Un monde en quête de sagesse ; épisode 4
Thérèse ou la plénitude d’amour dans la fragilité
Thérèse (1873-1897) est décédée à 24 ans après plusieurs mois de souffrance liée à une pneumonie dans un anonymat presque total. Aujourd’hui, l’ouvrage posthume « histoire d’une âme » s’est vendu à plus de 500 millions d’exemplaires dans le monde. Depuis plus d’un siècle, des millions de personnes du monde entier se sont rendus dans la petite ville de Lisieux en Normandie pour lui rendre grâce, la remercier dans la basilique qui lui est dédiée. Et même des miracles lui sont attribués et elle a été béatifiée, reconnue sainte par l’Eglise catholique. Edith Piaf sera guérie mystérieusement d’une cataracte des yeux suite à un pèlerinage en terre normande. Plus récemment, la chanteuse québéçoise, Natacha Saint Pierre (1) a repris ses poèmes comme vivre d’amour et les a mis en musique avec un impact fort auprès du public de ses concerts. Comment cette jeune femme, ayant passé près 9 ans cloîtrée au carmel de Lisieux à partir de l’âge de 15 ans, attire t’elle encore autant de personnes croyantes et non croyantes à travers le monde ?
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Les ouvrages et les études dites thérésiennes ne manquent pas sur le sujet. Aussi, je vais simplement me risquer à une analyse toute personnelle et qui montre aussi comment elle me touche directement dans sa sagesse de l’amour totalement donné. D’abord, Thérèse incarne une vie simple, sobre pour ne pas dire « dépouillée » : pas d’excentricité notoire, de fait remarquable durant sa vie dans un XIXème siècle rude pour la vie de moniale. Elle n’est pas reconnue comme une intellectuelle de la foi, telle la fondatrice des carmels, Sainte Thérèse d’Avila. Sa fragilité à la fois physique dès sa naissance et psychologique avec une hypersensibilité durant l’enfance ( décès de sa Maman à 4 ans et puis départ pour le carmel de sa seconde maman Pauline sa sœur, à l’âge de 9 ans) nous la rend proche, accessible.
Comment s’incarne cette sagesse d’amour qu’elle a mûri de manière très rapide dans sa courte existence terrestre ?
Même si des auteurs très amoureux de Thérèse comme le poète québécois Jacques Gauthier se sentent inspirés pour reconnaitre une dizaine d’attitudes intérieures inspirantes de Thérèse, je me contenterai, pour rester dans une première approche accessible à un lecteur croyant ou non qui la découvre par cet écrit à préciser trois mouvements d’âme de Thérèse qui peuvent nous rejoindre. Elle les rassemble à la fin de sa vie dans ce qu’elle nomme la petite voie.
Premier mouvement : tout remettre à Dieu et s’en remettre à lui pour « objectiver toute situation » ( cf Père Victor Sion « réalisme spirituel de Thérèse de Lisieux »).Thérèse, par la prière, comprend que sa tristesse suite à sa vocation d’entrer au carmel retardée ( elle avait manifesté le désir d’entrer à 14 ans, âge non autorisé) vient d’abord de son amour propre blessé. Elle explique à ses sœurs novices, faisant l’apprentissage de cette vie donnée, l’importance de ne ni dramatiser une situation, ni se mettre en vedette. Ce réflexe thérésien peut nous rejoindre quand nous sommes submergés par la vague d’une souffrance, d’une tempête sur laquelle nous n’avons pas de prise, pas de contrôle. Tomber dans l’impuissance, la colère, peut être ou encore s’en remettre directement à plus grand que soi, à Dieu pour des croyants…
Deuxième mouvement : Oser l’abandon confiant dans les bras de Jésus
Cet élan que Thérèse va cultiver durant toute sa vie de moniale lui vient de sa croyance totale dans l’amour miséricordieux de Dieu. « Je ne me fais pas de peine en voyant que je suis la faiblesse même. Au contraire c’est en elle que je me glorifie et je m’attends chaque jour à découvrir en moi de nouvelles imperfections…Je l’avoue, ces lumières sur mon néant me font plus de bien que des lumières sur la foi ». Dans un monde qui brille par certains égos surmédiatisés ( président Trump aux Etats Unis, célébrités du show biz, hommes politiques…), quel rafraîchissement de se dire que la faiblesse peut être une force. Oser reconnaitre sans se culpabiliser, sans se flageller non plus, sa fragilité dans telle situation, est un magnifique pas libérateur pour soi.
Troisième mouvement : vivre chaque jour, attentif aux petites choses et les vivre avec amour. Le Père Patrick Lemoine, « amoureux » et érudit de Sainte Thérèse témoigne de l’amour fou de Thérèse pour Jésus . Il cite Sainte Thérèse qui écrit : « ramasser une épingle avec amour peut convertir une âme »… quel mystère ! ». En langage du XXIème siècle, c’est toute l’attention aux petites choses du quotidien : le regard bienveillant de ses voisins, le sourire d’une boulangère, un beau paysage sur un parcours professionnel, une rencontre inattendue et ressourçante,…bref des petits riens qui pourraient passés inaperçus et qui colorent notre quotidien. Les petites actions de chaque jour vécus par amour peuvent contribuer à nous relier à plus grand que nous. A la suite de cette petite voie, des écrivains, des hommes et des femmes l’ont suivi à leur manière. Ainsi, Georges Bernanos, écrivain du XXème siècle, écrivait : « Les petites choses n’ont l’air de rien mais elles donnent la paix ».
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En cette période troublée par la crise sanitaire doublée d’une crise économique pour beaucoup, après le vécu d’un confinement national, j’ai la conviction que cette petite Thérèse travaille là où elle est comme elle l’avait annoncée peu de temps avant sa mort : « Je veux passer ma vie au ciel à faire du bien sur la terre. ». Pour ceux et celles qui se sont sentis appelés, prier Sainte Thérèse s’est souvent révélé comme un déclic à l’occasion d’un moment de doute, de détresse, de remise en question. Pour tous, elle nous encourage à aller puiser dans notre cœur d’enfant, à le réveiller pour lâcher notre « sphère mentale » parfois emprisonnante » et retrouver le goût d’une vie simple, sans artifice, donnée et aimantée par le seul désir d’amour ou d’empathie. « Vivre d'Amour, c'est naviguer sans cesse, semant la paix, la joie dans tous les cœurs Pilote Aimé, la Charité me presse Car je te vois dans les âmes mes sœurs » (extrait du poème vivre d’amour).
La bonne nouvelle ? Cette sagesse, cette petite voie, chacun peut l’emprunter avec son cœur d’enfant comme s’il cherchait à franchir la première marche d’un escalier pour un enfant. Il va trébucher, peut être tomber. Mais au fond de lui, il sait que son père ou sa mère seront là pour l’aider à aller jusqu’au bout. Belle certitude au cœur d’un monde d’incertitudes !
(1) Vivre d’amour chanté par Natacha Saint Pierre en duo avec Anggun
Un monde en quête de sagesse; épisode 3
Un bain de forêt… pour retrouver sa source.
A l’orée de la forêt, ce matin, Serge nous propose une pause avant d’aller plus loin : « Nous quittons un monde, le monde de kronos, du temps social pour entrer dans un autre temps, un autre monde où je vous inviterai tout à l’heure à quitter tous vos objets connectés… »
Et soudain, je prends conscience que l’expérience que je vais vivre sort de l’ordinaire de ma vie souvent pressurée par le temps, les objectifs à atteindre ou encore la recherche d’efficacité.
Oui, j’ai choisi à 60 ans et c’est un cadeau de mon épouse, Marie Claire, de vivre un bain de forêt et ce que les Japonais ont initié depuis des siècles et qu’ils nomment shinrin yoku. Durant deux jours au cœur d’une forêt avec nuit sous tente individuelle et au sein d’un groupe de sept participants venus de France et de Suisse, un guide formé à la sylvothérapie, Serge (1) va nous inviter à vivre des moments particuliers au cœur de cette forêt dont il se perçoit comme le gérant (alors qu’il en est le propriétaire !) au milieu des autres êtres vivants que sont les arbres, les plantes ou encore les animaux dont de nombreux chevreuils. Sa voix douce intérieure et sa simplicité de parole me touchent.

Symboliquement, Serge nous demande de lui confier nos objets connectés, smartphone, montre, ou encore clé de voiture qu’il glisse dans un petit sac. Il nous propose de vivre cet acte de manière consciente. C’est le point de départ avec l’invitation à formuler pour soi une intention pour ces deux jours après un temps où chacun est allé choisir un être de la forêt, arbre, arbuste, plante, ou un espace de forêt qui l’a attiré et lui a permis de se connecter à cette intention.
Plus tard, nous nous retrouvons en cercle de parole sur des couvertures posées sur la terre pour partager simplement, en confiance, chacun à notre tour, notre intention. Ce rituel du cercle de partage régulièrement proposé par Serge dans des lieux différents, sur un cercle de rondins de bois servant de chaise, une autre fois debout au milieu d’un sentier, m’est apparu comme un espace collectif miroir vraiment porteur de message pour soi, parfois délivré par les autres. Car le bain de forêt reste une expérience de dialogue avec soi-même en profondeur sans possibilité de fuir derrière l’écran d’un smartphone, d’un ordinateur, d’un journal ou d’une tâche quelconque. Ainsi, Serge, à travers ses « invitations », nous a offert cette possibilité de revenir à une relation vivante avec la forêt et ses êtres vivants à partir de nos sens : la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat, le toucher, la proprioception et même l’imagination.
Quelques morceaux choisis de ces invitations à la connexion par les sens.
Voilà notre groupe, après un petit parcours forestier, posté devant un grand et magnifique hêtre survolant ses congénères. «En silence, regardez-le , observer le depuis les racines, le tronc, le houppier, faites en le tour. Et puis, je vous invite à trouver 3 caractéristiques pour cet arbre, les vôtres. ». Tout en silence, nous sommes avec le grand hêtre droit, tacheté de blanc, majestueux. Retour au cercle de partage où chacun est invité à partager ses trois caractéristiques. Serge souligne à la fin des prises de parole que chacun a trouvé des caractéristiques différentes alors que nous avons observé le même arbre. Et avec un sourire malicieux, il nous délivre le secret de cette expérience :
« Ce que vous avez dit de l’arbre vous concerne directement. Les qualités que vous lui avez prêtées, ce sont les vôtres ! L’arbre est ainsi un miroir de votre être. » Et là, chacun de mesurer que ce simple exercice en apparence nous bouleverse déjà intérieurement.
Après une nuit sous tente où je me suis endormi rapidement, je me réveille tôt, j’ouvre ma tente et je découvre le sous-bois, les arbres, la lumière tamisée venant du ciel comme un espace familier. Une chance, il n’a pratiquement pas plu durant la nuit. Je hume l’odeur de la forêt qui s’éveille. Et soudainement, je ressens un élan à bouger, je lace rapidement mes chaussures et me lance dans un footing joyeux, léger au cœur de la forêt. L’appel de la forêt ? Je ne cherche pas à comprendre, je vis, je suis présent à l’instant.
Le soleil, après une température matinale fraîche de 12 degrés, a finalement pointé son nez. Notre guide usant de peu de mots, imprégné par la forêt nous a rappelé : « Si vous avez à choisir un chemin entre votre tête et vos pieds, choisissez de vous laisser guider par vos pieds ! ». Ce deuxième jour, nous allons vivre une expérience étonnante de land art avec une consigne simple « Choisissez collectivement un lieu dans la forêt et construisez ensemble une création constituée des éléments de la forêt que vous trouverez. » Et il rajoute le sourire en coin : « Je vous propose une contrainte supplémentaire : communiquer entre vous sans utiliser la parole ! ».

Et l’incroyable se produit. Un objet naturel se crée pas à pas dans une atmosphère de belle harmonie, chacun apportant bois, feuilles, mousse ou encore en prêtant son objet fétiche, une belle pierre blanche .
Par un geste un peu rapide, je fais tomber un toit constitué de bois et de mousse et je me vois trouver sereinement une solution avec un long morceau de bois qu’un autre participant m’aide spontanément à bien positionner comme support de charpente. Waouh ! Et au moment du cercle de parole, j’interviens le premier pour dire « Un travail collectif vécu dans l’harmonie sans conflit et sans tension ! » Cette réalité n’est pas si habituelle dans le monde de l’entreprise. Et Serge de donner un avis : « Quand nous sommes reliés par les gestes, le regard, nous sommes reliés par le cœur. La parole a tendance à nous reconnecter au mental, source potentielle d’incompréhension et de tension … »
Quelle heure est-il ? Aucune idée, les repères temporels restent le jour, la nuit et la beauté d’un soleil couchant sur les monts alentour. Bientôt, trop tôt, le moment est venu de clôturer le camp, cette expérience dans laquelle chacun, chacune a reçu des réponses, ou même des « cadeaux » à partir de sa quête ou de son intention du premier jour. Autour de la cérémonie du thé, avec des objet naturels posés au centre du cercle et 9 petites tasses de thé,

Serge , avec des gestes doux et conscients, nous verse le thé issu d’éléments de la forêt : aiguille du pin Douglas, feuille de ronce mûrier et de fleurs d’aubépine. Un délice pour l’odorat et le goût ! 9 tasses et nous sommes 8 ? La neuvième tasse est réservée à la Forêt qui nous a couvé pendant deux jours et une nuit.
Que retenir de cette expérience hors de la vie du quotidien ?
D’abord, j’en garde un souvenir par les sens. J’ai encore la vision du grand hêtre avec ses deux autres congénères dominant ce coin de forêt, un châtaignier trapu et un bouleau tout en finesse. La musique du handpan (2) de Gilles qui a rythmé nos temps collectifs en nous centrant sur l’écoute de ses vibrations chaudes pour l’âme. Et le toucher de cette mousse douce sur des arbres couchés et complétement enrobés. L’émotion m’a parfois submergé sans que je puisse la contrôler. Oui, baigné dans la forêt, lâchant mes compagnons numériques et mes repères habituels, j’ai redécouvert mes vraies racines. J’ai souvent revu en mémoire mes grands-parents, l’un garde forestier, l’autre débardeur vivant dans le Jura. J’ai entendu comme un message de ces ascendants : « Michel, n’oublie pas, tu as un devoir de transmettre, de partager… »
L’appel de la forêt m’a saisi. Je remercie Serge et mes sept compagnons pour cette expérience transformatrice. L’homme peut vivre sans faire tourner le moteur du mental à plein régime. Je peux vivre dans la réceptivité, la contemplation de la nature, des arbres, du sous-bois, ou encore du ciel… Et j’ai en moi gravé cette parole de Robert Greenway (3): « Sans lien intime avec la nature, l’homme devient malade ». Aujourd’hui, j’ai le désir de compléter cette conviction que je partage par :
L’homme, pour rester porteur de vie, de vitalité
a besoin de revenir par ses sens
régulièrement à sa source ,
la nature avec ses êtres vivants.
Michel BERNARD,
coach et formateur en transition verte…
Septembre 2020
- Site : https://entrelesarbres.com/
- handpan, instrument à percussion qui « chante entre ciel et terre »
- Un des premiers pionniers et chercheurs américains de l’écopsychologie dans les années 60.
Un monde en quête de sagesse; épisode 2 : François CHENG , l'écrivain qui touche l'âme
EPISODE 2 : François CHENG, l'écrivain qui touche l'âme.
François Busnel a reçu dans une émission télévisuelle de la "Grande librairie" en janvier 2020 un vieil homme frêle d'apparence, originaire de Chine et devenu une des plus belles plumes de notre poésie française. Cet homme âgé de 91 ans, reçu à l'Académie française, a touché ce soir là un vaste public. Qu'a t'il touché finalement ? De mon point de vue, avec sa manière d'écouter, de prendre le temps, sa recherche du mot juste, son humilité constante ( " si vous permettez, je …") il a touché en direct notre âme, sans artifice, simplement par son état d'être présent.

Extrait de réponses de François CHENG :
Comment allez vous ?
- Autant qu'un vieil homme peut se porter, répond-t'il avec simplicité et tranquillité.
Plus loin, il évoque des changements importants tous les dix ans dans sa vie ( naturalisé français dans les années 1970 , entrée à l'Académie française en 2000) "Depuis, je peux dire que je suis un homme en constante transformation, en constant devenir".
" La vraie joie, c'est lorsqu'on a touché le fond, les abîmes Au delà, il y a cette reconnaissance, cette gratitude envers la vie."
Effectivement, il témoigne d'une vie de souffrance, de trouble pendant plus de 10 ans dans sa vie quand il s'est retrouvé à Paris à partir de 1948 sans connaitre un mot de français !
D'abord, je ne cherche pas la sagesse, la sérénité. Au contraire , il faut se laisser travailler par la souffrance du monde ...et essayer de la transformer, de la transfigurer en lumière qui aide à vivre.
François Busnel : Comment faire au quotidien pour trouver la beauté là où elle est ?
Laisser moi vous dire un peu ce qu'est la beauté brièvement.....La beauté est un signe par lequel la création nous signifie que la vie a du sens…. la beauté est partout. Une simple fleur est un miracle . Pourquoi une fleur qui s'épanouit en pétales atteint ce degré de perfection de forme, de couleur et de parfum ?
A la fois influencé par le taoïsme chinois et converti à la foi catholique dans sa rencontre à Assise avec Saint François d'Assise ( dont il prendra le prénom au moment de sa naturalisation française), il accorde une grande importance à la dimension tertiaire de l'homme : corps, esprit et âme. Or, il constate que notre société moderne oublie souvent l'âme.
Dans son ouvrage poétique " cinq méditations sur la mort...autrement dit sur la vie", il témoigne que nous sommes plutôt invités à réintégrer la mort dans notre vision globale et ainsi envisager la vie à la lumière de notre mort pour vivre plus intensément. Sa jeunesse vécue en Chine depuis 1929 et marqué par des conflits permanents dont la guerre sino-japonaise (1937-1945) l'a fortement touché intimement dans ce qui faisait les simples bonheurs de vivre au quotidien comme boire du lait de soja ou contempler le lever du soleil.
En quoi finalement François CHENG incarne un homme de sagesse ?
Même si lui-même réfute rechercher sagesse et sérénité, il incarne cet homme de persévérance au-delà des épreuves de la vie qui partage ses prises de conscience à travers ses ouvrages et sa poésie sans dogmatisme et mû par un ancrage intérieur spirituel.
Un morceau choisi de son ouvrage de quatrains "Enfin le royaume" , le dernier quatrain sous le titre envoi :
Ne quémande rien. N'attends pas
D'être un jour payé de retour.
Ce que tu donnes trace une voie
Te menant plus loin que tes pas.
Ainsi, François CHENG redonne une juste place aux choses de la vie en réhabilitant l'âme, la beauté et la mort.
Il trace un chemin , celui de prendre le temps des réponses, de l'explicitation et du regard contemplatif devant les beautés de la nature et des hommes sans dénier le réel. Il parle à partir de son âme et nourrit ainsi la nôtre tellement assoiffée dans un monde à tendance individualiste et conditionné par la compétivité et l'hyperconsommation.
Un monde en quête de sagesse
Episode 1 : se lever avec la sagesse.
La période inédite du confinement a nourri beaucoup de discours, d’hypothèses, et même d’espoir sur le monde d’après qui aurait retenu les leçons de cette crise sanitaire et profondément écologique. Or je constate que beaucoup sont repartis dans des modes de vie comme avant, comme si ce confinement n’avait été qu’une parenthèse. A tous les niveaux, force est de constater des comportements de gouvernants déniant la réalité, et se voilant la face devant les drames dans leur propre pays. Donald Trump, président des Etats-Unis essentiellement obnubilé pour sa réélection, avec un cynisme affiché, donne priorité à la relance économique au détriment d’une protection sanitaire des populations. Au Brésil, Jair Bolsonaro, président depuis 2019 cautionne la déforestation intensive de l’Amazonie, grand poumon vert de biodiversité de la planète…en accusant même les ONG d’en être responsables ! Deux exemples parmi d’autres…
Aussi, en réponse à cette médiatisation publicitaire de ces comportements irresponsables de chefs d’Etat et autres décideurs politiques et économiques, il me semble opportun de revenir à la Sagesse, à redonner force et visibilité à la Sagesse dans un monde qui en manque terriblement. C’est dans cette perspective que j’ai choisi d’ouvrir une série d’articles autour de ce thème.
Sagesse, quelle définition ?
Selon le centre national des ressources textuelles et lexicales, la sagesse serait d’abord « la connaissance du vrai et du bien fondé sur la raison et l’expérience ». Deux attitudes intérieures sont souvent rattachées à la sagesse : la lucidité ou clairvoyance et le discernement ou l’art de décider de manière juste. Sur un plan spirituel et celui de la foi chrétienne, la sagesse est reconnue comme un don de l’esprit saint , don pour le service de Dieu et des hommes.
En quête moi-même d’une sagesse intérieure, j’ai relu récemment l’ouvrage collectif « se changer, changer le monde »

avec des contributions d’hommes reconnus pour leur sagesse dans leur domaine : Christophe André, psychiatre à Paris, auteur de nombreux ouvrages et très ancré dans la méditation de pleine conscience, Jon Kabat-Zinn, professeur de biologie moléculaire aux Etats-Unis et pionnier de la mindfulness ou méditation de pleine conscience, Pierre Rabhi, écrivain philosophe, pionnier de l’agriculture biologique fondateur du mouvement citoyen les colibris, et Matthieu Ricard, moine bouddhiste porte-parole du Dalaï-lama. Une conviction qui relie ces quatre hommes : pour aller vers une transformation du monde hors de ses violences, de la destruction de la biodiversité, d’une surconsommation matérielle et d’un mal être social , sans parler des problèmes de santé… le combat militant commence d’abord par soi-même, par un travail sur soi. « En portant l’humanité en lui, chaque être humain en est responsable à sa mesure », rappelle Edgard Morin, sociologue éclairant de 98 ans. Ainsi, chacun de nous au sein de cette vaste population de plus de 7 milliards d’habitants sur terre, quelle que soit sa situation socio-économique, sa marge de manœuvre, porte en lui des graines de solutions pour un monde plus juste.
En référence à ce livre que je ne peux que recommander pour vous engager dans ce travail sur soi pour le monde, chaque auteur a été invité à résumer ses convictions par trois pistes d’action. Je ne peux, dans cet article, toutes les reprendre. J’en ai sélectionné trois qui me semblent assez en phase avec nos conditionnements actuels :
1 En matière de détox digitale, faire en sorte que notre premier geste de la journée ne soit pas d’allumer notre ordinateur et de consulter nos mails ou notre mur facebook mais de nous asseoir, de respirer, de méditer. ( Christophe André)
2 En terme de pratique de l’altruisme, vérifier nos motivations. Il est également utile de vérifier constamment notre motivation. « Notre motivation est-elle altruiste ou égoïste ? Recherchons nous le bien de quelques-uns ou du plus grand nombre ? ( Matthieu Ricard)
3 Incarner l’utopie dans nos choix de consommateurs. Nos choix de consommation sont importants. Cependant, chaque fois que je fais le plein d’essence, je donne de l’argent aux multinationales contre lesquelles je fulmine. Je ne peux nier les contradictions dans lesquelles je me trouve emprisonné. Nous sommes tous pris dans un système que nous ne cessons de récuser…Le temps est venu de sortir de l’envoûtement pour incarner les utopies créatrices d’un monde tangible fondé sur la conscience. (Pierre Rabhi)
Et si, dès demain matin, chacun de nous se levait avec une intention de sagesse
laissée à son inspiration sans ordinateur ?
La distanciation physique, un nouveau mode de vie ?
La crise sanitaire du coronavirus nous a imposé, par voie réglementaire depuis bientôt 5 mois, de respecter les gestes barrière dont la distanciation sociale que certains d’ailleurs préfèrent requalifier en distanciation physique. Rappelons, même si cela devient une évidence collective, que c’est l’obligation de respecter une distance d’au moins un mètre avec les autres personnes dans tout espace public extérieur et intérieur. Le protocole du ministère du travail pour les entreprises l’a largement explicité concernant la phase de déconfinement à partir du 24 juin 2020.
Certes, l’argument de protection sanitaire doublé notamment du port du masque est incontestable si notre pays veut enrayer cette pandémie et éviter ce que chacun redoute au fond, une deuxième vague.

Ainsi, nous avons collectivement pris de nouvelles habitudes remplaçant poignées de main entre collègues, embrassades au sein de cercles familiaux. Certains tentent de garder un pseudo contact avec le « toucher du coude » ou encore celui du pied quand d’autres préfèrent le léger salut à la japonaise avec une inclinaison du buste. Bref, depuis combien de temps n’avons-nous pas tendu une main (geste symbolisant à l’origine que je n’ai pas de couteau caché dans ma main…) ou offert un baiser ou une embrassade auprès de nos proches ?
De manière plus ou moins consciente, nous sommes en train de fabriquer de nouvelles habitudes sociales avec un réflexe qui devient de plus en plus naturel « Bonjour , collègue, et dans ma tête ,stop, je n’avance pas plus ! ». Ce réflexe de distance physique renforcé dans le monde du travail par la période de confinement qui a placé beaucoup de salariés en télétravail ne veut peut être pas dire rupture du lien social mais quelque part , quelque chose a changé.
Pour ma part, j’observe des effets d’abord positifs notamment dans la file d’attente des boulangeries, c’est l’espace entre les clients où nous évitons la compression du nombre et nous respirons cette distance qui me semble acceptable car le service reste le même dans son rythme. Cette remarque vaut pour beaucoup d’espaces commerçants. Et puis, la culture de l’attente plutôt que « dépêchons nous, je suis pressé ! » est une belle invitation à ralentir nos rythmes de vie.
Cependant, dans l’espace familial, il semble difficile de respecter ce protocole de distanciation pour des grands parents avec des petits enfants qu’ils n’ont pas vu pendant trois mois et qu’ils retrouvent avec joie à partir de la phase de déconfinement. Le bisou de tendresse a beaucoup de sens et d’impact des deux côtés.
Et la tentation est grande en période de vacances, de relâchement après cette période très inédite et particulière du confinement, de revenir à une proximité des corps signifiant une proximité du lien social.
Quel message notamment communiquer à des jeunes tentés de se retrouver dans des espaces confinés en boite de nuit ( vu sur un reportage télévisuel) ou en soirée festive collés les uns aux autres et se mettant en danger direct de contamination collective par le virus ?
En matière d’obligation, la règle s’applique à tous.
En la matière, avec conscience, chacun est « encouragé » à trouver « la bonne distance », celle de la protection de soi et d’autrui et d’inventer une forme autre pour préserver la qualité du lien social.
Suggestion : et si nous reprenions davantage contact par les yeux, miroir du cœur pour nous connecter les uns aux autres. Je pense à un exercice que je pratique à la fin d’une séance de méditation en silence en cercle quand je propose aux participants : « Sans parole, je vous invite à regarder un par un tous les autres participants et à retrouver une connexion du regard avec chacun. »
Et puis, qu’est ce qui empêcherait de trouver une manière distanciée et humaine de saluer notre collègue, notre voisin, notre proche par un rituel intériorisé en silence ? Je t’aperçois, je m’avance, je m’arrête à distance et intérieurement, je t’accueille…
Au commencement du monde...
« Nous sommes au commencement du monde, toujours au commencement de la création. »

Parole visionnaire du mystique d’origine suisse, Maurice Zundel (1897-1975).
Ce commencement peut s’incarner quand nous nous donnons l’occasion de venir observer un lever de soleil dans l’aube matinale. Nous nous préparons avec un lever dans la nuit. Nous nous rendons sur le lieu. En l’occurrence, mon expérience récente avec mon fils, fut le pic Saint Loup près de Montpellier, promontoire rocheux qui domine le golfe du Lion. Une montée d’environ trois quart d’heures depuis le village de Cazevielle endormi puis l’arrivée au sommet 600 mètres au-dessus du niveau de la mer, et l’attente en guettant à l’Est l’astre solaire. Annoncé à 6h 9 minutes, le soleil était bien au rendez-vous ! Et à ce moment-là, les mots sont vains, nous sommes tout absorbés par cette éclosion de lumière qui réchauffe l’horizon et nous touche quelque part dans l’intérieur de notre être.
« L’émerveillement est le moment privilégié où nous sommes soudain guéris pour un instant de nous-mêmes »
Cette deuxième parole de Maurice Zundel me rejoint bien dans cette expérience à la fois simple et lumineuse du lever de soleil. Tous mes sens sont captés dans la même direction : la vue sur la montée de l’astre, les oreilles qui captent une forme de silence recueilli au sommet, le goût de renouveau et le nez fouetté par un petit vent.
De quelle guérison parle l’auteur ?
Pour ma part, je l’interprète comme une reconnexion à la beauté de la terre, du soleil, de ce qui est là avec moi sans chercher « midi à quatorze heures ». Cette simple et immédiate reconnexion évacue toute ma pesanteur d’être porteur de soucis, d’inquiétudes face à l’avenir.
« Chaque battement de notre cœur peut susciter une étoile ; chaque battement de cœur peut susciter une liberté encore endormie ; chaque battement de notre cœur peut rayonner sur toute l’histoire et sur toutes les galaxies… »
Exagération de l’auteur pourrait crier notre cerveau rationnel ! Je n’en ferais rien. En effet, devant la beauté de la création, notre cœur ralentit effectivement, le temps des horloges semble être arrêté. Finie la course folle à ce que « je dois faire après », à la planification de nos vies trop organisées, au temps chronométré de l’efficacité rentable…L’invitation est celle d’un état de réceptivité qu’un autre suisse, le docteur Vittoz, au début du XXème siècle, a su décrire ( bien avant la vague de la méditation) en opposition au cerveau émissif d’idées, de pensées, de projections.
Mais Maurice Zundel pose une condition entendable quelle que soit notre conviction religieuse ou philosophique : « …pourvu justement que nous entrions dans ce silence infini où l’on n’est plus qu’à l’écoute du silence éternel… »
Pour le croyant, ce silence renvois à l’échange avec son Dieu, pour d’autres, c’est le silence de l’intériorité. Le message nous convie à retrouver cette forme de silence intérieur où tout est possible, où les frontières sont abolies, où nos désirs les plus profonds peuvent émerger du brouillard couvrant de nos pensées parasites.
Et si nous étions davantage à prendre le temps, de temps en temps, de nous lever avant le soleil, pour le contempler et revenir à l’origine de notre mère Terre, peut être un autre rayonnement humain pourrait advenir sur terre.
Imaginons un conseil des ministres, une assemblée nationale, ou un conseil municipal qui se donnent le projet une fois dans l’année de se retrouver dans un lieu pour simplement accueillir le lever du soleil, sans plus, sans discours, sans commentaire, juste recevoir, contempler.

Notre humanité a besoin d’une guérison urgente pour sortir de la maladie chronique du « toujours plus », du bal médiatique des egos ou encore du conditionnement par les compagnons numériques qui envahissent nos vies de manière insidieuse. Et si prendre le temps par exemple 5 minutes par jour pour contempler un paysage, un ciel, voire une nature urbaine changeait notre manière d’être au monde et devenait un rituel de guérison ? Qui nous en empêche ?
S’émerveiller, recevoir la beauté de la création, terre, ciel, nature, arbres, fleurs, … et puis tout simplement remercier.
LE MONDE D'AUJOURD'HUI...en faire moins !
Pourquoi parler sur toutes les ondes médiatiques du monde de demain, du monde d'après la crise sanitaire du coronavirus ? Comme si il y avait un avant et qu'il y aura un après. Le monde se "fabrique" jour après jour dans son instantanéité, dans son imprévisibilité et souvent dans l'insuffisance de conscience et de courage des gouvernements et décideurs de la planète. Des scientifiques comme ceux du GIEC (1) et plus récemment les médecins et soignants de "première ligne" nous ont déjà alertés sur les priorités de la vie sur terre. La première priorité , c'est plus que jamais la survie d'une espèce animale appelée "homme" menacée par des phénomènes climatiques déjà présents et qui mettront de plus en plus en péril l'habitat, la vie de millions de terriens y compris sur notre vieux continent européen ( canicule en extension..). La deuxième priorité complémentaire : la santé de tous ! Le "prendre soin de la vie" depuis la naissance jusqu'à la mort avec une attention à nos aînés dans les EPHAD (2) en particulier.

Or, force est de constater que le "système politico-médiatico-économique" ( je ne sais plus comment l'appeler) semble vouloir repartir et effacer la crise sanitaire qui a secoué ce beau cocotier financier et spéculatif du mythe de la croissance infinie et de la rercherche du profit à tout prix !
A quel sein se vouer dans un monde où chacun en vient à douter fortement du sens des entreprises "carnivores du profit", des gouvernants dans la difficulté de faire face et de tenir un discours humain de lucidité, d'humilité en cohérence, en congruence avec le courage de décisions pour le bien de tous ? Pour ma part, l'éclairage vient du monde des sages très discrets qui ne siègent ni sur les plateaux médiatiques, ni sur les matinales radiophoniques. Et si nous les écoutions pour une fois avec nos deux oreilles ?
" Beaucoup d'entre nous essayent d'en faire toujours plus. Nous sommes dans l'action parce que nous nous croyons obligés de l'être, ou parce que nous voulons gagner de l'argent, accomplir quelque chose, prendre soin des autres, ou rendre notre vie et notre monde meilleur. Souvent, nous agissons sans réfléchir, par habitude, pour répondre aux attentes d'autrui ou parce que nous voyons que c'est notre devoir. Mais si les fondations de notre être ne sont pas suffisamment solides, alors plus nous agissons, plus nous embrouillons notre entourage."
Ces convictions exprimées sont celles du moine zen originaire du Vietnam Thich Nhat Hanh qui anime un centre de ressourcement spirituel en France qui attire de plus en plus d'hommes et de femmes de tout horizon...en quête de sens profond à leur vie.
Tentons une traduction simple, immédiate de cette invitation douce et interpellante de Thich Nhat Hanh que d'autres ont aussi repris comme Pierre Rabhi, écrivain philosophe expert en agrobiologie et auteur de "vers la sobriété heureuse" . Faire moins pour être davantage dans la qualité de présence à l'autre, au lien humain fondateur de notre humanité.
Moins de consommation, moins de temps passé dans les super et hypermarchés . Réduire nos temps d'achat à l'essentiel en privilégiant autant que possible le producteur local.
Moins de déplacement en véhicule polluant pour les professionnels en privilégiant l'audio ou la visio conférence , pour plus de présence en collectif de travail, ou pour les managers, un temps de déplacement supprimé pour plus de lien avec leur équipe...
Moins de communication "égocentrique" de valorisation d'image, de l'entreprise, de la collectivité territoriale, du service public pour plus de temps de présence à ceux qui en ont besoin.
Moins de consommation de spectacle sportif pour "engraisser" des millionnaires du sport qui ne regardent que leur petit nombril , pour plus de pratique sportive de santé pour soi-même et sa famille.
Moins de débats "houleux ou agressifs" dans les instances électives sociales et politiques jusqu'à l'assemblée nationale pour plus d'écoute, de silence, d'intégration du point de vue de l'autre pour enrichir sa vision.
Or, ce moins a été expérimenté pendant notre temps de confinement. En sommes nous sortis "traumatisés" ? Pour ma part, j'avoue humblement que j'ai redécouvert avec bonheur mes voisins et voisines de ma résidence que je saluais poliment d'un bonjour, bonsoir. En effet ce temps "dilaté" m' a donné finalement l'autorisation de prendre le temps de "papoter" avec mes jeunes voisines du rez de chaussée au retour de la marche oxygénation quotidienne avec mon épouse. Belle découverte avec des liens sociaux de proximité plus forts dans l'entraide mutuelle quand il s'agit de faire les courses chaque semaine pour une personne âgée.
Combien faudra t'il encore d'alerteurs de sagesse pour que nous vivions un changement collectif, une transition intérieure pour retrouver ce que le renard répondait à la question du petit Prince " Qu'est ce que signifie apprivoiser ?"

"C'est une chose trop oubliée, ça signifie "créer des liens".
Faire moins, créer et entretenir des liens humains de solidarité, d'entraide mutuelle largement vécus par beaucoup d'entre nous pendant ce temps inédit du confinement contraint ouvrent un horizon nouveau, une espérance nouvelle pour aujourd'hui.
Dès que nous faisons moins, nous redit le sage, nous offrons au monde l'élément le plus positif : la qualité de notre présence. C'est tout et c'est beaucoup !
(1) Groupe Intergouvernemental des Experts sur l'évolution du Climat crée en 1988 par l'ONU. Extrait du prologue du rapport 2014 :"Cependant, pour stabiliser l’augmentation de la température sous le seuil de 2 °C par rapport aux niveaux préindus-triels, nous devrons d’urgence nous écarter radicalement du scénario du «statu quo». Par ailleurs, plus nous attendrons pour intervenir, plus les mesures à prendre coûteront cher, et plus les problèmes techniques, économiques, sociaux et institutionnels qu’elles posent deviendront difficiles à surmonter."....Sans commentaire !
(2) Etablissement d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes. Ce nom "aseptisé" est déjà révélateur en soi...
BONNE NOUVELLE POUR SORTIR DES INCERTITUDES POLLUANTES
Depuis près de trois mois, le monde, la France vit à la lueur des informations tout azimut sur les médias traditionnels, télévisions, radios, journaux et les réseaux sociaux se rajoutent à ce concert avec son lot de rituels ( annonce chaque soir du nombre de morts), mêlant le drame ( les entreprises menacées, les personnes vulnérables encore plus vulnérables) et les actes de courage, de solidarité et de créativité, le tout baignant dans un climat diffus, confus d'une planète arrêtée dans sa course folle au toujours plus par un virus venu de Chine.
Incertitude de comment l'histoire va t'elle se poursuivre ou s'arrêter. Devrons nous vivre désormais avec un masque sur le le nez et la bouche à distance raisonnable de nos semblables ? Renvoyer les poignées de main, les accolades, les embrassades à une époque antérieure ?
Incertitude pour beaucoup, et en particulier les aînés et les personnes en EPHAD de savoir si leur vie va s'arrêter au temps du coronavirus ?
Incertitude pour beaucoup d'entreprises et de travailleurs indépendants de savoir si leur activité pourra un jour retrouver un fonctionnement normal et viable ?
Incertitude sur le devenir d'une planète dont beaucoup de spécialistes agitent depuis longtemps le drapeau orange d'un danger de ressources qui se tarissent, d'une nature qui se pollue trop vite et tue les espèces sur terre comme en mer....
Incertitude sur la date de fin de l'espèce humaine qui pourrait s éteindre, alors que les autres espèces vivantes comme les arbres pourraient continuer leur vie et même s'en trouver mieux avec la fin des pollutions par le gaz carbonique et la destruction massive de ressources naturelles comme la forêt amazonienne...
Arrêtons notre litanie d'incertitudes car j'ai une bonne nouvelle à vous partager !
Oui, à la lourdeur de porter toutes ces incertitudes qui risquent de nous enliser à petit feu dans la morosité, la résignation ou la passivité , j'ose mettre en contre poids la légèreté d'une fleur, d'un pétale qui s'appelle ESPERANCE LUCIDE.
Et , comme le rappelait récemment notre vieux sage de l'agroécologie, Pierre Rabhi, les hommes ont besoin d'amour et de poésie. Place aux poètes qui ont su de tout temps capter cet air inspirant de l'ESPERANCE.
j'ai ancré l'espérance aux racines de la vie...

j'enracine l'espérance dans le terreau du cœur.
Andrée Chedid nous le redit avec sa fougue et son énergie de vie.
On croit qu’il est facile d’espérer. Mais n’espèrent que ceux qui ont eu le courage de désespérer des illusions et des mensonges où ils trouvaient une sécurité qu’ils prennent faussement pour de l’espérance. L’espérance est un risque à courir, c’est même le risque des risques.
Georges Bernanos nous interpellait déjà ...il y a plus de 70 ans.
L'espérance est portée par celui qui est allé au bout de sa nuit, a regardé le soleil se lever à l'horizon et s'est redit "Un jour nouveau. Tout est possible. A moi de chercher ce rai de lumière, y compris au cœur du gris, du noir."
Or, je constate que les porteurs d'Espérance qui la portent comme une flamme olympique ne sont pas ceux et celles qui font nécessairement les vitrines des médias. Hier, en sortant du coiffeur, une vieille dame digne me lance avec douceur " Maintenant, vous êtes à nouveau beau !".
Cette simple parole exprimée avec bienveillance m'a surpris, m'a touché profondément et finalement symbolise ce zeste d'espérance que chacun porte en lui comme une petite veilleuse.
Oui, la bonne nouvelle est bien là : nous sommes certes tous mortels ( voilà une certitude universelle) et nous sommes tous appelés à allumer ou rallumer notre petite bougie pour éclairer au plus près chaque jour ceux qui nous entourent.
Imaginons que toutes ces petites bougies se rallument peu à peu.
Oserons nous prendre ce risque et dire à notre voisin
" Vous êtes beau...avec ce que vous êtes !"
Hommage à ma mère disparue au temps du coronavirus
Lundi de Pâques, mon frère m'appelle pour me dire que notre mère, Micheline vient de mourir . Le choc affectif est fort, indicible, une partie de notre histoire familiale part aussi... . Elle vivait à 83 ans depuis trois ans au sein d'un EPHAD ( établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) avec la maladie d'Alzheimer.
Par temps de coronavirus, les obsèques sont prévus dès le jeudi après midi. Avec mon épouse Marie Claire, nous partons le jeudi matin pour ce voyage de plus de 500 kilomètres avec une autoroute peuplée essentiellement de camions. Nous nous arrêtons seuls sur une aire d'autoroute avec nos sandwichs comme deux Robinson Crusoé.
Retrouvailles de la famille devant la chapelle du funérarium à Besançon avec mon père, ma sœur et mon frère et la famille proche. Seuls une vingtaines de personnes avec masque de protection sont admises. Le ciel est bleu et il fait chaud.
Et dans cette chapelle éclairée par le ciel, la présence recueillie de chacun autour de Maman, les témoignages parfois aux larmes nous rassemblent dans l'instant présent avec mon père. Les horloges se sont arrêtées.
Un diaporama de belles photos de Maman avec enfants et petites enfants et son mari sur la musique " la tendresse" de Bourvil ponctue notre célébration avec une valse à mille temps en clin d’œil à l'accordéon, instrument qu'elle aimait jouer dans sa jeunesse.
Pourquoi vous partager cet événement très personnel ?
Parce que, malgré mes appréhensions d'un risque de célébration "aseptisée" à cause des précautions sanitaires, nous avons tous vécu un vrai moment de communion grâce à l'adaptation du prêtre et à la délicate attention des personnels des pompes funèbres. Une reconnaissance aussi aux personnels de l'EPHAD qui l'ont accompagné jusqu'au bout.
Oui, Maman, toi qui est partie un jour de Pâques, tu nous a réuni avec ton sourire éternel dans cette espérance joyeuse. Un signe au cœur de l'incertitude de la pandémie du coronavirus ?
Quel que soit l'avenir de notre planète, tu nous a légué cette légèreté de l'âme, ton don d'adaptation aux circonstances et ta Présence aimante, trois forces de vie si importantes aujourd'hui. Merci Maman.
Après la pluie
La rivière chante
de toutes ses forces
Christian Cosberg.
La rivière de la Vie nous entraine au delà de nos tristesses et de nos épreuves.
Au temps du coronavirus, entre manque et abondance.
Depuis plus de 10 jours, la France vit en confinement imposé par le gouvernement qui agit par ordonnance, dans une course de vitesse pour gagner contre un virus contaminant , le coronavirus. Tout un pays entraîné dans une crise sanitaire devenue mondiale mobilise toutes ses forces hospitalières, ses médecins, ses infirmières en première ligne dans ce qui a été qualifié par le président de la République de guerre. Dans cette situation sociale et économique inédite ( un confinement en temps de paix), j'observe un mouvement entre manque et abondance, qui peut apparaitre déstabilisant en regard de notre vie antérieure.

Manque de liberté de déplacement ( avec une restriction à 1 heure par jour pour exercice physique à 1 kilomètre du lieu de domicile),
Manque de masques pour les soignants au début de l'épidémie, augmentant le risque de contamination en proximité des patients.
Manque de travail pour toutes les professionnels arrêtés ou en chômage technique du fait de la restriction aux entreprises dont la production est indispensable à la santé de la population.
Manque de relation en présentiel avec sa famille, ses amis, ou encore ses collègues de travail
Manque de certitude sur la fin de la période de confinement à durée indéterminée.
Manque de préparation , j'ose le pointer, pour un Etat et une population qui n'avait jamais vécu une telle catastrophe sanitaire.
Or, en regard de ces manques qui pourraient nous conduire à un pessimisme de la passivité, il existe fort heureusement la caverne d'Ali Baba des abondances attendues , voire inattendues.
Abondance des propositions sur la toile du web des offres culturelles en tout genre, souvent gratuites, pour celles et ceux qui sont confinés 24h sur 24 : films de l'INA gratuits, ebooks en ligne gratuits, autoformation sous forme de MOOC gratuit,, méditations guidées, et site réservoir civique destiné à mettre en relation les bonnes volontés par rapport à des demandes ponctuelles.
Abondance pour ceux qui ne sont pas en première ligne ( soignants) ou deuxième ligne ( chaine alimentaire et professionnels indispensables), de bénéficier d'un télétravail sur la semaine réduisant les déplacements et pouvant permettre de retrouver une vie de couple, une vie de famille plus reliée.
Mais avouons aussi que la limitation des sorties pour faire ses courses, rappelle à contrario combien nous étions dans la surabondance de biens de consommation.
Un nouveau mode de vie semble émerger dans les quartiers urbains :
plus de liens entre voisins...et moins de biens achetés à tout vent.
moins de déplacement en voiture, moins de pollution, , au bénéfice de GAIA notre terre.
Et si ce "déficit d'abondance matérialiste " nous invitait en douceur à revenir à un mode de vie allant plus à l'essentiel.
Essentiel ? Passer plus de temps avec ceux et celles que l'on aime, réduire les moyens polluants de déplacement, vélo ou marche à pied d'abord.
Essentiel, comme accepter les moments d'ennui comme les moments d'exaltation dans le combat du quotidien.
Essentiel comme cultiver l'Espérance dans la sobriété dans un monde qui souffre d'un modèle économique du "toujours plus", formule qui se trouve à l'arrêt aujourd'hui.
Avec Edgar Morin, sociologue toujours l’œil alerte à plus de 99 ans, je crois beaucoup à la renaissance des espaces de solidarité entre voisins, de FRATERNITE comme il aime à le rappeler. Entre manque et abondance, osons regarder à l'intérieur de nous, regarder ce qui nous fait du bien (sans déplacement) et osons regarder cette abondance en nous, notre expérience de vie, notre intériorité avec nos dialogues internes. Quand les limites sont posées à l'extérieur, cela nous invite plus qu'auparavant à nous retirer en nous, à nous accueillir en sortant du conditionnement des outils numériques.
Bon voyage à l'intérieur de votre âme, le temps est avec vous !