosynthétisées qui, inhalées par nos voies respiratoires, réduisent notre taux de cortisol, hormone du stress. Et j’observe chez les participants bien souvent un ralentissement de la marche. Une marche plus lente, plus consciente.
Récemment, dans le cadre d’une formation à laquelle j’ai participé et intitulée « formation au coaching et à l’accompagnement par la marche » (1), j’ai vraiment encore mieux mesuré l’impact d’une marche consciente dans une forêt du Vercors, au-dessus du col de la machine. Un exercice parmi d’autres proposé par le duo expert et passionné, Philippe Baran et Stéphane Béguier. En duo, un participant avait les yeux bandés et son partenaire, en silence, devait le guider sur un chemin forestier avec d’un côté un ravin et de l’autre, un talus. Ma partenaire me touchait l’épaule uniquement quand je partais trop vers le ravin ou vers le talus. Peu à peu, je suis passé d’une marche mains devant par peur des obstacles et pas hésitant à une marche plus engagée sans mains devant moi. Je faisais de plus en plus confiance non pas à mon cerveau privé de vue mais à mes sens, mes pieds, les ombres et lumières à travers le bandeau noir sur mes yeux. Ma partenaire avisée m’a même laissé un peu m’éloigner sur le talus sans risque. Expérience signifiante : quand je suis connecté à mes pieds, à mes sens, j’augmente une forme de confiance en moi très jouissive. Or, c’est bien souvent notre mental, nos ruminations, nos peurs irrationnelles qui font obstacle à cette confiance en soi.
Enfin, la marche en plein air qui nous ramène à nos origines, a bien d’autres vertus comme le rapporte Sylvie Chokron, directrice de recherche au CNRS et neuropsychologue en faisant référence à des études et recherches récentes conduites aux Etats Unis (2). La marche de plein air (hors site urbain) augmente de manière significative nos capacités cognitives. En particulier, des chercheurs de l’université de Stanford, à partir d’un groupe témoin, ont démontré que nous gagnons en créativité en marchant à l’extérieur. Une étude conduite par une équipe de l’université du Michigan a confirmé que la marche dans la nature augmentait la capacité de mémorisation ainsi qu’un état d’esprit plus positif. Enfin l’Université de Stanford avec l’équipe de Gregory Batman, a constaté chez les marcheurs dans la nature, une réduction notoire de l’anxiété, de la rumination mentale corrélées à une baisse d’activité du cortex préfrontal.
Si ces données objectivées par les recherches scientifiques étaient réellement prises en considération dans le monde du travail, il est clair que nous serions plus nombreux à :
- Marcher régulièrement (au moins toutes les heures) au lieu de restés « scotchés » pour un certain nombre à un ordinateur du matin au soir, et même manger devant l’ordinateur !
- Faire des pauses au vert à côté de son lieu de travail pour respirer et marcher
- Pratiquer des réunions courtes en marchant ; réaliser des entretiens d’embauche, d’évaluation annuelle en marchant, des bilatérales entre chef et adjoint en marchant, etc…
- Vivre périodiquement des séminaires d’entreprise dans un espace vert arboré avec des propositions de marche sensorielle et d’activité simple de pleine nature.
Et en matière de conception des futurs espaces de travail, remettre la nature au cœur avec une entrée embellie avec des plantes, un espace détente avec des arbres et des bureaux nourris par des ficus par exemple. Sans vouloir le paradis immédiatement sur terre, imaginons des forêts urbaines au cœur des grandes villes…comme celle implantée récemment devant l’hôtel de ville de Paris.
Je marche, tu marches, nous marchons. Sortir des expressions souvent entendues dans un monde chaotique, « nous marchons sur la tête », ce qui en soi est très compliqué et pas du tout durable ! Et oser marcher en conscience. Comme le suggérait le moine et homme de sagesse Thich Nhat Hanh, sur le trajet quotidien entre domicile et travail, quitter sa voiture, son bus, son tram, son train, son scooter, son vélo ou encore sa trottinette et marcher…en mettant toute son attention dans ses pieds ! Un exercice qui régénère sans coût.
- In dossier de la revue Sciences humaines numéro 79 été 2025 ; https://boutique.scienceshumaines.com/
Cherche relayeurs d'Espérance dans un monde chaotique
Un constat : c’est le quatrième article (1) que je vous partage sur le thème de l’Espérance, signe des temps ?
Oui, pour plusieurs raisons me semble-t-il.
La stabilité d’hier y compris pour notre petit hexagone français n’est plus. Nous nous savons vulnérables à des épidémies comme le covid de 2020. Notre régime politique en crise en recherche d’un gouvernement stable depuis plusieurs mois inquiète tout à la fois qu’il exaspère les citoyens et le dérèglement climatique en phase crescendo est générateur de plus d’incendies, d’inondations, de sécheresse durable ou de canicule longue sur les régions méridionales avec une « forme d’insuffisance d’agir » des acteurs politiques et économiques à quelques exceptions près. Sans parler bien sûr de risque de guerre avec deux dictateurs « sans état d’âme » qui « encadrent » l’Europe, à l’est, Vladimir Poutine, président de la Russie et à l’ouest, Donald Trump, président des Etats-Unis.
Comment rallumer la flamme de l’Espérance
dans un tel contexte noir ou gris sans passer pour un idéaliste naïf ?
Soyons donc précis sur la terminologie. L’espérance n’est pas l’espoir. J’ai l’espoir de réussir ce projet, d’obtenir telle promotion professionnelle, ou encore de gagner telle compétition. Là, il s’agit d’un vœu d’anticipation qui peut ou non se réaliser.
Qu’est-ce que l’Espérance ? Un certain nombre d’auteurs se sont essayés de la définir. Je n’ai pas la prétention de réaliser un tour exhaustif. Je veux simplement citer trois auteurs inspirés : Andrée Chedid, Georges Bernanos et plus récemment le théologien William Clapier.
Andrée Chedid, poétesse égypto-franco libanaise (1920-2011) : Dans son poème plein d’énergie et même de provocation.
J’ai ancré l’espérance aux racines de la vie.
Face aux ténèbres j’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux à la lisière des nuits.
Elle oppose très clairement la lumière de l’Espérance aux ténèbres, à la nuit et relie l’Espérance à la vie.
Georges Bernanos, écrivain d’inspiration catholique (1888-1948) :
Pour rencontrer l'Espérance, il faut être allé au-delà du désespoir.
Quand on va jusqu'au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore.
Il évoque une Espérance radicale. C’est à partir du désespoir, du fond du trou que chacun pourrait entrevoir un soleil et sortir de la nuit. Faut-il vraiment toucher le fond du fond pour connaitre l’Espérance ?
A l’occasion d’un week-end de méditants sur le thème de l’Espérance en 2025, William Clapier, 66 ans, théologien très engagé dans l’écologie évoque les chemins de l’Espérance que chacun est invité à emprunter. En reprenant le magnifique texte de Charles Péguy, l’espérance, sœur de la foi et de la charité, avec une belle métaphore, il souligne que la petite sœur au milieu des deux grandes ne se laisse pas porter par elles mais au contraire c’est elle qui les entraine. Il souligne aussi un mouvement intérieur à chacun nécessaire pour vivre l’Espérance : descendre au fond de soi pour se relier à l’autre et se « sur centrer » sur plus grand que soi que certains peuvent appeler Dieu par rapport à leur religion.
Pour ma part, éclairé par ces écrivains, je m’accroche à plusieurs pétales rayonnant l’Espérance :
L’espérance est une lumière qui nous guide dans la traversée de nos « tunnels », une lumière qui peut soutenir notre persévérance pour avancer au-delà de nos découragements. C’est à la fois croire intimement qu’il y a bien un soleil au bout de chaque tunnel traversé et se donner les moyens de sortir du tunnel pour retrouver la lumière.
L’espérance est un combat pour la vie, pour rester vivant et chercher en toute circonstance cette vie qui bat. Ainsi, ma petite fille Loréa , un an, qui vient se câliner spontanément près de moi avec son grand sourire autour de ses beaux yeux bleus, est un beau signe d’Espérance.
L’espérance mérite de s’allier à la lucidité sur le monde. Ok, il y a toutes ces noirceurs, ces cavaliers noirs, ces zones de néant, de violence, d’incertitudée, comme l’écrit Christian Bobin, mais il y a aussi toute la beauté créative de l’être humain avec nos musiciens, nos orchestres, nos chorales, nos chanteurs, nos artistes, nos poètes…Bref, il reste la beauté du monde qui est partout à condition de la chercher, comme l’affirmait sereinement François Cheng, interviewé par François Busnel dans l’émission télévisuelle, La Grande Librairie :
« La beauté n'est pas un simple ornement. La beauté, c'est un signe par lequel la création nous signifie que la vie a un sens. Avec la beauté, on a compris tout d'un coup que l'univers vivant n'est pas une énorme entité neutre et indifférenciée, qu'il est mû par une intentionnalité…La présence de la beauté est partout. Une simple fleur est un miracle. Pourquoi une fleur, qui s'épanouit en pétales, atteint ce degré de perfection, de forme et de couleur ? De cela, on ne s'étonne jamais assez."
Enfin, l’Espérance n’est pas portée seul dans son petit coin, dans son petit confort égocentrique. Elle ne peut se déployer qu’au contact d’autres, dans la contagion d’un groupe, dans le collectif.
Ainsi, dans ce monde chaotique, expression que j’emprunte à William Clapier, il est urgent d’identifier et de chercher des relayeurs d’espérance, porteurs de cette flamme qui n’est pas olympique mais qui a la grande vertu d’être durable, au-delà des ténèbres, des découragements temporaires, des brouillards ou encore des tempêtes.
Et si nous devenions, par notre posture, par nos mots, par notre regard, nos actes humbles,
ces relayeurs d’Espérance ?
Oui, tout est possible demain dans l’ouverture du cœur, dans l’accueil de l’inattendu
et dans la gratitude de ce qui nous est donné chaque jour.
- Les 3 articles précédents :
Loin de la fin du monde, la force d’Espérance :
https://mister-aidant.over-blog.com/search/georges%20bernanos/
Bonne nouvelle pour sortir des incertitudes polluantes
https://mister-aidant.over-blog.com/search/esp%C3%A9rance%20chedid/
L’espérance et le morceau de chocolat
https://mister-aidant.over-blog.com/2025/01/l-esperance-et-le-morceau-de-chocolat.html