Etes vous Homo connecticus ou Homo humus ?
Etes vous Homo connecticus ou Homo humus ?
Le 11 mai 1997, le champion du monde russe Kasparov était pour la première fois, dans l’histoire de l’intelligence artificielle, battu par un ordinateur nommé Deep Blue. Jusque-là, tous les grands champions avaient réussi à battre les ordinateurs. Dans la course folle au développement exponentiel ( le mot est sans doute encore faible) de l’intelligence artificielle depuis 2022 avec ChatGPT le premier outil de recherche accessible à tous, l’émergence des robots à taille humaine dits « robots humanoïdes », nous sommes aujourd’hui entourés d’objets, de machines qui « veulent » nous connecter en permanence. Ainsi, nous pouvons imaginer ce qui est déjà possible. Un homme se réveille avec un message personnel de son assistante IA qu’il a nommé Sophie inspirée de l’étymologie grecque qui signifie Sagesse. « Pour vous réveiller en douceur, cher Alexandre, quelle musique souhaitez-vous ce matin ? … Puis, après sa douche, il met sa montre connectée qui lui indique les options de sa journée. Et pourquoi pas une séance d’étirements pour votre mise en forme du matin ? Et bien sûr, il passera sa journée scotché à son ordinateur , sa tablette numérique y compris en prenant son repas devant un film que lui aura suggéré Sophie. En sortant, il enfourchera son vélo à propulsion électrique avec une carte gps qui le pilote automatiquement vers son domicile…sans donner un coup de pédale. Il passe à côté d’un jardin public. Et là, Sophie lui propose quelque chose qui sort de son cadre connecté : « Voulez-vous vous arrêter 15 minutes pour profiter du jardin ? ». Après tout, ce sera un divertissement pour sortir de mon écran. Mais surprise : le jardin est en cours de restauration pour intégrer des robots guides et il n’est pas accessible. Sophie, réactive, lui propose de visionner sur sa tablette un court extrait d’un vieux documentaire « Il était une forêt » mettant en scène un botaniste juché au sommet de grands arbres de la forêt d’Afrique dont il n’a jamais entendu parler. Il s’appelle Francis Hallé. Bof, pourquoi pas ?
Cet homme, cette femme, je lui donne un nom : homo connecticus. C’est une appellation générique qui indique que cet individu est constamment connecté à des objets numériques . Sa croyance : je ne peux vivre dans ce monde sans cette connexion permanente. Elle me facilite la gestion de ma journée ( avec la domotique chez soi, l’ordinateur au bureau, la montre de connexion permanente ou le smartphone compagnon numérique, etc…) et me donne de la liberté de choix. Est-ce si sûr que cet Homo connecticus gagne réellement en liberté ? Est-il libre de sortir, d’échapper aux suggestions de sa montre, de Sophie son assistante IA ? Et comment se sentira t’il si demain, par un arrêt temporaire de l’accès à l’électricité, tous ces appareils tombent en panne ? Pourra -t’il survivre à ce manque ? Y a-t-il un risque à vivre dans cette peau d’homo connecticus jour et nuit ?
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Réponse de ma part : OUI, un vrai risque ! Un risque lié à la nature originelle de l’homme, l’Homo sapiens dont les premières traces remonteraient il y a environ 300 000 ans. C’est un homme nomade qui survit avec la quête permanente de sa nourriture et une vigilance de protection par rapport aux prédateurs animaux. En observant les fresques artistiques dessinées dans des grottes comme celle de Chauvet près de Vallon Pont d’Arc, nous constatons que nos ancêtres vivaient exclusivement dans la nature au contact des animaux. Il y avait même une forme de cohabitation pacifique avec les ours. Ceux-ci se réfugiaient dans la grotte durant la période hivernale…et les aurignaciens, vers – 40 000 ans, entraient dans la grotte pour dessiner chevaux, bisons, bouquetins ou encore des rhinocéros… après cette période !
Est-il vraiment sain de quitter ce lien avec la terre, les animaux et la nature pour s’enfermer dans des silos en béton avec des machines écrans devant les yeux toute une journée ? Tout un courant de pensée née notamment de l’écopsychologie (1) témoigne du risque de rupture avec notre mère nature. Ainsi, l’américain Robert Greenway est très affirmatif : « L’homme, sans lien intime avec la nature, devient malade ». Or, ce lien nécessite un contact avec une nature proche, dans un jardin public, une forêt, un lac, un bord de mer, une montagne... Une relation qui ne soit pas seulement mentale, intellectuelle : « J’ai vu un ginko Biloba, l’arbre aux 40 écus au jardin des plantes. C’est cet arbre, le seul qui a survécu à la bombe atomique au cœur de la ville japonaise de Hiroshima ». Je plaide pour une relation qui soit aussi sensorielle avec nos 5 sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût. Quelle odeur émet cette écorce du cyprès de Tassili ? Quelle belle brillance ces feuilles vernissées de ce magnolia … ou encore tout simplement sentir avec ses deux pieds le contact avec la terre dans une traversée de forêt, de chemin. Sentir finalement que nous sommes issus de la terre, que nous marchons sur terre et que nous finirons notre vie…sur terre!
Cet homme qui privilégie le lien intime avec la nature, je l’ai nommé Homo humus . Humus avec sa double signification : la terre, et humus racine de l’humilité. C’est l’homme qui est relié avec tout le vivant : les autres êtres humains autour de lui, les arbres, les plantes, les animaux terrestres, aériens et marins. Et nous savons tous, intuitivement, que ce lien originel nous ressource, nous fait homme et nous donne un sens. A signaler que les Kogis, peuple premier vivant en Colombie, comparent la Terre à un corps humain auquel nous faisons subir simultanément de nombreuses opérations, toujours plus violentes . Nous retirons des morceaux de ce corps en allant chercher toujours plus loin du pétrole, du gaz, des minéraux...pour notre soi-disant « bien-être »...Certes, vous pouvez objecter que la réalité sociale est moins binaire, moins tranchée que la distinction brute entre l’Homo connecticus et l’Homo humus. Pour nuancer, je situe la réalité dans chaque être humain, dans chacun de nous et notamment dans les sociétés dites modernes. Nous sommes tiraillés de fait dans une tension entre l’Homo humus et l’Homo connecticus. Deux questions de discernement pour faire la part des choses. Quand vous effectuez une recherche sur la toile du net, êtes-vous en mesure de lâcher l’outil en vous fixant une limite de temps, ou êtes-vous tellement happé que vous ne vous rendez plus compte du temps passé ? Pensez vous possible de faire un jeûne sans l’usage d’aucun outil numérique pendant un jour, deux jours ou plus ?
Le soleil vient de se lever à l’horizon. L’Homo humus ouvre ses volets. Il prend le temps de contempler le ciel et observe le vol harmonieux de deux flamands roses. Il prendra tranquillement son petit déjeuner sans transistor, sans smartphone, sans tv. Simplement dans le silence de son jardin ou de son balcon. Il aime ce temps suspendu, sans pression et sans obligation, en connexion avec le moment présent qu’il goûte simplement.
Alors, en toute lucidité avec vous-même :
êtes-vous plutôt tendance Homo connecticus ou tendance Homo humus ?
- « l’écopsychologie, champ transdisciplinaire, explore les interrelations profondes entre la nature et la psyché humaine dans leurs dimensions conscientes et inconscientes. »
in « écopsychologie » de Michel Maxime Egger. Collection Jouvence.
Des ponts dès aujourd'hui version française et version anglaise
Dans un désir de contribuer à la paix dans le monde par la poésie, outil de résistance comme aime à le souligner Edgard Morin,notre sociologue centenaire, je propose la version française et une version anglaise du poème " Des ponts dès aujourd'hui". Je tiens à remercier Jennifer pour l'appui complet à la traduction en anglais. Et j'invite le lecteur, si ce poème a du goût pour vous, à le diffuser au plus large.
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Des ponts dès aujourd’hui
Hier, nous avons été capables de construire des ponts
Des ponts reliant, au-dessus des cours d’eau, des vallées,
Des ponts reliant une île à un continent,
Des ponts d’une hauteur et d’une longueur incroyables,
Résistants aux vents et aux tremblements de terre.
Pourtant, notre civilisation moderne a oublié
De construire des ponts, pas des ponts en béton
Des ponts entre les hommes.
Des ponts pour retisser des liens humains aimant
Au sein de familles dispersées ou divisées,
Entre Etats, au sein de pays où la violence a construit des murs
Entre ethnies, entre religions, entre races, entre partis politiques…
Des ponts qui soient robustes et persistent dans le temps.
Des ponts qui passent par le regard, les gestes et les mots.
Des ponts qui chantent comme les oiseaux
Dans l’harmonie d’une clairière qui s’éveille le matin.
Des ponts chantant à l’unisson :
« Nous sommes différents et nous pouvons nous comprendre, »
« Nous sommes en désaccord et nous pouvons nous respecter »
Quand les mots ne sont plus audibles,
Quand les mots sonnent creux,
Retrouver, malgré tout, une présence vivante simple,
Qui ouvre le cœur, le dialogue
Et l’espérance vers un horizon possible ensemble.
Accueillir humblement le silence, le silence à l’intérieur de soi,
Le silence de communion entre tous les priants et les méditants du monde.
Ce silence qui œuvre secrètement à la PAIX,
Paix au fond de soi, Paix autour de soi, Paix qui se diffuse
Comme le soleil diffuse son énergie par ses rayons.
Nous avons besoin de ponts vivants, vibrants
Pour faire rayonner la Vie sur terre.
Pas pour demain, mais dès aujourd’hui.
Version anglaise
Bridges, from now on
Yesterday, we were capable of building bridges,
Bridges above waterways and valleys,
Bridges linking an island to a continent,
Bridges of incredible height and length,
Resistant to winds and earthquakes.
And yet, our modern civilisation has forgotten how
To build bridges, not concrete bridges,
Bridges linking human beings.
Bridges to re-knit human links of love
Amidst scattered or divided families,
Between countries, within countries where violence has built walls
Between ethnic groups, between religions, between races, between political parties…
Bridges that are strong and that last over time.
Bridges perceived in eyes, gestures and words.
Bridges that sing like birds
In the harmony of a clearing, awakening in the morning.
Bridges singing in unison :
« We are different but we can understand each other »,
« We disagree but we can respect each other ».
When words are no longer audible,
When words ring false,
Finding, in spite of all, a vibrant and simple presence,
That opens the heart, opens dialogue
And hope towards a possible horizon together.
Humbly welcoming silence, the silence within oneself,
The silence of communion between all those who pray and meditate in the world.
This silence that works secretly towards PEACE,
Peace within us, Peace around us, Peace that radiates
As the sun radiates its energy through its beams.
We need living bridges, vibrant bridges,
To let Life shine on the Earth
Not for tomorrow, but from now on.
Michel BERNARD. 2026. Contribution pour la paix dans le monde.
Annulation des Jeux olympiques d'hiver 2030 en France
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Annulation des Jeux olympiques d’hiver 2030 en France
La décision vient de tomber ce 12 juillet 2026 à 14h 05. Réuni à Genève, le Comité International Olympique ( CIO), suite au désistement de la France organisatrice des Jeux Olympiques d’hiver, a validé l’annulation complète des prochains Jeux olympiques et Paralympiques d’hiver prévus en 2030. Retour sur la chronologie des événements qui ont conduit à cette décision unique dans les annales de l’histoire de l’olympisme.
24 juillet 2024. A l’occasion du congrès du Comité International Olympique et du vote des 195 délégués, les Jeux Olympiques d’hiver sont attribués à la France. Deux régions sont engagées au sein du comité d’organisation : la région Auvergne Rhône Alpes pour accueillir les épreuves de ski alpin , de ski de fond, et de biathlon ( Haute Savoie et Savoie) et la région Provence Alpes Côte d’Azur pour les épreuves de snowboard et ski acrobatique ( Hautes Alpes) et le hockey sur glace et le patinage ( Nice).
2 octobre 2024. L’Etat français signe une garantie pour couvrir l’éventuel déficit du Comité d’Organisation des Jeux Olympiques et paralympiques ( Cojop). Condition exigée par le Comité International Olympique pour l’attribution définitive des JO à la France.
Février 2025. Le Cojop (1) est installé dans la banlieue lyonnaise avec son président, Edgar Grospiron, champion olympique de ski bosse à Albertville en 1992. Parallèlement, est installé à Marseille un établissement public dénommé Solideo Alpes 2030 crée par l’Etat pour gérer le fonds de dotation d’1,1 milliard relatif à toutes les opérations d’aménagement et d’ouvrages spécifiques.
Entre décembre 2025 et février 2026 . Un rapport confidentiel de l’inspection générale constate un déficit prévisionnel du Cojop évalué entre 850 et 900 millions d’euros. Suite à cette révélation et à des difficultés liées à la gouvernance, plusieurs membres permanents de l’organisation du Cojop démissionnent.
29 Mars 2026. Plusieurs associations de protection de la montagne alpine et de la nature dont « Sauvons les Alpes » montent aux créneaux et organisent à Lyon et à Marseille deux grandes manifestations pour protester sur la mise en danger des Alpes et le surendettement prévisible. 420 000 manifestants à Lyon et 335 000 à Marseille sont recensés.
20 avril 2026. La pétition pour demander un référendum citoyen lancée le 29 mars par le collectif des associations « Stop protection Alpes » (SPA) obtient près de 3 millions de signatures dans tout l’hexagone.
8 mai 2026. Devant l’importance de la levée citoyenne, l’Etat met en place avec la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) un référendum citoyen. Près de 81 % des français ayant répondu ont validé le renoncement aux Jeux Olympiques d’hiver pour la France.
18 juin 2026. Le président de la République, après concertation avec le Cojop et les deux présidents de Région, annonce officiellement devant les médias le désistement de la France pour les JO 2030.
12 juillet 2026. Réuni en session exceptionnelle à Genève, le Comité International Olympique annonce l’annulation des Jeux Olympiques d’hiver 2030.
Comment sommes-nous arrivés à cette décision complétement impensable au moment de la candidature de la France en 2024, dans l’euphorie des Jeux Olympiques d’été à Paris ?
Julia Bonhomme, présidente de l’association « Sauvons les Alpes » et membre du collectif « Stop Protection Alpes » résume l’argumentaire qui a progressivement convaincu la grande majorité des citoyens y compris des français habitant en dehors des deux régions concernées.
« Cinq arguments font consensus et ont été largement documentés dans le rapport que nous avons remis aux parlementaires et au gouvernement et intitulé « Protéger les Alpes pour les futures générations ».
1 dès le départ de ce projet porté essentiellement par des politiques, l’absence de consultation citoyenne de la population est flagrante. Le tribunal administratif de Marseille a reconnu cette absence au niveau notamment de la budgétisation et des choix d’implantation des épreuves.
2 Un coût pharaonique pour l’Etat de plus d’un milliard d’euros avec une incertitude extrême sur les partenariats privés qui se sont retirés au fil des polémiques. Bref, avec la garantie signée par l’Etat, c’était accroitre de manière exorbitante la dette nationale de la France déjà conséquente.
3 Une réelle mise en danger de la montagne alpine avec plusieurs composantes. Des lieux de compétition en dessous de 1000 mètres ( Le Grand-Bornand et La Clusaz) qui, avec le réchauffement climatique, demanderaient une compensation en neige artificielle significative et une utilisation exorbitante de l’eau au détriment des usages domestiques. Et sans parler des centaines d’hectares détruits par les constructions de parkings, de nouvelles voies routières, et de bâtiments d’hébergement et de logistique. Une bétonisation qui va à l’encore de la loi « zéro artificialisation nette » (ZAN) de 2021 visant à limiter ou interdire les constructions nouvelles pour préserver les espaces nature et les espaces agricoles.
4 des choix d’implantation d’installation ne tenant pas ou peu compte de leur impact environnemental. Exemple : la commune de Méribel initialement retenue avec une desserte ferroviaire s’est retirée et c’est la station de Val d’Isère qui est retenue alors qu’elle ne bénéficie d’aucun accès ferroviaire direct (gare la plus proche à Bourg-Saint-Maurice à 40 minutes) et nécessitant un deuxième village olympique.
5 Dans une vision 2050 d'une France en nécessité d’adaptation climatique, les sports d’hiver réclamant des moyens importants en infrastructure, en électricité, en eau ( neige artificielle) seront réservés à une clientèle de luxe qui pourra s’offrir des appartements high tech en haute altitude et venant aussi de l’étranger comme cela se développe déjà maintenant. Selon la dernière enquête du CREDOC de 2023, seulement 9% des français partent en vacances l’hiver à la montagne.
Bref, un projet anachronique qui ne répond pas à l’intérêt général et qui pourrait fragiliser de manière durable la belle montagne alpine déjà touchée par le réchauffement climatique et la fonte des glaciers. »
Nous avons souhaité recueillir l’avis d’un jeune espoir français médaillable olympique , Maxime Belleux.« C’est effectivement une immense déception de ne pas pouvoir vivre ces Jeux Olympiques chez moi car je suis haut savoyard. Ceci étant, nous avons toujours nos championnats du monde chaque année. Mais en écoutant les responsables des associations du collectif « Stop Protection Alpes », j’ai vraiment compris que le cumul des risques mettant en danger la montagne alpine et le coût financier avec un endettement exorbitant pour la France sont des facteurs prioritaires surtout en pensant aux jeunes générations. Je préfère finalement ne pas être champion olympique et être fier de dire à mon fils, qui aura 2 ans demain, quand il sera plus grand : « Avec près de 150 sportifs de haut niveau réunis au sein du collectif « sportifs pour une montagne durable », j’ai fait le choix mûri de voter pour l’annulation de ces Jeux. »
Certes, ce scénario est évidemment une fiction ( à partir du 29 mars 2026) mais qui, de mon point de vue, se situe à contre-courant du scénario catastrophe qui est en train de se mettre en place si ces Jeux Olympiques ont effectivement lieu. Les noms des associations du collectif sont fictifs.
A souligner cependant que ce narratif utilise des arguments validés et documentés par plusieurs associations réelles qui se mobilisent : Résilience Montagne avec sa dynamique et pugnace présidente Valérie Paumier (2), France Nature Environnement Auvergne Rhône Alpes qui a lancé une pétition pour réclamer une vraie consultation citoyenne avec le soutien du média en ligne GreenVoice (3). Et sans oublier le collectif Citoyen J O P 2030 avec un site très documenté, des manifestations publiques et des recours devant le tribunal administratif pour obtenir la transparence sur les budgets engagés par l’établissement public Solideo Alpes 2030. (4)
Ma seule intention, à travers cette fiction, ce récit est de convoquer l’imaginaire de chacun pour contribuer à un futur désirable pour tous. Cyril Dion, écologiste engagé, écrivain et co réalisateur du film « Demain » nous le rappelle : les histoires que nous choisissons de raconter aujourd’hui façonnent le monde dans lequel nous vivrons demain. Alors quelle histoire choisissez-vous de raconter ?
(1) site officiel du CIO et des JOP 2030
Francis Hallé, l'amoureux des arbres
Francis Hallé, l’amoureux des arbres
Le 31 décembre 2025, à l’âge de 87 ans, nous quittait Francis Hallé, botaniste de renommée mondiale, montpelliérain et associé à l’homme qui voyageait dans la hauteur des grands arbres d’Afrique grâce à son radeau des cimes. Son dernier projet avec le soutien d’une association, réimplanter une forêt primaire en Europe. Pour ma part, j’ai eu la chance de le rencontrer quand j’exerçais comme directeur adjoint du CREPS de Montpellier. En hommage à cet homme amoureux des arbres, passionné, passionnant et simple de contact, je vous partage deux anecdotes significatives.
Un article dans la gazette, hebdomadaire montpelliérain relatif à Francis Hallé me l’a fait découvrir. J’ai tout de suite été séduit non seulement par le botaniste chercheur infatigable mais le regard qu’il portait sur les arbres, des arbres à préserver en tant qu’êtres vivants non humains et qui ont besoin de peu pour vivre, nous invitant déjà à la sobriété. Un numéro de téléphone était donné à la fin de l’article. Comme le CREPS de Montpellier me semblait riche d’un patrimoine diversifié d’arbres, je me suis dit qu’une visite guidée par Françis Hallé méritait le détour. Je l’appelle et j’ai sa voix au téléphone. Je lui explique ma demande en me disant qu’elle prendrait au mieux des mois à aboutir compte tenu de ses engagements multiples. Et bien non ! « Je suis disponible la semaine prochaine, je peux venir ! ». Voilà déjà un beau signe de la simplicité de Francis dans sa spontanée généreuse. Et la visite fut à la hauteur de ma curiosité. J’ai redécouvert des espèces variées avec leur explication, leur histoire comme le ginkgo Biloba, le seul arbre qui a résisté au bombardement atomique de Hiroshima en 1945.
Quelques mois plus tard, je lui ai proposé de venir faire un diagnostic sur les arbres potentiellement en souffrance compte tenu d’infection avant décision d’abattage ou d’élagage. Le jour prévu reste gravé dans ma mémoire : le 28 février 2018. Or, de manière assez inattendue, il s’est mis à neiger dès le matin sur Montpellier, la méditerranéenne. J’ai alors téléphoné à Francis pour lui indiquer de reporter cette visite. Mais, il était déjà en route, à pied dans les rues de Montpellier depuis sa maison située à 4 kms du CREPS. Et il m’a répondu simplement : « Ce n’est pas un problème, j’arrive ! ». Et là, de constater sa détermination capable de braver froid et neige. La visite avec la participation du jardinier du CREPS fut aussi un grand moment de contemplation des arbres. Moi-même mal équipé dans mes petites chaussures basses en cuir, je commençais à grelotter et Francis imperturbable continuant tranquillement sa visite sous la neige tombante et au détour nous disant : « Vous savez, les arbres, ils n’ont pas froid ! ». Et je garderai au fond de ma mémoire son regard pétillant et attendri dans l’observation de chaque arbre comme un médecin attentionné ausculte chacun de ses patients.
Gratitude à toi Francis de m’avoir permis de changer mon regard et de vivre ma relation aux arbres comme des alliés, êtres vivants non humains. Et ma vocation de guide de bains de forêts a largement été inspirée de nos rencontres dans la simplicité et ton désir constant de partager ta passion.
Œil attendri sur
Le micocoulier, Francis,
Pieds dans la neige.
Voir autre article sur ce blog : l’homme qui me fait aimer les arbres
CHEMINS CITOYENS POUR CHANGER DE CAP (Suite)
Cet article fait suite au précédent qui présentait les trois premiers chemins.
Chemin 4 : Inventer un nouveau récit du futur pour le faire advenir
Nous sommes actuellement biberonnés depuis notre tendre enfance au système productiviste et consumériste comme s’il n’y avait pas d’autre alternative.
Des ateliers comme la fresque des nouveaux récits (3) nous encourage à imaginer un autre monde.
Et nous savons que pour faire advenir un futur désirable, il est besoin de l’imaginer d’abord dans sa tête, processus de tous les inventeurs de génie ex : :Léonard de Vinci et le sous-marin…Albert Einstein et la théorie de la relativité…
Pour illustrer cet imaginaire, je vous partage un extrait issu d’une production écrite à l’occasion d’un atelier relatif à la fresque des nouveaux récits
Imaginez un avenir où les quartiers se transforment en oasis de convivialité et de partage, où les rues appartiennent aux rires des enfants et aux discussions des voisins. Découvrez l’histoire inspirante d’une école et de son quartier qui, grâce à la participation active des habitants, devient un modèle de transformation écologique et sociale, incarnant un futur désirable et serein pour tous. Plongez dans ce récit captivant où chaque pas vers la transition écologique fait naître un environnement plus humain et chaleureux :
« Ils ont décidé d’organiser un pedibus, un trotibus, un vélobus et quoi encore ? Tout cela se met en place de manière un peu foutraque. 100 places réservées pour que tout cela soit rangé. Les policiers municipaux bloquent les rues pour sécuriser un espace pendant une demi-heure, matin, midi et soir, où les enfants et les parents peuvent venir tranquillement à l’école avec leurs enfants.
C’est le bazar dans le reste du quartier mais au moins je suis tranquille moi ! Et aussi pendant ce temps-là je peux sortir mon chien. J’en profite pour voir mes vieux copains qui amènent maintenant leurs petits enfants à l’école. Avant, ils n’étaient pas rassurés pour le faire à cause des voitures. Par contre, c’est un peu bruyant, moins de voitures, mais alors beaucoup de cris d’enfants et des parents qui restent discuter sur le parvis pendant de longues minutes après le démarrage des cours ! Maintenant, ils parlent d’empêcher l’accès à internet et au téléphone devant l’école pour faciliter les échanges en vrai !
Zone blanche qu’ils disent… et pourquoi pas ? »
Question :
dans votre quartier de ville ou dans votre village,
si vous vous autorisiez à rêver ,
en plus humain, en plus beau, , en plus solidaire, en plus joyeux, qu’est ce qui émerge ?
Chemin 5 : s’inspirer de la voie du méditant militant
Cette expression est celle de Michel Maxime Egger engagé dans ce qui est appelé en Suisse le laboratoire de la transition intérieure.
Délicat et difficile de résumer cette voie profonde de changement intérieur qui apparait comme un préalable au changement de comportement. Aussi, en vous invitant à aller creuser directement avec les écrits de Michel Maxime Egger, je vous propose de mettre la lumière sur trois composantes parmi d’autres :
- 1 Prendre du temps quotidien avec soi dans le silence pour sortir de la course aux stimulations ( smartphone, réseaux sociaux, tv, radios ; pub sur panneau…),
C’est la posture du méditant qui choisit au moins une fois par jour de s’asseoir en silence sans rien faire, sans chercher d’objectif, simplement connecté à l’ici et maintenant et, pour les chrétiens, une assise qui contribue à une connexion au divin. Pour tous, y compris ceux qui ne pratiquent aucune méditation, ce temps d’intériorité est possible et peut nous reconnecter à notre être profond.
Ex : dans une salle d’attente d’un médecin, plutôt que de dégainer son smartphone, rester assis, se mettre à l’écoute de sa respiration et accueillir le lieu, les couleurs, les éléments et les personnes autour de soi.
- 2 Pour sortir des comportements centrés sur notre EGO, revisiter son aspiration profonde, quel est au fond mon désir dans ce monde ?
« La question est de savoir qui est aux commandes quand j’agis. Est-ce que c’est l’ego autocentré et autosuffisant, avec sa volonté de puissance, son besoin de reconnaissance et de pouvoir, son désir de s’affirmer, d’imposer son vouloir et ses idées ? Ou bien est-ce une autre énergie, plus grande que moi : la force de la terre ou du divin qui agit à travers moi ? » (4)
- 3 Apprendre à sortir du mental galopant et dispersé ( environ 60 000 pensées par jour !) pour descendre au niveau du cœur profond,
Dans Le petit Prince de Saint Exupéry, le fameux secret délivré par le renard avant que le Petit Prince le quitte :
« L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur ».
Et si tous les citoyens français et du monde pratiquaient ces 5 chemins,
waouh, quel changement collectif !!!
Question finale :
Voyez-vous un sixième chemin que je n’aurais pas évoqué ?
Un participant a réagi à cette question en évoquant une expérience avec des jeunes de divers pays qui ont fait silence et qui ont porté un message collectif à travers une exposition.
Oui, au-delà du « travail sur soi » que chacun peut expérimenter et consolider par une pratique régulière avec ces 5 chemins, il y a effectivement la dimension collective incontournable pour un changement de cap. Et il est intéressant de souligner le concept du point de bascule.
« Selon l’éditorialiste américain Malcolm Gladwell, ce fameux tipping point (point de bascule) se trouve quelque part aux alentours de 10 % d’une population, seuil à partir duquel une minorité engagée et adoptant de nouveaux comportements peut changer la norme sociale et entraîner dans son sillage la majorité silencieuse. C’est également ce que pense Christophe Itier, Haut-Commissaire à l’Économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale. » (extrait du site Bon Pote).
En France, les 10 % correspondent à 6 millions et 800 000 habitants. Le niveau de conscience de l’importance de ces chemins semble grandir et il ne tient qu’à chacun d’entre nous d’en devenir l’humble messager pour contribuer à cette bascule… enjeu de vie pour les jeunes générations !
CHEMINS CITOYENS POUR CHANGER DE CAP
Cet article est une transcription d'une partie de conférence que j'ai animée le 11 décembre 2025 au centre dominicain de Montpellier et dont le titre était : Comment rendre possible et désirable le monde de demain pour les jeunes générations ?.
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Pour des raisons de longueur de format, cette retranscription est réalisée en deux articles. Voici le premier article qui évoque 3 chemins pour changer de cap. Le deuxième article précisera deux autres chemins complémentaires.
Ce changement de cap que je viens d’évoquer avec la 3ème histoire racontée par Joanna Macy (1), écopsychologue américaine de renommée mondiale, est porté par une myriade d’acteurs engagés dans le monde et en France : les scientifiques du GIEC ( Valérie Masson Delmotte, climatologue française…), les associations de protection de l’environnement ( France Nature Environnement), les activistes de terrain ( Camille Etienne, notre Greta Thunber avec une vidéo virale au temps de la Covid « Réveillons-nous » tournée en montagne sur le massif des Ecrins), les ONG comme OXFAM, bref des organisations regroupant ensemble des millions de citoyens.
Soyons conscients de cette force collective citoyenne
portée par toutes ces organisations et associations !
Le pape François, en amont de la cop de Paris en 2015, a diffusé une encyclique « Laudato Si » qui a reçu une audience très large au-delà du seul monde chrétien. Elle reste toujours d’une actualité « brûlante » :
« J’adresse une invitation urgente à un nouveau dialogue sur la façon dont nous construisons l’avenir de la planète. Nous avons besoin d’une conversion qui nous unisse tous, parce que le défi environnemental que nous vivons, et ses racines humaines, nous concernent et nous touchent tous…… Tous, nous pouvons collaborer comme instruments de Dieu pour la sauvegarde de la création, chacun selon sa culture, son expérience, ses initiatives et ses capacités. »
Comment vraiment changer de cap en tant que citoyens,
engager cette conversion écologique ?
En réponse, je vous propose 5 chemins (non limitatifs) convergents qui, s’ils sont empruntés demain par un nombre signifiant de terriens pourrait créer un vrai changement, une vraie bifurcation. Explorons ces 5 chemins ensemble. Probablement que vous en pratiquiez déjà une bonne partie…C’est aussi une manière de proposer à votre réflexion 5 questions majeures !
Chemin 1 : Se relier à des sources inspirantes pour rester acteur
En premier lieu, discerner les sources d’information crédibles non inféodées à des lobbies politiques ou économiques. Deux exemples parmi d’autres car financés uniquement par le don de leurs adhérents et lecteurs : Reporterre et Bon Pote. Apprendre aussi à diversifier ses sources pour préserver un esprit critique au sens de développer des convictions fondées sur des faits et des constats avérés.
Concernant les sources inspirantes, en dehors des sources d’information, il me parait important de repérer pour chacun ses acteurs vivants ou spirituels qui nous donnent le punch, la vitalité pour avancer dans ce changement. Pour ma part, je pourrais citer en particulier Michel Maxime Egger ( que j’ai rencontré), sociologue suisse, écothéologien et auteur de plusieurs ouvrages dont « sortir du consumérisme ». Je suis souvent « régénéré » quand je me reconnecte à ses vidéos en écoutant ses paroles sur un ton calme, chaleureux, vivant et son regard clair. Il m’inspire pour garder Espérance et lucidité en même temps. Je pourrais aussi citer Thérèse de Lisieux et sa petite voie qui me console quand je mesure ma fragilité de terrien et qui m’encourage dans mes petits pas.
Question : quelles sont mes sources d’inspiration?
Chemin 2 : rester connecté régulièrement à la nature, enraciné dans la gratitude du vivant
Robert Greenway, éco psychologue américain :
« Sans lien intime avec la nature, l’homme devient malade »
La pandémie de la COVID 19 a bien confirmé ce besoin, ce désir inné de nature chez l’homme qui en a été privé par la réglementation du confinement. Les enfants qui ont eu la chance de vivre régulièrement au contact de la nature préservent cette sensibilité à l’âge adulte. Cette connexion produit gratitude, respect et contemplation. Concrètement, c’est trouver son espace OASIS dans une forêt, un jardin public ou chez soi si vous disposez d’un coin de nature C’est un lieu dans lequel je me sens bien, détendu, apaisé sans chercher à faire quelque chose.
Question : Si je me reconnais un espace OASIS, où est -il ?
Chemin 3 : Se questionner sur ses vrais besoins pour résister au conditionnement de l’hyper consommation
C’est l’essence du chemin proposé depuis plusieurs années par Pierre Rabhi, agro écologiste, conférencier de renommée, écrivain notamment du « best-seller » « Vers une sobriété heureuse » . Pour sortir de l’hyperconsommation qui nous conditionne, c’est faire le choix en conscience d’une sobriété. Cette sobriété nous ouvre à une autre abondance, celle de l’être, de la relation. « Moins de biens pour plus de liens. »
Exemple d’application pratique. Avant un achat, prendre le temps de discerner à partir des 3 questions consécutives suivantes :
1 Est-ce que j’en ai besoin ?
2 Est-ce que j’en ai vraiment besoin ?
3 Est-ce que j’en ai besoin maintenant ?
Si je réponds non à une des questions, je peux alors renoncer à cet achat avec lucidité.
Ex : notamment dans les périodes de plus en plus fréquentes de solde, de black Friday…
Question :
Avez-vous déjà expérimenté la tentation d’un achat important et y renoncer avec lucidité ?
(1) voir article sur ce blog https://mister-aidant.over-blog.com/2019/07/joanna-macy-trois-scenarios-pour-le-futur-a-vous-de-choisir.html
L’art de bien vieillir pour les babyboomeurs
L’art de bien vieillir pour les babyboomeurs
Les babyboomeurs nées dans l’après-guerre dans une période de grande fécondité et les plus de 60 ans devenus les papy-boomeurs sont en 2025 plus de 19 millions pour une population française de 68,4 millions ( recensement INSEE 2024) et représentent ainsi plus du quart de la population ( 27,7%). Parmi eux, le nombre de centenaires ne cesse de progresser : 1000 en 1970 et plus de 31 000 recensés au 1er janvier 2024. Ainsi, parmi les personnalités marquantes : l’académicien François Cheng a plus de 96 ans et le sociologue, auteur de la complexité, Edgard Morin, né en 1921 a dépassé le cap des 104 ans et a produit encore des ouvrages au-delà de son centenaire. Aussi la préoccupation du « bien vieillir » ne peut plus être mise de côté dans la prise en considération du bien être globale de la population. Dans cet article, je m’inspire largement de la psychologue Marie De Hennezel (1) et de sa longue expérience auprès des vieux, comme elle aime les appeler avec respect, à travers son travail d’accompagnante en soins palliatifs et au sein de séminaires pour des retraités et intitulés « l’art de bien vieillir ». Aussi, je propose de mettre en lumière quatre mouvements ou questionnements à l’usage des séniors dont je fais partie et des plus âgés.
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Mouvement un : se mettre au clair avec la mort. Il s’agit de sortir du déni de la mort pour mieux goûter le sens de notre propre vie, comme un passage à durée limitée. Ce n’est pas seulement anticiper une succession, une transmission de patrimoine, c’est surtout se reposer la question du sens du reste de ma vie sachant que le terme se rapproche. François Cheng, très branché sur cette dimension nous le rappelle : « C’est la Mort qui fait que la Vie est vie, en nous poussant vers l’urgence de vivre, en vue d’une forme d’accomplissement, ou de sublimes dépassements… Elle se révèle ainsi le moteur le plus dynamique de ce que nous faisons. »(2). Certes, les peurs resurgissent très vite dès que le mot « mort » est prononcé : peur de la souffrance, peur d’incapacité grave menant vers la fin, peur d’être placé sans son accord dans un EHPAD , peur de ce qui va se passer finalement et qui renvoie à l’inconnu... Ceci étant, des anciens nous ouvrent une autre perspective comme Stéphane Hessel (3), à 95 ans avant son décès : « J’attends la mort avec gourmandise. Lorsque la mort viendra, je l’attendrai avec un sentiment un peu personnel…Ce « quelque chose » excite ma curiosité » Se faire une idée de la mort, une représentation qui peut être liée aussi à ses croyances religieuses ou philosophiques. Enfin, Marie de Hennezel souligne que « les personnes qui ont mis de côté la question de la mort vieillissent mal ». Et il apparait important, en fin de vie, de bien connaitre le cadre réglementaire et qui fait obligation en particulier au médecin de soulager au risque d’écourter la vie, si les douleurs sont « réfractaires, de faire dormir avant de mourir (appelé sédation) si la personne le demande. Actuellement, le droit à l’aide à mourir fait l’objet d’un projet de loi en attente de validation par le Sénat (4). Se mettre au clair peut aussi donner lieu à écrire la manière dont chacun aimerait que se déroule le « dernier au revoir » dans un funérarium ou dans un cimetière.
Mouvement deux : s’alléger pour vivre plus simplement. Il est intéressant de constater que des anciens qui sont restés dans la même maison quasiment toute leur vie, accumulent des biens, des meubles, des outils, des cadres, des ustensiles, etc qui ne leur servent plus et qui n’ont pas été donnés ni détruits. Dominique Loreau, française inspirée du Japon, dans son livre « l’art de l’essentiel. », souligne que tout ce « trop » accumulé n’affecte pas seulement nos vies, nos émotions mais aussi notre mental. « Plus on se désencombre, plus on prend conscience de tout ce qui est inutile… » Et quand nous dépassons le cap des 60 ans, que nous quittons la vie professionnelle, nous mesurons tout ce qui peut être donné, échangé, ou encore éliminé. Quel soulagement quand j’ai pu me débarrasser d’un paperboard de formateur que j’ai donné avec plaisir à une association que je connaissais bien ! S’alléger pour vivre plus simplement peut aussi signifier contribuer par la réduction de son empreinte carbone à limiter « la casse » pour les futures générations qui seront fortement impactées par le réchauffement climatique en cours. Une vie plus simple, sans grand déplacement touristique aux quatre coins de la planète, peut aussi inviter au voyage intérieur, à vivre plus avec soi sans nécessairement être constamment dans le contact social permanent. Je ne nie pas le risque d’isolement pour des personnes âgées, je partage plutôt le point de vue de Christian Bobin, écrivain de l’instant présent, qui aimait à vivre aussi en lien avec la nature, dans un petit village près du Creusot, sans chercher constamment un échange avec autrui.
Mouvement trois : rester dans l’exploration et l’apprentissage. Certes, ces mots peuvent davantage évoquer le petit enfant qui découvre son premier univers, le bruit d’un aspirateur, le jeu des boutons de lumière et qui explore à quatre pattes son lieu de vie. Or, le vieillissement n’est il pas aussi un retour à l’enfant intérieur qui sommeille en nous, qui a pu être maltraité, oublié, souffrant dans une carapace protectrice d’adulte pensant ? Par ailleurs, les neurosciences ont montré que le cerveau humain continue à produire des cellules nerveuses, des neurones à condition d’être stimulé. Nous sommes « programmés » biologiquement pour apprendre, pour continuer à découvrir des connaissances nouvelles. Des personnes âgées qui veulent apprendre un instrument de musique, une langue étrangère, ou encore suivre des cours de géopolitique à l’université du temps libre est un beau signe de vitalité. Explorer, c’est aussi faire le point dans son mode de fonctionnement d’humain, dans ses rancunes, ses ressassements, ses refoulements, ses colères rentrées… encore bien tapis au fond de notre conscience. Aujourd’hui plus que hier, des anciens vont consulter des psychologues pour traiter des traumas restés encore douloureux liés à l’enfance ou à l’adolescence. Pardonner de manière sincère sans minimiser l’acte négatif qui a été commis à notre encontre est aussi un chemin de purification, vers la paix à l’intérieur de soi. Les processus existent dans le monde laïc ( au-delà du sacrement de réconciliation reconnu dans l’Eglise catholique) comme les cercles de pardon (5) initiés par Olivier Clerc ou encore Ho’oponopono, inspiré d’une sagesse hawaïenne et diffusé en particulier par Maria Elisa Hurtado (6). Ce troisième mouvement offre, à l’inverse du repliement sur soi, une ouverture sur des activités nouvelles, une autre façon de gérer le temps, parfois plus dans la lenteur, et une ouverture du cœur dans le lien avec les autres.
Mouvement quatre : le désir de transmettre. Quand nous avançons en âge, nous sommes enclins à nous poser plus fréquemment la question : qu’est-ce que je vais laisser sur cette terre ? Si nous avons des petits-enfants, que leur transmettre ? Marie De Hennezel nous rappelle que les personnes âgées, les vieux, ont compris qu’il n’y a rien à transmettre aux jeunes générations…sauf à donner soi-même l’exemple par sa propre vie et non des leçons de morale. Elle relate le témoignage d’un homme de 90 ans qui avait reçu un appel désespéré de son petit fils de 16 ans prêt à se suicider après une rupture amoureuse. Réponse de cet homme : « Tu traverses la première grande épreuve de ta vie…Que puis-je te dire ? Ce que j’ai appris moi-même en vivant mes propres épreuves : on traverse, on avance, et en traversant, on découvre en soi, au fond de soi, des forces qu’on n’aurait pas imaginées. » Par cette parole, cet homme invitait avec humilité son petit fils à faire confiance à la Vie au-delà de l’épreuve du moment. En ce monde chaotique, incertain, cette transmission avec humilité de la Confiance en la vie est certainement un des cadeaux les plus précieux de la génération des papy-boomeurs aux jeunes générations.
Et j’aime à clôturer cet article par la conviction forte d’une femme et écrivaine de 90 ans, Paule Giron (7) : « La longévité nous invite à redécouvrir que vieillir n’est pas finir avec la vie, mais devenir, devenir, devenir : plus ouverts, mieux aimants, plus intelligents que ce que la vie stressée nous a permis d’être. »
Nous sommes tous, dans l’avancée de l’âge, invités à ce voyage passant davantage du faire à l’être, du « je dois prouver qui je suis », à « je laisse place à l’émergeant », du nez sur le guidon…au temps de la lenteur, de la contemplation de ce qui nous est donné gratuitement chaque jour.
- Marie De Hennezel : « L’aventure de vieillir- Et si avancer dans l’âge était un voyage ? » ;2022.
2. François Cheng : « Une nuit au cap de la Chèvre » ; 2025
- Stéphane Hessel (1917-2013), résistant durant la deuxième guerre mondiale, diplomate, et auteur en 2010 du best seller international : « Indignez-vous ! »
- Projet de loi relatif à l’accompagnement des malades et de la fin de la vie validé par l’assemblée nationale et en attente de la validation par le Sénat au moment de la rédaction de cet article.
- site cercles de pardon
- interview de Maria Elisa Hurtado et Jean Graciet par Lilou « Comment vivre le Ho'oponopono au quotidien »
7 Paule Giron, journaliste retraitée et écrivaine, « Vieillesse oblige » ; 2021.
MARCHER POUR SE REGENERER
Marcher pour se régénérer
Nous marchons bien souvent sans nous rappeler que nous marchons comme un geste automatisé depuis notre enfance. Marcher pour aller à son lieu de travail, marcher pour faire ses courses, marcher pour prendre son train…Bref, nous marchons sans conscience de la marche. Or, dans l’évolution de la chaine évolutionniste, nous nous sommes redressés pour devenir homo erectus, l’homme debout. Un ancêtre qui devait sans doute être plus attentif que nous vis-à-vis de ses sensations proprioceptives et d’un sol pas forcément hospitalier.
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Depuis quelques années, avec l’engouement montant pour les bains de forêt venus du Japon ( Shirin Yoku) , les marches de pleine conscience initiées notamment par le moine vietnamien Thich Nhat Hanh ( cf article sur mon blog ), nous redécouvrons ce qui peut s’appeler la marche sensorielle. De quoi s’agit-il ?
Concrètement, quand j’anime un bain de forêt, j’invite les participants à quitter « leur cerveau », leur mental pour placer toute leur attention dans leurs pieds et sentir les diverses textures du sol, terreux, herbeux, pierreux, ou sablonneux... Qu’est-ce que cela produit ? Une reconnexion à l’instant, à l’ici et maintenant, et une distanciation avec son sac à dos de soucis et d’inquiétudes. Ainsi, sans accessoire particulier, nous avons la possibilité de cette déconnexion amplifiée d’autant plus si elle est vécue dans un espace arboré ou forestier. En effet, les arbres secrètent des phytoncides, molécules biosynthétisées qui, inhalées par nos voies respiratoires, réduisent notre taux de cortisol, hormone du stress. Et j’observe chez les participants bien souvent un ralentissement de la marche. Une marche plus lente, plus consciente.
Récemment, dans le cadre d’une formation à laquelle j’ai participé et intitulée « formation au coaching et à l’accompagnement par la marche » (1), j’ai vraiment encore mieux mesuré l’impact d’une marche consciente dans une forêt du Vercors, au-dessus du col de la machine. Un exercice parmi d’autres proposé par le duo expert et passionné, Philippe Baran et Stéphane Béguier. En duo, un participant avait les yeux bandés et son partenaire, en silence, devait le guider sur un chemin forestier avec d’un côté un ravin et de l’autre, un talus. Ma partenaire me touchait l’épaule uniquement quand je partais trop vers le ravin ou vers le talus. Peu à peu, je suis passé d’une marche mains devant par peur des obstacles et pas hésitant à une marche plus engagée sans mains devant moi. Je faisais de plus en plus confiance non pas à mon cerveau privé de vue mais à mes sens, mes pieds, les ombres et lumières à travers le bandeau noir sur mes yeux. Ma partenaire avisée m’a même laissé un peu m’éloigner sur le talus sans risque. Expérience signifiante : quand je suis connecté à mes pieds, à mes sens, j’augmente une forme de confiance en moi très jouissive. Or, c’est bien souvent notre mental, nos ruminations, nos peurs irrationnelles qui font obstacle à cette confiance en soi.
Enfin, la marche en plein air qui nous ramène à nos origines, a bien d’autres vertus comme le rapporte Sylvie Chokron, directrice de recherche au CNRS et neuropsychologue en faisant référence à des études et recherches récentes conduites aux Etats Unis (2). La marche de plein air (hors site urbain) augmente de manière significative nos capacités cognitives. En particulier, des chercheurs de l’université de Stanford, à partir d’un groupe témoin, ont démontré que nous gagnons en créativité en marchant à l’extérieur. Une étude conduite par une équipe de l’université du Michigan a confirmé que la marche dans la nature augmentait la capacité de mémorisation ainsi qu’un état d’esprit plus positif. Enfin l’Université de Stanford avec l’équipe de Gregory Batman, a constaté chez les marcheurs dans la nature, une réduction notoire de l’anxiété, de la rumination mentale corrélées à une baisse d’activité du cortex préfrontal.
Si ces données objectivées par les recherches scientifiques étaient réellement prises en considération dans le monde du travail, il est clair que nous serions plus nombreux à :
- Marcher régulièrement (au moins toutes les heures) au lieu de restés « scotchés » pour un certain nombre à un ordinateur du matin au soir, et même manger devant l’ordinateur !
- Faire des pauses au vert à côté de son lieu de travail pour respirer et marcher
- Pratiquer des réunions courtes en marchant ; réaliser des entretiens d’embauche, d’évaluation annuelle en marchant, des bilatérales entre chef et adjoint en marchant, etc…
- Vivre périodiquement des séminaires d’entreprise dans un espace vert arboré avec des propositions de marche sensorielle et d’activité simple de pleine nature.
Et en matière de conception des futurs espaces de travail, remettre la nature au cœur avec une entrée embellie avec des plantes, un espace détente avec des arbres et des bureaux nourris par des ficus par exemple. Sans vouloir le paradis immédiatement sur terre, imaginons des forêts urbaines au cœur des grandes villes…comme celle implantée récemment devant l’hôtel de ville de Paris.
Je marche, tu marches, nous marchons. Sortir des expressions souvent entendues dans un monde chaotique, « nous marchons sur la tête », ce qui en soi est très compliqué et pas du tout durable ! Et oser marcher en conscience. Comme le suggérait le moine et homme de sagesse Thich Nhat Hanh, sur le trajet quotidien entre domicile et travail, quitter sa voiture, son bus, son tram, son train, son scooter, son vélo ou encore sa trottinette et marcher…en mettant toute son attention dans ses pieds ! Un exercice qui régénère sans coût.
- In dossier de la revue Sciences humaines numéro 79 été 2025 ; https://boutique.scienceshumaines.com/
Cherche relayeurs d'Espérance dans un monde chaotique
Un constat : c’est le quatrième article (1) que je vous partage sur le thème de l’Espérance, signe des temps ?
Oui, pour plusieurs raisons me semble-t-il.
La stabilité d’hier y compris pour notre petit hexagone français n’est plus. Nous nous savons vulnérables à des épidémies comme le covid de 2020. Notre régime politique en crise en recherche d’un gouvernement stable depuis plusieurs mois inquiète tout à la fois qu’il exaspère les citoyens et le dérèglement climatique en phase crescendo est générateur de plus d’incendies, d’inondations, de sécheresse durable ou de canicule longue sur les régions méridionales avec une « forme d’insuffisance d’agir » des acteurs politiques et économiques à quelques exceptions près. Sans parler bien sûr de risque de guerre avec deux dictateurs « sans état d’âme » qui « encadrent » l’Europe, à l’est, Vladimir Poutine, président de la Russie et à l’ouest, Donald Trump, président des Etats-Unis.
Comment rallumer la flamme de l’Espérance
dans un tel contexte noir ou gris sans passer pour un idéaliste naïf ?
Soyons donc précis sur la terminologie. L’espérance n’est pas l’espoir. J’ai l’espoir de réussir ce projet, d’obtenir telle promotion professionnelle, ou encore de gagner telle compétition. Là, il s’agit d’un vœu d’anticipation qui peut ou non se réaliser.
Qu’est-ce que l’Espérance ? Un certain nombre d’auteurs se sont essayés de la définir. Je n’ai pas la prétention de réaliser un tour exhaustif. Je veux simplement citer trois auteurs inspirés : Andrée Chedid, Georges Bernanos et plus récemment le théologien William Clapier.
Andrée Chedid, poétesse égypto-franco libanaise (1920-2011) : Dans son poème plein d’énergie et même de provocation.
J’ai ancré l’espérance aux racines de la vie.
Face aux ténèbres j’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux à la lisière des nuits.
Elle oppose très clairement la lumière de l’Espérance aux ténèbres, à la nuit et relie l’Espérance à la vie.
Georges Bernanos, écrivain d’inspiration catholique (1888-1948) :
Pour rencontrer l'Espérance, il faut être allé au-delà du désespoir.
Quand on va jusqu'au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore.
Il évoque une Espérance radicale. C’est à partir du désespoir, du fond du trou que chacun pourrait entrevoir un soleil et sortir de la nuit. Faut-il vraiment toucher le fond du fond pour connaitre l’Espérance ?
A l’occasion d’un week-end de méditants sur le thème de l’Espérance en 2025, William Clapier, 66 ans, théologien très engagé dans l’écologie évoque les chemins de l’Espérance que chacun est invité à emprunter. En reprenant le magnifique texte de Charles Péguy, l’espérance, sœur de la foi et de la charité, avec une belle métaphore, il souligne que la petite sœur au milieu des deux grandes ne se laisse pas porter par elles mais au contraire c’est elle qui les entraine. Il souligne aussi un mouvement intérieur à chacun nécessaire pour vivre l’Espérance : descendre au fond de soi pour se relier à l’autre et se « sur centrer » sur plus grand que soi que certains peuvent appeler Dieu par rapport à leur religion.
Pour ma part, éclairé par ces écrivains, je m’accroche à plusieurs pétales rayonnant l’Espérance :
L’espérance est une lumière qui nous guide dans la traversée de nos « tunnels », une lumière qui peut soutenir notre persévérance pour avancer au-delà de nos découragements. C’est à la fois croire intimement qu’il y a bien un soleil au bout de chaque tunnel traversé et se donner les moyens de sortir du tunnel pour retrouver la lumière.
L’espérance est un combat pour la vie, pour rester vivant et chercher en toute circonstance cette vie qui bat. Ainsi, ma petite fille Loréa , un an, qui vient se câliner spontanément près de moi avec son grand sourire autour de ses beaux yeux bleus, est un beau signe d’Espérance.
L’espérance mérite de s’allier à la lucidité sur le monde. Ok, il y a toutes ces noirceurs, ces cavaliers noirs, ces zones de néant, de violence, d’incertitudée, comme l’écrit Christian Bobin, mais il y a aussi toute la beauté créative de l’être humain avec nos musiciens, nos orchestres, nos chorales, nos chanteurs, nos artistes, nos poètes…Bref, il reste la beauté du monde qui est partout à condition de la chercher, comme l’affirmait sereinement François Cheng, interviewé par François Busnel dans l’émission télévisuelle, La Grande Librairie :
« La beauté n'est pas un simple ornement. La beauté, c'est un signe par lequel la création nous signifie que la vie a un sens. Avec la beauté, on a compris tout d'un coup que l'univers vivant n'est pas une énorme entité neutre et indifférenciée, qu'il est mû par une intentionnalité…La présence de la beauté est partout. Une simple fleur est un miracle. Pourquoi une fleur, qui s'épanouit en pétales, atteint ce degré de perfection, de forme et de couleur ? De cela, on ne s'étonne jamais assez."
Enfin, l’Espérance n’est pas portée seul dans son petit coin, dans son petit confort égocentrique. Elle ne peut se déployer qu’au contact d’autres, dans la contagion d’un groupe, dans le collectif.
Ainsi, dans ce monde chaotique, expression que j’emprunte à William Clapier, il est urgent d’identifier et de chercher des relayeurs d’espérance, porteurs de cette flamme qui n’est pas olympique mais qui a la grande vertu d’être durable, au-delà des ténèbres, des découragements temporaires, des brouillards ou encore des tempêtes.
Et si nous devenions, par notre posture, par nos mots, par notre regard, nos actes humbles,
ces relayeurs d’Espérance ?
Oui, tout est possible demain dans l’ouverture du cœur, dans l’accueil de l’inattendu
et dans la gratitude de ce qui nous est donné chaque jour.
- Les 3 articles précédents :
Loin de la fin du monde, la force d’Espérance :
https://mister-aidant.over-blog.com/search/georges%20bernanos/
Bonne nouvelle pour sortir des incertitudes polluantes
https://mister-aidant.over-blog.com/search/esp%C3%A9rance%20chedid/
L’espérance et le morceau de chocolat
https://mister-aidant.over-blog.com/2025/01/l-esperance-et-le-morceau-de-chocolat.html
Le petit train jaune des pyrénées ou un autre monde est possible.
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Le petit train jaune des Pyrénées
ou un autre monde est possible (1)
Ayant emprunté cet été ce petit train à Montlouis, village pyrénéen oriental, nous descendons le long de la montagne, en passant un viaduc en direction de Villefranche de Conflent. C’est un train à vocation touristique auquel sont très attachés les pyrénéens. Il est de couleur jaune. Et nous nous retrouvons dans un petit compartiment à l’ancienne avec la possibilité de baisser avec une manivelle la vitre. L’allure reste modeste avec une moyenne de 30 km/h et avec le passage de 19 tunnels. A mi-parcours, le train s’immobilise soudain. Le jeune conducteur descend sur le quai et nous descendons aussi. Il explique calmement que c’est une barrière qui ne s’est pas fermée automatiquement qui bloque le train. Tous les autres passagers descendent aussi sous un beau soleil. Pas de panique, pas d’excitation, pas de crispation, pas de tension ! Les visages se sourient et nous échangeons tranquillement avec le conducteur sur la beauté de ce petit train jaune et son histoire. Après près d'une demi-heure d'attente, le petit train redémarre avec tout ce petit monde dans la bonne humeur.
Imaginer la même situation sur une ligne TGV classique : personne ne descend, sécurité oblige, les professionnels commencent à s’impatienter avec la crainte de ne pas arriver à l’heure à leurs rendez-vous. Les râleurs râlent une nouvelle fois contre décidément la SNCF qui n’assure pas son service correctement. Et l’ambiance tourne au vinaigre au fil du temps d’attente indéterminé.
Or, qu’est ce qui fait finalement la différence entre le petit train jaune
et le TGV arrêté et surtout la différence de comportements humains ?
Réponse pour ma part : le rapport au temps. Dans notre petit train, nous n’avions aucun impératif d’arriver à une heure précise. Nous avons pris le temps de goûter le paysage fabuleux de la montagne pyrénéenne avec ses villages traversés au nom pittoresque comme Olette Canaveilles les Bains. Personne n’avait la pression y compris le conducteur. Par contraste, je mesure combien notre société reste sous pression, sous le conditionnement du chronomètre et déjà chacun cherche à anticiper ce qui est à prévoir à l’arrivée du train. A bord du petit train jaune, une seule préoccupation : profiter avec les yeux de ce qui s’offre dans l’instant et accueillir les surprises y compris les arrêts inopinés. Nous sommes ainsi passés du temps chronos, celui des horloges qui égrènent le temps…au temps kairos. C’est celui de l’ouverture à l’opportunité du moment. Savoir saisir ce qui se vit maintenant sans spéculation sur le futur. Nous n’avions aucune idée du temps d’arrêt du petit train mais nous étions dans la confiance. Quelle leçon en tirer ? Peut-être, prendre le temps chaque jour de stopper la « machine à décompter le temps » pour savourer avec soi-même, ses sens ce qui se joue devant soi. En l’occurrence, créer un lien inattendu de proximité bienveillante avec un conducteur de train.
Et si nous reprenions le pouvoir sur nos rythmes quotidiens souvent malmenés pour introduire
des temps d’arrêt, des temps de pause ?
"Dès que le temps de travail quotidien atteint six heures, le salarié bénéficie d'un temps de pause d'une durée minimale de vingt minutes consécutives". (Article L3121-16 du Code du travail ).
Dans son milieu de travail, s’interroger sur la réalité de sa pause : effective ou pas ? manière de faire : pause cigarette, pause toilette, pause machine à cafés, pause nature, pause copains, pause blablabla ou encore pause silence, etc...est un premier pas pour trouver une manière à soi de faire rupture avec le conditionnement chronos. Ce mouvement est souvent qualité de slow comme ralentir. Un petit exercice intéressant est votre manière de franchir une porte . La passer vite, en la claquant ou au contraire comme le suggère un praticien de la méthode Vittoz (2), avec toute la conscience attachée au geste y compris en sentant le courant d’air crée. Oui, il s’agit bien de conscience de l’acte de ralentir pour se faire du bien.
Le petit train arrive à son terminus. Pas de bousculade. Nous traversons même les voies à pied sans sous terrain. Un autre monde est possible.
- Allusion au titre du livre écrit par le collapsologue, Pablo Servigne avec Gauthier Chapelle et Raphael Stevens : « Une autre fin du monde est possible »
- Méthode de rééducation psychosensorielle du cerveau innovante au début du XXème siècle et mise au point par un médecin suisse, le docteur Vittoz.