Une journée avec Samuel DUJARDIN
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7H, Samuel s’étire dans son lit et se réveille doucement. Il ne veut pas réveiller trop vite sa compagne Alicia. Après un petit déjeuner à deux en amoureux sur leur terrasse entouré d’un petit potager de tomates et de salades, il embrasse Alicia avant d’enfourcher son vélo pour partir à son travail social. En effet, à 24 ans, Samuel est écojournaliste dans un journal coopératif local dans sa ville de Newday. Ecojournaliste ? Oui, ce métier est né après la grande crise sociale et mondiale de 2030 dans laquelle les médias ont été discrédités pour fabriquer des fake news ou encore à la solde des milliardaires propriétaires. En France, une loi encadre désormais les journaux locaux pour qu’ils soient d’une réelle utilité et ouverture d’esprit pour les citoyens et en version numérique uniquement car le papier est d’un usage limité essentiellement pour les enfants et étudiants en scolarité. La publicité a été supprimée. Ainsi Samuel, en apprenti junior épaulé par Thomas son tuteur sénior de 40 ans, est chargé d’alimenter la rubrique « soutien à l’éveil des consciences ».
Il dépose son vélo dans le vélospace en l’accrochant directement avec une reconnaissance vocale. Et il arrive juste pour la séance de méditation ouverte au personnel du journal. Elle n’est pas obligatoire mais largement recommandé pour favoriser la bonne harmonie entre les personnels. Elle dure une demi-heure. Samuel l’apprécie car elle l’aide à rester cool, en apprenant à respirer calmement par le bas-ventre.
9H : conférence de rédaction, les sujets du jour sont discutés et un vote démocratique avec le rédacteur en chef valide ceux qui seront retenus pour l’édition du lendemain. Samuel a proposé un interview du nouveau responsable de l’espace ressourcement nature de la ville. En effet, un parc a été transformé et a reçu le label « oasis vert ». C’est une grande fierté pour la ville qui a été une des premières en France à se lancer dans ce défi. De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’un parc avec des fleurs, des arbres, quelques tables en bois ici et là et constitués de parcours d’invitation « nature ». Par exemple, un parcours appelé « tous mes sens ouverts » invite à contempler, à écouter les sons d’oiseaux, à goûter l’écorce des arbres ou encore à respirer des plantes aromatiques , bref un parcours pour cultiver une ouverture par tous ses sens à la nature. Une autre invite à se déplacer avec une marche très lente pour savourer la lenteur et la sensation de chaque pas. Ce parcours est dénommé « marche Thich Naht Hanh » en hommage à cet homme qui a contribué au passage de l’ancien au nouveau monde. Un espace accueil est prévu aussi pour les enfants avec des activités ludiques d’initiation à la nature avec la présence très attentive d’écopasseurs (1).
Le temps passe vite et Samuel se retrouve avec ses collègues dans le jardin « zen » pour déguster son repas tiré du sac. Des fruits sont proposés par les agriculteurs locaux. Aujourd ‘hui les fraises sont à l’honneur.
Enfin, à 14h, il quitte son journal et a fini son travail social qui est , comme pour beaucoup de français, réalisé sur un mi-temps. L’après-midi, il a choisi cette année dans l’option bénévolat social de la ville de donner un coup de main au maraicher Antonio qui produit notamment des salades, des concombres et des haricots. Il aime ce travail qui le fait travailler en plein air le plus souvent et équilibre ses matinées devant l’ordiparleur (2).
17H,il se retrouve avec sa compagne Alicia. Il lui a proposé de découvrir en avant-première « l’oasis vert ». Et arrivés sur place, ils choisissent de faire le parcours « amour des arbres ». Avec des écout « cœur », ils se déplacent les yeux bandés et s’amusent à trouver les arbres à partir de la texture, de la senteur de leur écorce. En fin de parcours, ils rient d’avoir constaté qu’ils ont fait le parcours en revenant souvent sur leur pas. Belle expérience de marche et d’utilisation de son sens de repérage dans l’espace sans voir.
19H : repas avec un groupe d’amis dans la cantoche végétarienne des sœurs Ariane. Et avec Alicia, ils choisissent de rejoindre une activité « sans écran » (3) proposée par le service écoculturel de la ville. Au programme, dans une salle chauffée par le solaire, un vieux chanteur guitariste très connu, Damien Larivière propose une balade sur l’ancien monde.
Avec les recommandations de limitation des lumières, la soirée se termine avec des lampes écoénergétiques autour du chanteur, dans une belle ambiance intimiste.
Samuel est ravi de cette soirée avec Alicia. Il est content d’avoir trouvé à 24 ans un équilibre de vie avec son travail social à mi-temps, son bénévolat citoyen. Et Alicia avec laquelle il partage la même passion. Devinez laquelle ?
Ils adorent chanter et chaque semaine ils participent à une chorale « A cœur ouvert ». Ils aiment bien retrouver des répertoires de l’ancien monde, celui de leurs parents et ils adorent fredonner ensemble une chanson d’un groupe pop de la fin du XXème siècle, et d’un chanteur, John Lennon. Le titre de la chanson ? Imagine. Eux estiment qu’ils ont bien de la chance d’avoir vécu après la grande crise de 2030 car beaucoup de personnes sont mortes pour préserver cette liberté de vivre, de retrouver la connexion avec la nature et assurer la survivance de la Terre.
La nuit est tombée sur Newday. En entendant le petit duc Scop, ils s’embrassent tendrement avant de s’endormir dans leur chambre ouverte sur un plafond éclairé par la douceur de Dame Lune…
Epilogue.
Le lendemain matin, petite surprise, le convivialiste (4) a déposé un cadeau devant la porte de Samuel et Alicia. Alicia l’ouvre et découvre un petit chaton avec un carton coloré qui indique « Joyeux Anniversaire, Alicia pour tes 22 ans ! ». Elle est touchée et sourit de cet inattendu. Elle adore les chats et leur langage crypté avec le décodeur bioviva lui permet de comprendre immédiatement les premiers regards du chaton : « Veux-tu bien m’adopter ? ».
C’était le 1er mai de l’année 2045.
Texte de Michel BERNARD écrit en 2021, année de naissance de Samuel.
dans le cadre du MOOC transition intérieure proposé par le mouvement Colibri,
- L’écopasseur est un professionnel généralement passionné qui a appris le langage des êtres non humains dans la nature, les fleurs et les arbres en particulier. C’est un pédagogue qui aime transmettre ce savoir notamment auprès des enfants.
- L’ordiparleur est un ordinateur dernière génération équipé d’un capteur vocal qui traduit en écriture immédiate ce qui est dit. Il pose aussi des questions à son « parleur » humain pour l’inviter à prendre des décisions opportunes.
- Les écrans sont limités hors du champs de travail pour préserver la santé de chaque citoyen.
- Cette fonction sociale concerne la préparation des petites attentions de bienveillance quotidienne auprès des habitants d’un quartier. Le convivialiste est en général une personne dotée de sens relationnel avisé, d’humour et de créativité. Chaque adolescent, avant d’entrer dans la vie d’écocitoyen adulte, est invité à participer à une période auprès du convivialiste dite « transition adulte ».
Un monde nouveau reste possible
Contribution avec les 3-3-3 (😀)
« Imaginez que l’on vous montre avec certitude qu’il n’y aura jamais d’effondrement et qu’il n’y a strictement aucun souci à se faire pour l’avenir. Que feriez-vous alors pour changer de vie ? Rien. Imaginez que l’on vous annonce avec certitude que l’espèce humaine disparaitra en 2042 à cause d’une météorite géante. Que feriez-vous ? Passer la fin de votre vie au bistrot à la mode « aquoiboniste ». …Et nous nous trouvons en équilibre, sur cette fine crête située entre l’incertitude radicale des événements à venir et la conviction qu’il est physiquement impossible de continuer notre mode de vie. »
Ce décor d’une cruelle lucidité est posé par trois scientifiques devenus chercheurs in-Terrre-dépendants : Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle à travers leur ouvrage collectif : « Une autre fin du monde est possible » (1) publié en 2018 et terriblement d’actualité. En face de cette incertitude radicale d’une civilisation humaine qui peut s’effondrer dans le siècle en cours, il y a lieu de poser au moins trois constats :
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1 quelle que soient les progrès de la médecine, l’espèce humaine comme toute espèce vivante est mortelle. Nous avons à réhabiliter notre finitude en nous rappelant avec humilité que si notre planète vieille de 4 milliards et demi d’années avait cette durée ramenée à une journée de 24 heures, notre espèce humaine serait apparue uniquement dans les 5 dernières secondes.
2 Le réchauffement climatique continue sa progression ( déjà +1 degré au XXème siècle en France) avec des hypothèses situées entre +4 à +8 degrés en 2100 alors que l’accord de Paris de la COP 21 visait à maintenir l’augmentation de température sous la barre des 2 degrés. Avec toute son avalanche de conséquences sur la vie humaine ( des millions de réfugiés climatiques), de la raréfaction de l’eau, de la réduction encore accrue de la biodiversité et des ressources naturelles …
3 A ce jour, la plupart des gouvernements ne prennent pas les moyens suffisants pour réduire ce réchauffement de manière radicale. Bref, même si les experts scientifiques du GIEC (groupement intergouvernemental des experts pour le climat) rabâchent régulièrement leur alerte et leur inquiétude fondée concernant l’impasse dans laquelle avance notre monde, les décideurs politiques entendent certes, savent certes mais n’agissent pas avec tout le courage, la détermination et la stratégie à la hauteur de ces enjeux de civilisation.
Comment nous situer devant ces réalités d’aujourd’hui et d’un monde de demain ? Joanna Macy, écophilosophe et activiste américaine de renom depuis plus de 50 ans, dans son ouvrage « l’espérance en mouvement » (2) illustre trois types de comportement sous forme de trois histoires :
1 On fait comme d’habitude comme si de rien n’était.
C’est l’histoire que raconte la plupart des décideurs politiques et des dirigeants de grandes entreprises. C’est la croissance économique qui nous sauvera et nous trouverons bien des moyens technologiques de faire face à la réduction des ressources naturelles et au réchauffement climatique…Question : jusqu’à quand ce modèle d’une société productiviste consommatrice peut-il perdurer ?…alors que nous savons qu’il faudrait déjà trois planètes si tous les habitants de la terre avait le même niveau de consommation qu’un européen ( et 5 planètes pour une consommation comparable à celle d’un américain) ?
2 La grande désintégration.
Devant le risque de catastrophes déjà présentes et annoncées ( déclin, crise économique, épuisement des ressources, changement climatique, extinction des espèce, guerre, violence…), il y a une perte de confiance dans le futur avec un sentiment mêlé de « qu’est ce que je peux y faire ? », de fatalisme, d’impuissance et de grande tristesse pour les générations futures. Question : comment sortir de ces sentiments de peur, d’impuissance, ou encore de pessimisme ténébreux ?
3 Le changement de cap.
Les deux premières histoires qui peuvent cohabiter aussi en nous ( alternance de « je ne change rien, tout va bien pour l’instant » avec une montée d’inquiétude viscérale suite à une émission de télévision alarmiste) contribuent à des comportements passifs, de résignation, ou de déni même du réel. Aussi, Joanna Macy propose une troisième voie qu’elle qualifie de « changement de cap ». De quoi s’agit-il ?
Elle part d’une vision du passage d’une économie fondée sur la croissance industrielle qui nous emmène dans une impasse à une société de soutien du vivant. Cette vision se fonde sur des éléments de constat, notamment la réalité de plus d’un million d’organisations dans le monde œuvrant déjà pour la durabilité écologique et la justice sociale sans compter toutes les actions de résistance citoyenne comme celles influencées auprès des jeunes par la jeune activiste suédoise Greta Thunberg. Cette voie qui invite à jouer collectif encourage un engagement actif. Cependant, Joanna Macy souligne que ce changement de posture passe par un changement de conscience individuelle avec plus de compassion, de sentiment d’appartenance et de gratitude pour la beauté du vivant et de notre planète.
En contributeur pour un changement de cap, je propose de l’éclairer avec au moins trois axes d’évolution que plusieurs auteurs engagés reprennent dans leur philosophie pour un nouveau monde :
1 Retrouver, chacun à sa manière, un lien de proximité avec les espèces vivantes non humaines , arbres, fleurs, animaux sur terre, sous terre, dans le ciel et en mer.., Cette nouvelle reliance passe par exemple par le changement de regard sur les arbres qui sont effectivement les grands protecteurs de notre santé par leur travail quotidien de captation du carbone, du rejet de l’oxygène dans l’atmosphère, de l’évapotranspiration pour nous rafraîchir en forte canicule, ou encore renforçant notre système immunitaire avec l’effet des phytoncides. C’est en plus les considérer comme des partenaires de vie qui peuvent nous communiquer à leur manière des enseignements et de la sagesse à travers leur longévité et leur force tranquille.
2 Travailler son engagement pour un changement de cap à partir de son intériorité. C’est notamment l’approche proposée par Michel Maxime Egger (3), sociologue et écothéologien suisse qui évoque la posture du méditant militant. Il souligne que la force d’un engagement dans la durée s’enracine avant tout dans un désir profond du cœur…et que ce désir peut émerger grâce au silence intérieur et à la méditation. Ainsi, dans une conférence récente, il insiste sur une attitude intérieure qu’il nomme le « non agir », une forme de lâcher prise qui ouvre la possibilité à l’énergie du vivant d’agir à travers nous. Nous sommes ainsi en dehors du dictat du petit égo qui aurait envie d’être admiré en jouant le rôle d’un militant d’une grande cause écologique…
3 Collectivement, pour sortir des scénarii conditionnant de sociétés modernes ultraconnectées, robotisées, avec l’intelligence artificielle ou encore de scénarii catastrophes dont les films à grand spectacle ont imprégné notre cerveau d’images mentales, il semble opportun d’inventer une nouvelle histoire, un nouveau récit. C’est notamment ce que suggère Cyril Dion (4), coauteur du film Demain et cofondateur avec Pierre Rabhi du mouvement Colibris.
Comment ? Partir déjà de l’existant même à petite échelle comme les oasis promus par Pierre Rabhi (5) qui sont des espaces de vie, de travail, de communauté cherchant à vivre dans le respect de la nature et de la sobriété…heureuse . Faire émerger une vision d’un futur désiré qui donne envie, qui fédère de manière large une population dans ses diverses composantes, jeunes, salariés, retraités, hommes et femmes…
Et si….nous imaginions ce nouveau monde aujourd’hui comme le suggère Joanna Macy.
« Quand nous mettons en images l’avenir que nous espérons,
nous renforçons notre conviction que cet avenir est possible ».
😀 3-3-3 = 3 constats-3 types de comportement-3 pistes ou axes d’évolution.
- Une autre fin du monde est possible – Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre) : Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle ; 2018
- L’espérance en mouvement ; Joanna Macy et Chris Johnstone ; 2018
- Ecospiritualité, réenchanter notre lien à la nature ; Michel Maxime Egger ; 2018
- Petit manuel de résistance contemporaine ; Cyril Dion ; 2018
- Vers la sobriété heureuse ; Pierre Rabhi ; 2010
ELOGE DE LA MARCHE AU PRESENT
Je marche, tu marches, nous marchons. Jamais, je n’ai constaté autant de marcheurs. Marcheurs dans la ville car le citadin ne peut plus vraiment s’arrêter dans les bars et restaurants interdits. Marcheurs à la campagne, dans les forêts, en bord de mer pour échapper au port obligatoire du masque et retrouver un semblant de liberté de vivre.
Et les médecins vous confirmeront que la marche est en elle-même bonne pour notre santé physique et mentale. Elle oxygène notre cerveau, elle mobilise notre cœur dans l’effort et une bonne partie de notre chaîne musculaire...et nous rappelle que l’homme préhistoire duquel nous descendons, l’homo erectus, s’est effectivement un jour mis debout et a vécu essentiellement debout et en plein air.
Y compris pour des personnes qui éprouvent une mobilité difficile liée à une obésité ou une maladie spécifique, la marche reste un grand facteur de santé individuelle et collective, surtout en période de pandémie.
Cette éloge de la marche, je souhaite la compléter par une approche complémentaire.
D’abord, nous disposons d’un éventail large de formes variées de marches grâce au développement des activités sportives. La marche nordique, marche avec bâtons dont je suis animateur moi-même et qui se pratique sur tout terrain : sur un chemin forestier, en moyenne montagne, et sur le littoral maritime ; la marche aquatique ou longe-côte qui draine de plus en plus de séniors dans la mer en bordure de littoral, une marche tonique qui profite de l’iode marine et se pratique même en hiver avec une bonne combinaison intégrale isothermique. Je pourrais aussi évoquer la marche athlétique dont le recordman du monde est un français, Yohann Diniz qui a parcouru les 50 kilomètres à plus de 14 km/heure (1)…en marchant.
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Enfin, il existe une marche plus discrète, non portée par les fédérations sportives comme celles que j’ai citée précédemment, et qui revêt une valeur particulière : la marche méditative.
De quoi s’agit-il ?
C’est une marche de pleine conscience qui vise à nous ramener sur terre, dans l’ici et maintenant. Un de ses grands adeptes est le moine d’origine vietnamienne installé en France, Thich Nhat Hanh. Laissons-lui la parole car il la pratique tous les jours et souvent avec des groupes de retraitants dans le village des Pruniers qu’il a crée en Dordogne.
« Quand nous marchons, nous produisons l’énergie de pleine conscience. Au lieu de penser à ceci et cela, prenez simplement conscience du contact entre votre pied et le sol. L’attention à ce contact est vraiment porteuse de guérison… Chaque fois que vous devez vous rendre d’un endroit à un autre, vous pouvez appliquer les techniques de la méditation marchée…Arrêtez de penser, arrêtez de parler et touchez la Terre de vos pieds. » (2)
Et ce qui surprend dans le vécu de cet homme imprégné de sagesse et de paix, c’est qu’il le vit non comme une ascèse, une discipline mais d’abord dans le fait qu’il aime, qu’il éprouve de la joie à cette pratique que certains pourraient trouver banale. Et l’enjeu est aussi de renouer un vrai contact avec le vivant, la Terre maltraitée depuis trop longtemps par nos pollutions, nos exploitations, et nos pillages industriels massifs. Ecoutons la voix du cœur de Thich Nhat Hanh :
« Vous pouvez focaliser votre attention sur votre plante de pied. Sentez le contact de votre pied avec le sol. Vous êtes tout en bas, dans votre pied, et non là-haut dans votre tête. Il y a en vous cette sensation d’être en contact avec la belle Terre Mère. » (2)
Pour ma part, je pratique cette marche régulièrement en montant l’escalier jusqu’à notre appartement au 2ème étage d’une résidence. Je quitte mon mental pour mettre mon attention dans mes pieds et même dans l’écoute du bruit feutré de mes pas. C’est étonnant de sentir comment cette simple focalisation de quelques instants libère notre cerveau et nous allège.
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En tant que coach, quand je peux proposer un coaching dans un espace vert, je donne souvent comme simple consigne à la personne accompagnée : « Nous allons revenir dans la salle en silence. Je vous invite simplement à mettre votre attention dans vos pieds. Marcher vraiment avec vos pieds. Goûter les sensations différentes des sols traversés… » Ce petit voyage a le grand mérite de couper pour un temps le moteur souvent trop ruminant du mental pour replacer le curseur au bon endroit : vivre l’instant présent.
Oui, nous avons la chance de disposer d’un outil gratuit accessible à tous (ou presque) et qui peut offrir un espace de ressourcement, de paix et même de contentement intérieur sans se déplacer au bout du monde.
Alors la prochaine fois, donnez vous un petit défi sur un parcours repéré : stop au mental et je place toute mon attention dans le mouvement de mes pas. Goûtez ce moment présent, unique, simple !
Je marche sur la terre,
Je pose mon pied doucement,
Mère Terre me nourrit.
1 Le 50 kilomètres en 3h 32 minutes 33 secondes au championnat d’Europe à Zurich le 15 août 2014, soit à 14,11 km/h.
2 Extrait du petit ouvrage de Thich Nhat Hanh : « marcher en pleine conscience »
De la vulnérabilité au « prendre soin de soi et des autres»
Pourquoi nous aura-t-il fallu une pandémie à l’échelle mondiale avec un virus mortel et incontrôlable à ses débuts pour secouer les êtres humains sur terre et les remettre en face de la nécessité du lien, du prendre soin de l’autre ? Notre société emmitouflée dans le « toujours plus » de la consommation de biens et de plaisirs addictifs nous a-t-elle rendu aveugle devant notre besoin premier d’être relié simplement à d’autres êtres humains pour déployer notre humanité car l’homme est avant tout un animal social ?
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Dans cette quête d’un sens de l’humanité en mutation, j’ai puisé dans la lecture d’auteurs qui ne font pas nécessairement le buzz des plateaux de télé, quelques repères relatifs au lien et à la vulnérabilité.Ilios Kotsou, psychologue du courant de la psychologie positive, dans son ouvrage « éloge de la lucidité », témoigne du fondement du lien : « La fragilité est aussi ce qui nous unit : sans elle, nous n’irions pas vers les autres. Elle participe à la création du lien, elle permet d’être touché par l’autre. … La douceur envers nous-mêmes et l’acceptation de notre fragilité nous poussent à entretenir une relation plus amicale avec nous-mêmes, ce qui nous ouvre à un rapport plus apaisé avec le monde. » Ainsi, c’est vraiment quand nous nous mettons à l’écoute de notre propre fragilité humaine, notre peur de la maladie, du virus, de la mort que nous pouvons entrer dans une relation plus authentique avec autrui. Le philosophe Bertrand Vergely pousse le curseur encore un cran plus loin : « Le sens de la vulnérabilité est de nous débarrasser d’une force illusoire pour s’appuyer sur notre potentiel divin » . Il illustre cette conviction profonde avec la fable de La Fontaine du lièvre et de la tortue. Le lièvre, le surdoué aurait dû gagner la course mais c’est la tortue qui gagne. En fait, le lièvre croit tellement à sa supériorité qu’il s’en aveugle et part trop tard tandis que la tortue connait et accepte ses limites et en fait bon usage. Nouvelle moralité proposée par notre philosophe : savoir rentrer en soi pour utiliser les forces qui sont en soi.
Le point de départ de l’attention à l’autre, du prendre soin de l’autre me semble être d’abord cette reconnaissance de notre propre vulnérabilité que nous cachons souvent socialement à l’intérieur d’une cuirasse du paraitre, d’un rôle social délimitant les postures acceptables. Imaginons un instant un manager, reconnaissant une grave erreur d’analyse stratégique et pleurant devant ses employés. Imaginons, devant les caméras, un décideur politique reconnaissant avec humilité un manque de discernement sur le choix d’investissement….
Cependant, quelques lumières s’allument depuis les applaudissements au balcon à 20 heures pendant le premier confinement en 2020 lié à la protection contre le coronavirus. Un exemple : le management avec l’éthique du care. De quoi s’agit -il ?
Dans une conférence (1) donnée à l’école de management de Grenoble, après le premier confinement, Benoît Meyronin, professeur dans cet établissement et directeur général chez Care experience et qui est engagé depuis plusieurs années dans une recherche action sur un management avec l’éthique du care précise les 4 besoins fondamentaux à prendre en compte dans le milieu professionnel : le besoin de confiance ( faire confiance, c’est accepter de se placer dans une position de vulnérabilité »), le besoin d’être écouté, d’un espace d’écoute réelle, voire d’accompagnement, le besoin d’être acteur, le pouvoir d’agir avec une marge de manœuvre, et le besoin de reconnaissance incarné par le fait de recevoir des feed back de la hiérarchie notamment. Cette pratique s’incarne dans la reconnaissance de l’interdépendance entre les personnes. Nous sommes tous potentiellement receveurs et donneurs de soin, d’attention et d’écoute d’autrui. C’est le principe de réciprocité. Benoît Meyronin, dans cette vision, a ainsi proposé le principe de « symétrie des attentions » (2) dans la pratique d’une entreprise. Ce n’est pas une vision idéaliste hors sol car des managers l’appliquent sur le terrain. Ainsi, Christel Pujol, directrice à la SNCF du réseau TGV Ouest ( 1400 agents), témoigne dans la même conférence comment, après la phase de sidération consternation du début de confinement, elle a mis en place une stratégie de proximité avec ses managers et ses agents avec des rituels collectifs de briefing hebdomadaires devenus quotidiens. Ainsi, s’est créé une boucle qualité efficace pour rassurer les agents, fixer un cap avec les managers, et renforcer le collectif.
Même si l’appellation management par le care n’est pas très marketing, très fun, la fragilité sociale collective amplifiée par la crise sanitaire, économique sans oublier la crise écologique en fond de tableau, nous ramène à cette réalité première : apprendre à nous protéger ensemble les uns avec les autres, réapprendre une solidarité humaine dans la réciprocité et redonner tout son sens à la qualité du lien humain.
Notre société en transition a davantage besoin aujourd’hui
de tortues lucides et courageuses
que de lièvres surdoués et inconscients.
(1) lien vers la conférence : éthique du care et management ; 14 mai 2020.
(2) La Symétrie des Attentions pose comme principe fondamental que la qualité de la relation entre une entreprise et ses clients est symétrique de la qualité de relation de cette entreprise avec l’ensemble de ses collaborateurs. C’est un concept exigeant pour un manager car c’est de sa posture que se modélise l’organisation de la qualité attentionnelle au sein de l’entreprise. Que dire d’un manager qui reçoit ses collaborateurs sans décoller son nez de l’ordinateur et estime qu’il est d’abord centré sur la qualité du service au client !
CAP VERS LE NOUVEAU MONDE
Quand Christophe Colomb, en 1492, après une traversée maritime de près de 9 semaines avec ses deux caravelles et la Santa Maria, accosta sur une ile ( aujourd’hui le Salvador), il crut avoir découvert le continent indien…alors que ses voyages successifs d’explorateur le conduisaient vers un nouveau continent baptisé l’Amérique. Il ne le sut pas de son vivant !
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En 2021, les phares exorbitants, amplificateur, déformateurs des médias modernes et des réseaux sociaux pourraient aussi nous aveugler et nous faire voir qu’une seule réalité.
La violence sociale semblerait croitre sous toutes ses formes, du fait dit « divers », au terrorisme aveugle en passant par le fanatisme religieux jusqu’aux guerres ethniques ou entre pays. Or, le psychologue américain de Harvard, Steven Pinker, dans un ouvrage récent « La part d’ange en nous, histoire de la violence et de son déclin » a démontré que ,concernant tous les phénomènes de violence sur notre terre, notre siècle est, comparativement aux époques précédentes, le moins violent. La pauvreté est présente et la crise sanitaire mondiale a pu plonger beaucoup de salariés dans la précarité salariale et psychologique. Les dictatures, dans le monde, restent une réalité de Poutine, en Russie, en passant par Erdogan en Turquie et Bolsonaro au Brésil.
Et pourtant, des petits signes « lumière » pourraient nous sortir du brouillard médiatique amplificateur de peurs et de blabla en continu de certains médias.
1 la crédibilité croissante des mouvements citoyens pour changer de cap à l’image des colibris ou encore du mouvement de la transition dans l’inspiration de l’anglais Rob Hopkins. Cette vague a bénéficié d’une médiatisation forte à travers le film Demain de Cyril Dion et Mélanie Laurent qui a obtenu à Cannes, le césar du meilleur documentaire en 2016.
2 La reconnaissance montante du statut de la femme dans le monde du travail avec, en France, une série de mesures de non discrimination et de recherche d’équité. Cette percée féminine dans l’accès aux postes à responsabilité est susceptible de transformer les modes de management masculins. Ainsi, la dimension d’accueil, de réceptivité, de tolérance à la différence semble aussi une dimension féminine que des hommes peuvent aussi incarner dans leur polarité féminine à condition qu’elle ne soit pas étouffée par une culture ambiante.
3 La prise de conscience collective et l’activisme non violent des jeunes générations pour sauver la planète Terre et permettre une vie humaine acceptable pour demain. La figure emblématique de ce mouvement est incarnée par la jeune activiste Greta Thunberg, 18 ans, dont la grève du vendredi, seule devant le parlement suédois a fait le tour du monde des réseaux sociaux. Depuis 2018, d’autres Greta Thunberg ont pris le relais dans de nombreux pays pour organiser les « frydays for future », autrement dit les « vendredis pour le futur » autour de manifestation lycéenne et étudiante pour lutter contre le réchauffement climatique.
4 des manières nouvelles de recréer du lien entre les exécutifs, les politiques et les citoyens. Face à la moindre crédibilité des hommes politiques dont le comportement est largement critiqué et suscite la méfiance par rapport à des promesses énoncées et non tenues, émergent des tentatives de retisser un lien plus direct. La mise en place de la convention citoyenne en 2019 en France avec 150 citoyens tirés au sort a pu aboutir à la formulation de propositions concrètes « travaillées » avec l’appui d’experts et remises officiellement au président de la République pour répondre à l’objectif 2030 de baisse de 40 % de l’émission des gaz à effet de serre. Même si la remise en cause des accords donnés par le président lui-même est regrettable, il est significatif de constater que les citoyens tirés au sort continuent de leur propre volonté ce combat pour la planète.
5 enfin, l’émergence un peu plus visible dans certains médias des philosophes, sociologue, hommes et femmes de sagesse pour tenter de proposer des nouveaux repères de sens à une population plongée dans l’incertitude de la durée indéterminée d’une crise sociale et économique mondiale. Ainsi, Frédéric Lenoir, philosophe qui vient d’écrire en 2020 avec Nicolas Hulot « D’un monde à l’autre, le temps des consciences » appelle à une véritable conversion des esprits et des modes de vie pour accéder à cet autre monde plus solidaire, plus équitable, plus fraternel et plus relié à la mère Terre.
Dans ce passage vers ce nouveau monde et pour éviter l’aveuglement d’un Christophe Colomb, je plaide pour que notre humanité porte davantage son attention, sa centration, son ancrage vers ces signes lumière et se mette vraiment à l’écoute, non pas des influenceurs tournés vers leur audimat de like ou d’abonnés sur leur chaine You Tube, mais vers ces hommes et ces femmes de sagesse encore trop discrets.
Aussi, je voudrais donner la parole à une grande dame de sagesse, de la poésie à la passion de vivre, Christiane Singer (1943-2007) qui a tenu un journal personnel pendant les 6 mois qui lui restaient à vivre dans son combat avec le cancer. Voici un bref échantillon de son hymne à la vie :
Une suggestion simple pour ce combat positif pour la vie ici et maintenant sur terre, en acceptant notre passage de mortel. Et si nous activions sur notre clavier d’ordinateur tous les premiers du mois le mot paix ou le mot sagesse sur internet pour changer peu à peu les courants influenceurs…et alimenter le courant vivant de la vie !
méditer chaque jour pour travailler autrement
Dans la galaxie des livres nombreux relatifs à la méditation, vient d'être publié fin 2020 « quand méditer donne du sens au travail". Or, cet ouvrage offre une perspective vraiment originale . Sous-titré " manuel de méditation pour l'entreprise et pour soi", en quoi contribue-t-il à une vision renouvelée de la méditation, phénomène social en expansion dans nos sociétés en crise ?
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- il est écrit par un moine bénédictin d'origine irlandaise de 71 ans et responsable d'une organisation dite communauté mondiale pour la méditation chrétienne, avec une longue expérience profonde de rencontres de méditants et de formateur à la méditation à travers le monde entier. Il entretient aussi un dialogue avec les autres spiritualités dont le bouddhisme.
- l’approche de Laurence Freeman cherche à clarifier ce qui distingue la méditation dite de pleine conscience initiée en particulier par le professeur américain Jon Kabat-Zinn, et la méditation spirituelle telle qu'il invite à la pratiquer au sein de sa communauté avec des milliers de groupes de pratique essaimant dans le monde. Elles ne sont pas à opposer, elles sont complémentaires La première permet de réduire le stress, en diminuant notamment l’agitation du mental. Elles offrent toutes les deux des bénéfices physiologiques et psychologiques attestées par de nombreuses études scientifiques pour la méditation de pleine conscience. Pour le pratiquant de la méditation de pleine conscience, l’attention reste centrée sur lui, sur ses pensées, ses sensations même si la consigne reste de laisser passer les pensées comme des nuages dans le ciel. Concernant la méditation spirituelle proposée par Laurence Freeman, elle invite à détourner l’attention de son petit moi avec la répétition d’un mot court ou mantra pendant tout le temps de la méditation (20 à 30 minutes) . C’est une pratique de dépossession de soi, d’acceptation de sa pauvreté. La recommandation est une pratique quotidienne et, autant que possible, deux fois par jour. Elle contribue, au fil du temps, à entraîner l’esprit dans une attention et une présence plus attentive aux autres. Alors, le méditant constate qu’il contrôle davantage son impatience, ses paroles et améliore ainsi sa qualité de présence dans l’ici et maintenant.
L’effet de la méditation spirituelle constaté dans le monde du travail avec une focale sur des leaders d’entreprise. Ainsi, l’ouvrage dense se termine par des témoignages de responsables d’entreprise et d’étudiants en MBA à l’université de Georgestown aux Etats Unis qui ont suivi le cours « méditation et leadership ».
Quelques relevés signifiants parmi cette dizaine de verbatim. « J’ai atteint un niveau plus élevé de connaissance, de compréhension et même d’amour de moi-même…j’ai l’intention de maintenir la pratique. » ; « En cas de stress extrême, lorsqu’il s’agit de respecter les multiples échéances, j’ai trouvé très utile de commencer par une courte séance de méditation : j’en sors avec un esprit renouvelé et détendu. » ; « La méditation a été une révolution pour moi, parce qu’elle m’a permis de commencer enfin à me comprendre et à me respecter suffisamment pour savoir que j’ai besoin de ce mode d’intériorité. » . Un grand cabinet d’architectes à Singapour a intégré la méditation comme rituel au début de chaque journée de travail pour un groupe volontaire après une initiation proposée à tous les membres par Laurence Freeman. Et le témoignage d’un grand patron américain, lui-même enseignant la méditation, qui explique qu’il médite depuis 42 ans. Il souligne que sa créativité ne vient pas de son mental mais davantage de la pratique méditative et il recommande à tous les chefs d’entreprise de prendre un temps de silence méditatif au début de leur réunion pour améliorer ensuite la fluidité de leur communication collective.
Laurence Freeman rappelle que la méditation touche toutes les traditions spirituelles et qu’elle est un trésor universel de sagesse millénaire. C’est un processus de transformation personnelle et professionnelle avec un paradoxe à relever. La pratique est bien un choix individuel et une discipline de fidélité quotidienne et pourtant, pour ceux qui en font l’expérience, elle nous sort du sentiment d’isolement. Elle nous réhumanise, revitalise la bonté humaine au cœur de l’homme…ce qui contribue à redonner du sens aux collectifs de travail imprégnés de cette pratique.
Avec un humour bien irlandais, Laurence Freeman ose formuler une offre aux lecteurs : « Si la méditation ne fait pas de vous une personne plus aimante, nous vous rembourserons le prix que vous avez payé pour ce livre ; mais vous devez d’abord méditer pendant vingt ans ! »
Alors, lecteur, lectrice, vous commencez quand ?
Un car lancé à plus de 200 kilomètres heures
Le car international "terratoxica" est parti depuis quelques jours. A son bord, plusieurs chauffeurs de diverses nationalités se relayent jour et nuit. A côté, des conseillers techniques pour indiquer le parcours mais ils sont nombreux et pas tous d'accord sur le choix de l'itinéraire. Il y a de temps en temps des pauses pour se mettre d'accord et ça prend du temps. Dans l'autobus, se trouvent un peu à l'écart, des experts de la route et de la prospective mais on considère qu'ils sont trop prudents et on ne les écoute pas beaucoup. En effet, des personnes de toute nationalité à l'avant du bus crient sur les chauffeurs pour aller toujours plus vite car ils ont des affaires sérieuses, des business qui les attendent à l'arrivée. Et sous leur influence, leur pression, le car a même dépassé la vitesse autorisée : il est lancé sur une route qui semble droite à près de 200 kilomètres heure. Mais , il y a aussi des passagers que l'on empêche de monter vers l'avant et qui sont de plus en plus inquiets de la vitesse prise par le car. Ils tentent pas tous les moyens de faire remonter des messages aux conducteurs mais ceux là sont tellement sous la pression des conseillers tout proches qu'ils ne prennent même pas le temps de lire le peu qui leur parvient. Ils semblent comme sourds. Au fond du car, beaucoup de jeunes ont fait le choix collectif de crier, de hurler, de chanter pour que le car freine et change de direction. Eux pensent vraiment que l'accident n'est pas loin, ils sont jeunes , ils ne veulent pas mourir. Mais , le plus incroyable, dans cette aventure folle, c'est que ni les chauffeurs, ni leurs conseillers ne semblent entendre les cris venant du fond du car et pourtant,, ils les entendent depuis plusieurs jours. Discrètement, certains conseillers ont même menacé ces jeunes de les punir s'ils continuaient leur vacarme qui ne sert à rien.
Et brusquement, l'histoire de ce car prend une tournure complétement inattendue...Vous voulez savoir ce qu'il est devenu ?
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Un pneu éclate à plus de 200 kilomètres heures. Le car se renverse sur un côté et fait une longue glissade. Plusieurs chauffeurs et conseillers à l'avant sont tués sur le coup. Quelques conseillers , quelques crieurs du devant , des experts et heureusement, la plupart des jeunes à l'arrière ont survécu. Et là, il se passe quelque chose d'incroyable : les jeunes prennent le pouvoir, ligotent les crieurs "business men" inconscients et les conseillers malveillants, demandent l'appui des experts pour trouver une solution. En effet, le car traversait un grand désert .
La solution trouvée ? Partir à pied avec des provisions d'eau et de nourriture.
Epilogue. Après plusieurs jours de marche, ces rescapés sont arrivés dans un petit village d'un peuple premier qui les a nourri, leur a donné des remèdes à base de plante pour les blessés. Ils sont restés plusieurs jours dans ce village où il n'y avait pas de conseiller, par de crieur business man et simplement des hommes et des femmes se nourrissant de la nature et des animaux de leur environnement. Ils ont tout partagé avec ces rescapés malgré leur petite réserve de nourriture.
Et si ce bus était notre Terre avec ses habitants lancée dans une course poursuite suicidaire avec toujours plus de consommation, de pollution, de destruction des sols et des ressources naturelles. Les chauffeurs sont les décideurs politiques des Etats, les conseillers, tous les influenceurs autour d'eux proches des lobbies, et les crieurs sont les patrons des lobbies financiers et économiques avides du toujours plus. Les experts sont notamment ceux du Groupe Intergouvernemental pour l'Evolution du Climat (GIEC) qui alertent depuis sa création en 1988. Les jeunes sont ceux qui ont développé une conscience écologique et qui ont osé interpellé les décideurs comme la jeune activiste suédoise de 17 ans Greta Thunberg.
Qui pourrait arrêter cette course folle ? Quelle sera la crevaison qui va permettre d'arrêter cette destruction massive organisée avec la complicité des lobbies financiers et économiques de la planète ?
A suivre au prochain épisode : une lumière dans la nuit.
SORTIR DE L'INACCEPTABLE POUR ...
« Ces violences contre des policiers et des commerces sont inacceptables », twitte le ministre de l’intérieur en France après une journée de manifestation à Paris qui a dégénéré en affrontements physiques. Un restaurateur parisien, devant des journalistes, après le saccage de son restaurant avec des bris de glaces : « C’est inacceptable cette violence gratuite. En plus, nous sommes toujours fermés suite à la poursuite de la règle posée par le gouvernement avec le COVID. Double peine… ». Vous perdez un proche dans des circonstances inattendues ( accident,..°) « Pourquoi lui, elle qui aimait la vie ??? Inacceptable. Impossible à admettre. » . Le mot inacceptable pose une première digue sur un fait, un événement que notre conscience humaine ne peut tolérer ou même admettre. C’est sans doute un moyen instinctif d’encaisser le choc . Mais cette digue, si elle persiste durablement, a l’inconvénient de nous enfermer dans des comportements rigides et même mortifères. Enfermement dans le déni. Des parents qui n’arrivent pas à faire le deuil d’un enfant disparu tragiquement. Elisabeth Kübler-Ross (1926-2004), psychiatre reconnue pour son modèle d'accompagnement des malades en fin de vie, a conceptualisé la courbe du deuil en 5 phases en montrant que le déni est généralement la première phase avant de reconnaitre, d’intégrer dans sa sensibilité humaine cette souffrance trop dure à digérer au début. Quant aux inacceptables que nous prononçons devant des faits sociaux, deux versants peuvent s’observer. L’un est une forme de résignation . « C’est la violence, ça fait partie de notre société, qu’est ce qu’on y peut. A moins de chercher encore des boucs émissaires. Les parents qui n’ont pas su donner une éducation structurante à leurs enfants, violents d’aujourd’hui, le gouvernement qui n’agit que par acte d’autorité brutale, ou encore cette société pourrie par la surconsommation et le chacun pour soi." L’autre versant conduit à la révolte qui peut engendrer le passage à l’acte. Combien de révolutions dans le sang pour contester un dictature sanguinaire elle-même. La violence qui s’enchaine à la violence dans un espèce de cercle systémique. Pourtant, il y aurait peut-être lieu de prendre distance notamment par rapport à la surmédiatisation des phénomènes de violence qui font le business des chaines télévisuelles, des journaux ou des sites médiatiques sur les réseaux sociaux. En effet, le professeur de psychologie à Harvard d’origine canadienne, Steven Pinker a démontré, dans une analyse historique remarquée (1), que ,concernant tous les phénomènes de violence sur notre Terre, notre siècle est, comparativement aux époques précédentes, le moins violent.
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. Alors quelle alternative sur la crête entre le versant « résignation-fatalisme » et le versant « révolte-passage à l’acte » ?
Pour ma part, je suis habité par l' Espérance. Edgar Morin (2), sociologue de la pensée complexe, le réitère dans ses derniers ouvrages. L’espérance, c’est croire aussi à l’improbable qui peut advenir contre les forces de haine et de destruction. L’histoire le démontre avec des événements comme le débarquement en Normandie des forces alliées qui a renversé le cours de la deuxième guerre mondiale ou encore la chute du mur de Berlin en 1989. Une américaine, écophilosophe , Joanna Macy, militante activiste depuis plus de 50 ans pour la protection de notre terre et sa biodiversité a écrit un ouvrage traduit en français par « l’espérance en mouvement » (3). A souligner qu’ Edgar Morin a 99 ans et Joanna Macy 91 ans. Leur traversée du siècle n’a pas éteint dans leur regard cette étincelle qui leur fait écrire, répéter qu’ espérer, c’est croire au possible, c’est croire qu’une autre histoire peut s’écrire demain, c’est croire que nous pouvons agir autrement. Le 13 novembre 2015, la salle de spectacle le Bataclan, au cœur de Paris et en plein concert, est mitraillée par un groupe terroriste. Antoine Leiris, journaliste perd tragiquement sa femme dans cette horreur collective. Trois jours après, veuf à 34 ans et père d’un petit garçon d’un an, il a le courage et la lucidité de poster sur un réseau social un message avec le titre « vous n’aurez pas ma haine » et dont le texte sera lu plus de 200 000 fois avec en particulier ce passage « Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr (par rapport aux terroristes). Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes » Ces hommes et ces femmes, dans un monde parfois obscurci par la violence, l’absurde, et l’incompréhensible, nous indiquent qu’une étoile brille toujours, par tous les temps, sur notre planète Terre : l’étoile de l’espérance… à condition de lever les yeux vers le ciel et de marcher à sa suite.
- Steven Pinker : « la part d’ange en nous, histoire de la violence et de son déclin », Arènes, 2017
- Edgar Morin : « Changeons de voie, les leçons du coronavirus », Denoël,2020
- Joanna Macy : « L’espérance en mouvement », Labor et fides, 2018
LE PETIT LIVRE BLEU D'EDGAR
LE PETIT LIVRE BLEU D’EDGAR
L’œil toujours alerte et pétillant, à plus de 99 ans, celui qui a failli mourir étranglé par un cordon ombilical en 1921, est bien vivant et vient de produire un petit livre bleu : changeons de voie, les leçons du coronavirus. Cet homme qui a traversé un siècle d’histoire, vous l’avez sans doute deviné, est Edgar Morin, sociologue et philosophe reconnu largement pour sa pensée complexe et visionnaire. Ce livre, je ne peux et ne souhaite pas le résumer. J’ai lu presque en une fois ces 150 pages qui nous révèlent un peu plus les dessous de notre histoire moderne menant à ce qu’il nomme la mégacrise. Dans le respect de cette œuvre à lire, je me contenterai, comme un peintre, de vous donner quelques touches de couleur.
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Première touche, le résumé singlant d’Edgar Morin : « Comme nous l’avons annoncé en introduction, la mégacrise provoquée par le coronavirus est le symptôme brutal d’une crise de la vie terrestre ( écologique), d’une crise de l’humanité, qui est elle-même une crise de la modernité, une crise du développement technique, économique, industriel, une crise du paradigme maître qui a organisé et imposé toutes les forces désormais déchaînées dans une course à l’abîme ». Ainsi, il va dresser le tableau de 15 leçons du coronavirus, souligner 9 défis pour notre monde et enfin plaider pour un humanisme régénéré.
Deuxième touche : à la différence d’autres auteurs à la pensée binaire , il relie des enjeux en montrant l’importance pour sortir de cette crise de conjuguer des dimensions qui pourraient sembler opposées. Mondialisation et démondialisation. Mondialisation pour déployer des liens et des coopérations à l’échelle planétaire ( exemple plusieurs pays qui envoient des équipes de secours sur des séismes localisés) . Démondialisation économique pour que les Etats redeviennent autonomes pour leur santé, leur alimentation ou encore leur énergie. Croissance et décroissance. Croissance de l’économie des besoins essentiels autour de la santé, de l’éducation, de l’agriculture agroécologique( cf Pierre Rabhi). Décroissance pour réduire « l’économie du frivole et de l’illusoire » : la publicité, la nourriture industrielle ( en boîte…), les objets jetables, le nombre de véhicules ou encore le trafic aérien. Développement et enveloppement. Développer non seulement la technologie au service de la vie mais le non quantifiable comme la culture . Envelopper par la solidarité ce développement pour lui donner un sens.
Ainsi, dans sa vision du futur, Edgar Morin en appelle à avancer vers un humanisme dans lequel chacun considère la terre comme une patrie et cite Montaigne qui écrivait en 1580 : « J’estime tous les hommes mes compatriotes ». Accepter l’unité du genre humain sur un plan biologique et génétique et en même temps reconnaitre la diversité des cultures à travers leurs mœurs, leurs coutumes, leurs rites, leurs croyances, leurs musiques. En cette période marquée tragiquement en France par des assassinats barbares ( un professeur d’histoire géographie , trois femmes catholiques dans une basilique et en ce jour un prêtre orthodoxe) au nom d’un fanatisme religieux pathologique en soi, il est urgent de réveiller cet appel que lance Edgar Morin avec une expression qu’il aime répéter : nous sommes une communauté de destin à l’échelle planétaire.
Enfin, j’ai beaucoup goûté le final qui nous invite à lever les yeux vers l’espoir, l’espérance qu’il précise avec quatre principes.
1 le principe du surgissement de l’improbable. Tout est possible face aux vents contraires. Ainsi la victoire des alliés en 1945 n’était pas une certitude devant l’armée hitlérienne. Autre exemple plus proche : la chute du mur de Berlin en 1989. L’improbable reste toujours possible.
2 le principe de régénération. En même temps que des forces régressives alimentent une crise, des forces génératrices et créatrices émergent.
3 Le principe de la chance liée au risque. Il est formulé par Hölderlin, philosophe allemand du XIXème siècle : « Là où croît le péril, croit aussi ce qui sauve. ».
4 Le principe d’aspiration de l’humanité à un monde meilleur qui existe depuis la nuit des temps et nourri par les religions, les idéologies et les mouvements protestataires comme en 1968 en France.
Et si nous prenions ce virage de la nouvelle voie, un virage qui nous offre une chance de renouer avec les valeurs de la vraie vie et non du profit, de retisser des fraternités à l’échelle locale et « vivre poétiquement , c’est-à-dire dans l’épanouissement et la communion ». La deuxième vague du confinement en Europe, avec notamment le principe de régénération, peut devenir ce levier d’opportunité.
EPISODE 5 : un monde en quête de sagesse
LE SILENCE INTERIEUR, une ressource qui mérite d’être cultivée.
Nous sommes une quinzaine d’adultes face à la mer, en silence, baignés par son murmure régulier du flux et reflux sur la plage. Avec mon groupe de marcheurs nordiques, l’animateur que je suis, leur a proposé de vivre une petite nouveauté. 5 minutes les uns à côté des autres tournant notre regard vers la mer en laissant nos yeux se poser, sans chercher à cogiter, juste goûter ce qui est donné à voir. Waouh ! Pour ma part, le halo de réverbération du soleil sur les flots m’attire, me retient et je reste là en oubliant passé et futur. Presque une communion avec le soleil qui nous a réchauffé en cette matinée d’octobre.
Petite expérience qui m’invite à évoquer ce que je considère comme le grand maitre spirituel du XXIème siècle : le silence intérieur. Trop de bruits, trop de de connexion aux outils numériques, trop de suivi médiatique en continuité qui pourraient nous conditionner à n’être que des réceptacles d’information tout azimut dans le contexte actuel d’une crise sanitaire durable. Un remède pour échapper à cet enfermement subtil, indolore en apparence, est la possibilité de revenir à soi, de se retirer pour taire le moteur incessant du mental (plus de 60 000 pensées par jour) pour se reconnecter à soi, à son intériorité ? Oui, ma conviction intime est que ce remède non vendu en pharmacie est le silence intérieur.
Comment l’approcher, comment le définir ?
Je m’appuierai surtout sur des maitres en sagesse de diverses traditions. Le moine zen d’origine vietnamienne, Thich Nhat Hanh, reconnu pour son enseignement pour la paix, précise : « En réalité, le silence vient du cœur…Il y a des moments où nous croyons être silencieux parce qu’autour de nous, il n’y a aucun bruit ; mais à moins de calmer notre esprit, le bavardage continue intérieurement. Ce n’est pas le silence véritable. Il s’agit d’apprendre à trouver le silence au cœur même de toutes les activités. » (extrait les bienfaits du silence). Ainsi, si la méditation aide à cultiver par l’immobilité, la centration sur le souffle et le fait de laisser passer toute pensée comme un nuage dans le ciel, et donc indirectement le silence intérieur, il est aussi important de pouvoir retrouver ce silence au cœur du quotidien. Retrouver ce silence dans une rue piétonne fréquentée, à la caisse bruyante d’un supermarché ou encore dans une rame de métro aux heures de pointe…pas facile. Et pourtant, l’enjeu est de taille : préserver notre âme, notre connexion interne au cœur du quotidien pour sortir des conditionnements ambiants. Laurence Freeman, directeur spirituel de la communauté mondiale pour la méditation chrétienne souligne les vertus de ce silence intérieur : « Le silence est véridique. Il est guérison. Il pacifie les tourments intérieurs. Il est le remède à la colère destructrice, à l’anxiété, à l’amertume. » Le silence devient ainsi un élément essentiel tant de notre santé psychique que de notre croissance spirituelle.
Comment le cultiver en dehors de nos temps de méditation immobiles ?
Dans cette quête très personnelle, j’ai expérimenté plusieurs manières que je vous partage (sans prétendre à l’exhaustivité). Se reconnecter à des moments de contemplation gratuite dans la nature : s’arrêter à l’occasion d’une randonnée et regarder le paysage pour s’en imprégner sans chercher à analyser (expérience citée en début d’article relative à la contemplation de la mer). C’est ainsi une manière de court circuiter notre mental galopant pour retrouver le canal direct des sens : la vue d’un beau panorama marin, forestier, montagnard, rural… ; l’ouïe pour entendre le bruit des vagues, du vent, des oiseaux, …Autre manière dans le cadre d’une journée de travail : pratiquer la pause respiration . Comment ? Lâcher votre souris, vos compagnons numériques si ce sont vos outils de travail, fermer les yeux et revenir à une respiration profonde d’inspire et d’expire, souffler, bailler, et laisser émerger ce qui émerge. Cette pause sans parole avec soi-même peut devenir un rituel quotidien (recommandé au moins une fois par demi-journée) et peut s’avérer ainsi un antidote puissant à la tendance « non-stop » d’une journée dans laquelle certains mangent même devant leur ordinateur ! Et il m’arrive parfois, en cours de journée, de manière inattendue, dans la concentration d’une tâche « d’entendre » le silence, de goûter cette douceur intérieure pleine, une forme de flow (1).
Pour l’heure, j’ai évoqué essentiellement le silence intérieur pour chacun. Je rêve aussi d’une culture du silence partagé dans les lieux de décision politique, économique ou encore au sein du secteur professionnel. Imaginons un conseil des ministres commençant par une minute de silence pour inviter chaque ministre à se reconnecter à lui-même. Cette invitation mériterait d’être adressée aussi aux députés comme aux sénateurs. Quel effet ? Sans doute des énergies moins gaspillées en lutte verbeuse pour plus de lucidité sur l’impact de sa parole ! Et tout simplement évoquons toutes ces réunions professionnelles dans lesquelles chacun est déjà arc bouté sur son dossier à défendre, sa position à sauvegarder…et qui pourraient aussi intégrer un prologue en silence pour que chacun se reconnecte à lui-même.
Et si cultiver le silence intérieur était une manière de nous ouvrir de manière plus authentique aux autres, d’entrer dans des relations moins égotiques, plus tolérantes dans l’accueil des différences de personnalité, de culture, de pensée de religion…. Nous en avons cruellement besoin en ce monde.
Pour aller plus loin, article sur ce blog
Ecouter le silence à l'intérieur, pour plus de conscience de soi et du monde.
- Le flow, concept de la psychologie positive, est un état mental atteint par une personne lorsqu'elle est complètement plongée dans une activité et qu'elle se trouve dans un état maximal de concentration, de plein engagement et de satisfaction dans son accomplissement. Fondamentalement, le flow se caractérise par l'absorption totale d'une personne par son activité. (source wikipédia)