Et si l'économie servait le lien social ?
30 Septembre 2012 , Rédigé par Michel BERNARD Publié dans #témoignages
Je me définis comme reliant des frontières. En effet, je suis née en Amérique Latine, en Uruguay, dans le Sud et je suis actuellement dans le Nord, professeur d'économie à Paris. Je suis, par ma formation, un chercheur qui utilise des concepts théoriques et en même temps, je milite sur le terrain avec des organisations non gouvernementales comme Justice et paix." Cette voix au doux accent chantant d'Amérique du Sud animée par un visage souriant détonne dans la galaxie des experts en économie. C'est celle d'Elena LASIDA (1), une des rares économistes qui touche les coeurs sans chercher à déballer tout son savoir avec la panoplie de schémas, de statistiques ou de prédictions habituelles.
Ayant eu le privilège de l'écouter à l'occasion d'une conférence intitulée " Quand l'économie interroge le sens de la vie ", j'ai été très réceptif à son questionnement reliant l'économie au social :
" En quoi nos formes d'activité économique contribuent-elles au lien social ?"
Force est de constater que circuler dans un hypermarché et remplir son caddie puis passer à la caisse limite le lien social, s'il en est un, avec la caissière à moins d'avoir l'heureux hasard de croiser des connaissances entre le rayon des surgelés et celui des fruits et légumes.
Concernant les AMAP ou Associations de Maintien de l'Agriculture Paysanne, elles proposent la vente de produits de la ferme ( fruits et légumes) directement du producteur au consommateur. Leur développement et leur succès croissant auprès des consommateurs témoigne d'un autre lien social. La relation économique prend souvent le temps du lien entre agriculteur et consommateur, surtout si celui ci se déplaçe sur la ferme elle-même.
Et que penser de ce que j'ai découvert ce week-end dans un petit village de l'isère, le distributeur automatique de baguettes de pain ! A priori très rentable pour le boulanger local qui en a installé plusieurs dans divers villages environnants. Est ce que cette forme de vente, qui peut certes faciliter la recherche de la baguette de pain quand o
n a loupé l'heure d'ouverture de la boulangerie, est elle vraiment productrice de lien social ? Dans ces villages, se donne-t'on rendez vous devant le distributeur pour se rencontrer et tailler la causette comme, naguère, à l'occasion du passage de la camionnette du boulanger dans le village ?
Cette généralisation de distributeurs automatiques, y compris dans le tissu rural, pourrait un jour conduire au distributeur de médicaments plutôt qu'à la pharmarcie. Que restera t'il alors comme espace de vente direct entre producteur et consommateur ?
Peut être, l'été, les quelques baraquements de vente de fruits le long des routes touristiques du sud de la France ?
Réconcilier le rapport économique avec le lien social apparait à contre temps du mouvement général et pourtant, il est porteur de sens pour nos générations et les suivantes.
Alors, Monsieur le boulanger, si vous mettiez seulement des biscottes dans vos distributeurs plutôt que du pain ?
Et si vous pouviez choisir votre caissière dans votre hypermarché entre Claudine, Alexandra ou Sophie ? Ah, un espoir, il semblerait que le coiffeur ou la coiffeuse préserve une clientèle encore identifiée et fidélisée pour une partie et où l'on cause de tout et de rien et c'est çà aussi le lien social.
Aussi, j'espère que nous ne deviendrons pas tous chauves dans quelques années avec le réchauffement climatique !
(1) dernier ouvrage d'Elena Lasida : le goût de l'autre. La crise, une chance pour réinventer le lien.
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