Juste une minute d'ancrage
La scène se situe de manière insolite au sein du film d’Emmanuel Carrère « OUISTREHAM » sorti en 2022 et qui évoque l’infiltration de la journaliste Florence Aubenas dans la vie quotidienne de l’équipe de nettoyage des ferrys reliant une petite ville de Normandie à l’Angleterre. Film avec des actrices non professionnelles qui jouent leur propre rôle d’agents d’entretien au rythme infernal de 4 minutes par chambre…pour débarquer le matin avant l’arrivée des premiers passagers. Des « femmes invisibles » à la tâche ingrate et mettant leur santé à dure épreuve… sans perspective de réelle évolution. Or la scène que je veux évoquer, est un des rares moments festifs du film entre ces femmes et leur coordinatrice. Celle-ci joue la statue figée alors que toutes ses collègues essaient de la déstabiliser pour la faire rire sans la toucher…et n’y arrivent pas ! Elle reste droite, imperturbable et en silence !
Ma lecture est celle de constater la capacité de cette femme à s’ancrer tellement qu’elle échappe aux tentatives de déstabilisation. Certes, nous sommes dans le jeu et au cinéma.
Dans un petit monde agité en ce moment par la montée progressive de la campagne présidentielle avec un cirque « médiatico- politique » où sont disséquées les petites phrases des uns et des autres, il y aurait matière à retrouver le sens de la mesure, de la décence, bref de l’intérêt collectif.
Quand j’observe autant d’agitation, de bla bla, d’interprétation, du bla bla tellement décalé de la vie quotidienne de millions de gens, je reste convaincu qu’il manque ce temps de distanciation, ce temps de suspension de la parole quelques secondes, de silence entre deux prises de parole qui pourraient davantage relier plutôt qu’opposer de manière stérile.
Aussi, je plaide pour qu’un réflexe simple puisse s’expérimenter un peu partout pour redonner du poids à la pensée réfléchie, mûrie, et qui nourrit.
Ce réflexe, je le nomme « la minute d’ancrage ». De quoi s’agit-il ?
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Régulièrement, dans sa journée, chacun peut en faire usage. Il nécessite aucune appareil, aucun compagnon numérique. Il ne fait appel qu’à un désir de couper de temps en temps le moteur du mental, des pensées, de la réactivité pour s’arrêter. Ainsi, c’est stopper son activité, rester debout comme notre statue d’Ouistreham ou assis. Prendre le temps de porter son attention sur ses pieds pour sentir le lien à la terre, cet ancrage un peu comme si nous avions deux racines qui descendent dans l’humus. Puis, revenir à sa respiration, revenir à soi tranquillement. Et ensuite, se poser simplement une petite question intuitive qui pourrait être, en fonction de votre contexte et environnement :
- Comment je me sens maintenant ? Qu’est ce qui m’habite ? émotion plutôt positive, plutôt difficile ? quel mot pour la nommer ?
- Quelle petite action pourrait me faire du bien maintenant ?
- Qu’est ce qui me semblerait opportun de faire ici et maintenant ?
Rien d’extra ordinaire dans ce temps court qui peut durer une minute ou quelques minutes. Et pourtant, quelque chose d’important vient d’être cultivé. Notre capacité à sortir du flux des pensées, de l’agitation, du non repos qui fatigue à la longue et cette ouverture à ressaisir l’instant présent si fugace.
En tant que coach, j’ai souvent vérifié l’opportunité de proposer cette « minute d’ancrage » à mon client en fin de coaching avant de prendre rendez-vous pour la prochaine séance. C’est presque devenu un rituel attendu avec ma petite question : « Qu’est-ce que vous retenez pour vous de cette séance ? ». Et, après un temps de silence qui offre ce temps de distanciation, de relecture de séance, la réponse s’exprime sur un essentiel qui peut aussi me surprendre.
Osons un rêve collectif avec une société qui a choisi d’expérimenter librement ce rituel. Des assemblées d’élus qui commenceraient par cette minute d’ancrage dans un beau silence collectif ; des réunions professionnelles dans lesquelles chacun se pose d’abord en silence, ancré avec lui-même, et deux personnes en tension qui décident de stopper la montée d’adrénaline, d’agressivité pour revenir à un ancrage avec elles-mêmes ! La nature avec ses forêts nous invite naturellement à l’ancrage comme le pratiquent les sylvothérapeutes. Invitation à coller son dos doucement contre un arbre, se déchausser pour être vraiment en contact sensoriel avec la terre, et se laisser toucher par l’arbre, sa présence, sa verticalité et son ancrage physique dans le sol avec ses racines et dans le temps qui dépasse le nôtre.
Juste une minute d’ancrage, juste un temps pour revenir à soi,
se relier aux énergies de la terre, à son souffle
et exister pleinement sans mots, en vérité.
ESPERANCE ET RESILIENCE, deux poumons de VIE pour 2022
« J’ai ancré l’espérance aux racines de la vie » exprime la poétesse Andrée Chedid au début d’un poème exhortatif. « Espérer, c’est croire qu’on peut malgré tout » me rappelait un vieil ami Jésuite, « Pour rencontrer l'espérance, il faut être allé au-delà du désespoir. Quand on va jusqu'au bout de la nuit, on rencontre une autre aurore. » affirme l’écrivain Georges Bernanos. L’espérance n’est pas une eau tiède, c’est une arme de combat.
Oui, en cette nouvelle année, j’ose l’invitation à cette Espérance avec un grand E qui nous invite à sortir de la grisaille d’un climat sanitaire de grande vigilance, de limitation des contacts humains et de lassitude face aux vagues Covid qui se suivent sans annoncer leur fin. Cette forme d’espérance n’est pas à confondre avec le simple optimisme qui croit en ses propres forces pour se sortir d’affaire, se sortir d’une difficulté ou encore d’une épreuve. Elle n’est pas non plus naïveté qui pourrait nous conduire à imaginer que notre petite planète Terre s’en sortira « quoi qu’il en coûte » par le simple effet des progrès technologiques et de l’intelligence des gouvernants et décideurs politiques et économiques face à une crise écologique mondiale non maitrisée.
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Cette Espérance s’accroche à une étoile dans notre ciel. Encore est-il important de sortir de soi et de regarder le ciel pour observer l’étoile. Historiquement, dans le récit biblique, trois mages se sont laissés guidés par cette étoile pour découvrir Jésus dans la crèche, un nouveau-né porteur d’une promesse pour l’humanité. Quelles que soient nos croyances, cette Espérance me semble reposer sur la conviction profonde qu’une étoile, une lumière nous guide sur notre chemin de vie. Comment la garder en vue ? Peut être en acceptant de poser de temps en temps nos smartphones, nos connexions aux compagnons numériques et laisser du vide dans notre espace mental. Accueillir ce rien, cette intuition, cette petite lumière qui guide nos pas vers la lumière de l’aube, avec ses premières lueurs voilées qui annoncent un nouveau jour.
Un deuxième poumon pourrait aussi nous redonner du souffle pour 2022, il se nomme Résilience. Au sens physique du terme, la résilience est la capacité de résistance d’un corps ou d’un matériau à un choc ou à une déformation. Boris Cyrulnik, psychiatre, lui-même résilient, ayant perdu toute sa famille déportée dans les camps de concentration et ayant échappé de peu à la mort durant l’occupation, nous décrit la résilience comme la reprise d’un nouveau développement après un traumatisme. Les résilients refusent leur rôle de victime passive et ont transformé leur souffrance en une volonté de vivre. Il s’agit aussi d’un processus lent qui passe par un mécanisme de défense comme le déni (je refuse de voir cette réalité qui me fait trop souffrir) et peut aussi se réaliser grâce à des personnes ressources appelées tuteurs de résilience. Boris Cyrulnik explique que l’infirmière qui l’a caché pour échapper à une rafle puis sa famille d’accueil jusqu’à la libération et sa tante qui l’a élevé jusqu’à l’âge adulte ont joué ce rôle nécessaire pour qu’il redonne un sens à sa vie.
Que vient donc faire cette résilience pour nous en 2022 ? Pour ma part, c’est oser considérer, comme l’exprime avec beaucoup de poésie notre sociologue centenaire Edgar Morin, que nous sommes dans un monde d’incertitudes avec quelques archipels de certitude. Et 2022 est très riche en la matière : incertitude de l’évolution de la crise sanitaire mondiale, incertitude sur la nouvelle gouvernance de la France à partir des élections présidentielles ; incertitude sur l’évolution du dérèglement climatique, du nombre de réfugiés politiques et climatiques affluant sur l’Europe occidentale, incertitude sur les effets de la montée en « charge économique » de la Chine sur le reste du monde, etc…Et toutes nos situations personnelles, familiales, professionnelles baignées dans des zones plus ou moins troubles ou claires ! Aussi, trouver, bonifier des ressources à la hauteur du cumul de ces vagues stressantes, impactantes pour notre moral et notre psychisme devient une démarche incontournable.
3 questions pour préciser quelles sont les ressources auxquelles vous faites appel dans une période difficile, une épreuve :
1 Qu’avez-vous fait pour pouvoir résister au quotidien ?
2 Comment avez-vous fait pour tenir aussi longtemps ?
3 Et si demain, vous êtes confronté (e) à nouveau à une période difficile, une épreuve, quelles ressources internes ( volonté, persévérance, stratégie de rebond, méditation, visualisation mentale, etc…) et externes ( personnes alliées) vous auriez le désir de mobiliser ?
J’aime à conclure cet article du 1er janvier 2022 par une histoire vraie qui illustre la puissance du couple Espérance-Résilience. En janvier 2021, Antonio Sena qui survole la forêt amazonienne, connait une panne de moteur et réussit un atterrissage d’urgence déjà miraculeux en plein cœur de cette forêt immense. Il a juste le temps de prendre un minimum d’affaires utiles (pain, couteau, lampe de poche, briquet et smartphone) avant que l’avion ne brûle. Il attend 8 jours en vain à côté de l’avion les secours. Puis, il décide de marcher pour survivre. Il va ainsi parcourir 28 kilomètres sous une pluie torrentielle échappant à la menace quotidienne des prédateurs que sont les jaguars et les anacondas. Enfin au bout de 36 jours, il est recueilli par des cueilleurs de noix et il est sauvé.
Que retenir de cette histoire dans un contexte de danger quotidien et d’incertitude totale de survie ?
En matière d’Espérance, Antonio enregistre un message pour sa famille le 5è jour où il dit clairement avec un plein d’émotions : « Je vais essayer de rester en vie…Maman, je t’aime, beaucoup, beaucoup, beaucoup… ». Il se redonne à lui-même une direction : je veux vivre et aussi pour l’amour des siens dont sa Maman. Certes, nous pourrions objecter que c’est d’abord un instinct de survie qui le fait réagir. Il expliquera qu’il a pu survivre en matière alimentaire en regardant ce que mangeaient les singes autour de lui, alliés de fait. J’estime qu’Antonio a su mobiliser toutes ses ressources pour survivre : volonté de marcher malgré la souffrance, l’extrême fatigue, la peur quotidienne et l’observation du milieu pour son besoin de sécurité et apprendre pour son besoin alimentaire. Voilà une belle preuve de résilience face à une épreuve inattendue qu’il n’avait pas imaginée !
Ainsi, avec le brésilien Antonio, constatons que nous disposons de ressources internes souvent plus fortes et durables que nous osons le croire. Certes, je ne souhaite à personne la traversée de l’Amazonie à pied mais je souhaite à chacun de vous la possibilité de faire appel à ses belles ressources résilientes qui redonnent une vision de Vie, d’Entraide mutuelle avec tous les autres êtres vivants humains et non humains !
ANIMAL, trois raisons d'aller le voir
Ce 1er décembre 2021, le film réalisé par Cyril Dion et nommé ANIMAL fait sa grande sortie. J’ai eu le bonheur de vivre il y a une semaine l’avant-première suivie d’un débat en ligne avec le réalisateur lui-même.
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Simple rappel historique : Cyril DION, ancien dirigeant du mouvement COLIBRI initié par l’agrobiologiste Pierre Rabhi, a été le coréalisateur avec Mélanie Laurent du film DEMAIN primé comme meilleur documentaire en 2016 au festival de Cannes.
ANIMAL n’est pas la version 2021 de DEMAIN. ANIMAL est singulier dans sa forme, son rythme et sa finale.
Trois raisons au moins de sortir de chez soi pour le voir :
Première raison.Le film nous place dans le regard de deux adolescents de 16 ans, Bella, anglaise activiste au sein de manifestations contre le réchauffement climatique comme Vipulan en France. Et Cyril Dion, discret derrière la caméra, les emmène au contact direct de scientifiques de renom, biologistes, paléontologues, permaculteurs, philosophes avec qui ils vont poser les questions franches de jeunes anxieux sur l’avenir de la planète. Ce voyage aux quatre coins du monde les emmène aussi sur des lieux emblématiques. Du combat journalier d’un homme avec le soutien d'un collectif qui a réussi à nettoyer une plage de Bombay en Inde de 9000 tonnes de déchets plastiques en trois ans, en passant par le parlement européen où ils poursuivent micro à la main un lobbyiste qui se dérobe, jusqu’à cet élevage industriel de lapins en France. Et là, un dialogue s’instaure entre les deux adolescents et l’éleveur. Devant des lapins blancs morts en cage, Bella et Vipulan expriment sur leur visage un « haut le cœur » et l’éleveur dit simplement que ces pertes sont « normales » et que c’est la pression de la coopérative qui l’oblige à produire beaucoup et toujours plus. L’engrenage de la dépendance au système production-consommation est dévoilé sous nos yeux avec ce terrible dilemme d’un homme qui se dit passionné par son élevage et doit produire de plus en plus vite pour assurer un salaire minimal de survie !
Deuxième raison. Les images, quelles images ! Alternance d’horreurs d’animaux massacrés par l’homme au nom du commerce et du business et d’images magnifiques de relation de proximité entre l’homme et l’animal. Alternance de belles initiatives comme la ferme expérimentale en permaculture du Bec-Helloin en Normandie et des terres devenues complètement arides par surexploitation.
Ainsi, nous revoyons des images d’archives avec Jane Goodall, éthologue qui a consacré une grande partie de sa vie à la relation de l’homme avec les chimpanzés. Elle raconte qu’un des grands moments de cette passion fut quand un jeune chimpanzé lui touche spontanément le bout du nez. Belle rencontre intergénérationnelle entre nos deux adolescents plein d’admiration pour cette femme de 87 ans toujours animée de la même flamme.
Troisième raison : la trajectoire émotionnelle pour se questionner au fond. Le message du film évite deux dérives : la vision catastrophique ( nous allons droit vers la sixième extinction de l’espèce animale) et la vision solutionniste ( nous allons nous en sortir avec les progrès techniques, scientifiques, et les initiatives en cours pour réduire le gaspillage, la pollution, et l’épuisement de la terre..). L’intention de Cyril Dion qui parle lui-même de "trajectoire émotionnelle" est de permettre au spectateur de passer par des émotions très brutes pouvant aller de la colère, de l’indignation, à la tendresse, à la compassion…Ainsi, ce film a une odeur, une saveur, un goût très atypique. Pour ma part, il m’invite à me requestionner sur le lien originel perdu dans l’histoire d’un « système de croissance, de production et de consommation effréné », ce lien direct, sensoriel avec le monde animal et végétal. Comme le témoigne Bella vers la fin du film : et si nous nous considérions simplement comme des animaux parmi les animaux. Ni plus ni moins, comme des vivants parmi d’autres vivants qui méritent le même respect !
plus de 50 % des espèces ont déjà disparu en seulement 50 ans.
plus de 50 % des espèces ont déjà disparu en seulement 50 ans.
Enfin, en utilisant à nouveau le « Et si… » cher à Rob Hopkins, pionnier des villes en transition, et si des millions de jeunes et moins jeunes vont voir ce film produit en France et à l’étranger, que se passera-t-il ?
Thich Nhat Hanh, un sage pour un nouveau monde
Va lentement, ne te hâte pas,
chaque pas t'emmène au meilleur instant de la vie.
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Dans cette période automnale où les provocations de personnages "sulfureux" saturent les médias et les réseaux sociaux ( je ne leur ferai pas de pub), l'urgence de l'essentiel pourrait nous inviter à aller à la recherche des hommes et des femmes qui au-delà des tensions, des incertitudes et des complexités de notre monde, nous ouvre un horizon possible qui donne envie de vivre pleinement et d'espérer.
Un homme, moine d'origine vietnamienne, acteur engagé pour la paix depuis son combat auprès de Martin Luther King aux Etats Unis est retiré depuis plus de 30 ans dans un petit village de Dordogne et y attire chaque année des centaines de participants venus du monde entier. Thich Nhat Hanh, un nom bien difficile à écrire et à mémoriser pour un occidental, témoigne d’un art de la parole juste, posée, simple qui touche au plus profond. Bien qu'imprégné d'une culture bouddhiste, cet homme autrefois globe-trotter au service de la paix dispose d'une qualité rare : pouvoir évoquer Bouddha à côté de Jésus Christ sans valoriser l'un plus que l'autre. En effet, ses ouvrages best-sellers (1) transcendent autant les religions que le développement personnel pour nourrir en profondeur notre quête d’intériorité.
Thich Nhat Hanh est souvent repéré comme le moine de la marche méditative, d’une marche qui calme nos tempêtes intérieures et nous aide à nous recentrer sur l’instant présent pas à pas. « Quand nous constatons la présence de la colère, de la peur et de l’agitation en nous, nous n’avons pas besoin de les rejeter. Il nous suffit d’inspirer et d’expirer consciemment et de faire un pas en pleine conscience. ». Dans ses enseignements donnés d’une voix imprégnée d’une grande douceur ponctuée de silence, il nous propose d’apprivoiser la souffrance de nos vies d’une manière spécifique qui peut surprendre pour qui n’est pas habitué à la culture bouddhiste.
Accepter, embrasser même sa souffrance sans la nier est le premier pas dans un mouvement de pleine conscience. Et il suggère de recourir à la respiration consciente avec une forme de dialogue direct avec la souffrance. « En inspirant, vous dites silencieusement : « bonjour ma souffrance ». En expirant, vous dites : « Je suis là pour toi. » Et lui-même reconnait que ce sont les grandes difficultés et souffrances de sa vie qui l’ont aidé à guérir, à se transformer et à atteindre une paix profonde, une libération intérieure.
Il encourage notre réveil collectif, autrement dit, notre résistance aux pressions sociales et économiques du toujours plus. Comment ? Par le prendre soin de soi, des autres et de la planète. Et de manière concrète, savez-vous ce que recommande Thich Nhat Hanh pour commencer sa journée ? Commencer par un sourire. Pourquoi ? « Parce que vous êtes vivant et que vous avez 24 heures toutes nouvelles devant vous. Le jour nouveau est un cadeau de la vie pour vous. ».
J’aime la sensibilité de Thich Nhat Hanh , homme de combat pour la paix et dépositaire d’une grande tendresse née de ses combats externes et internes. En fait, j’ai appris notamment à marcher avec conscience, à être davantage dans l’ancrage de mes pieds que celui du mental de ma tête.
« A chaque pas, je reviens à la Terre. A chaque pas, je reviens à la source. A chaque pas, je prends refuge dans la Terre Mère ». Thich Nhat Hanh nous entraine avec simplicité et clairvoyance vers un nouveau monde.
Les citations de cet article sont extraites de ses ouvrages « l’art de vivre » et « marcher en pleine conscience ».
- En plus des deux ouvrages précédents : « Pratique de la méditation en pleine conscience » ; « l’art de communiquer en pleine conscience » ; « les bienfaits du silence ».
Avancer avec ombre et lumière
"Ce n'est pas en regardant la lumière qu'on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité. Mais ce travail est souvent désagréable, donc impopulaire. "
Cette pensée est celle de Carl Jung, le psychanalyste de l'âme et de l'inconscient. Dans les secousses qui secouent notre petit monde depuis quelques temps ( crise sanitaire, dérèglement climatique en escalade, crise écologique en cours....), la dernière liée à la publication début octobre du rapport Sauvé relatif aux abus sexuels dans l'Eglise catholique avec une estimation de près de 330 000 mineurs abusés depuis 1950 par des religieux, religieuses ou laics au sein de l'institution amplifie encore plus la question de la confiance au sein de la société. A qui se fier aujourd'hui ? Le déni des gouvernements devant l'ampleur de la crise écologique les place dans un discrédit que notamment la jeunesse supporte de moins en moins sans nécessairement être activiste à l'image de la jeune suédoise Greta Thunberg. Et l'église catholique, historiquement installée depuis l'époque romaine, semblait au moins refléter des valeurs morales soutenables pour beaucoup de citoyens qu'ils soient croyants ou non. Et là, l'institution, montrée du doigt par une commission de 21 experts indépendants autour de Jean Marc Sauvé, ancien vice président du Conseil d'Etat, fait l'objet d'un nouveau regard externe et interne de beaucoup autour de la question : "Comment une institution, si ancrée sur les valeurs humaines de respect de la vie depuis l'embryon, a t'elle pu laisser s'installer ou "fermer les yeux" sur cette gangrène qui concernerait près de 3000 religieux auteurs de ces actes ? Certes, la commission a été demandée par la conférence des évêques de France en 2018 après plusieurs procès retentissants de quelques prêtres condamnés pour acte de pédophilie. Le rapport tente de préciser quels facteurs ont pu contribuer à cette forme de dérive concernant environ 3000 agresseurs sur 115 000 clercs et religieux, soit 2,5 à 2,8% depuis 1950 !
Ce qui a retenu mon attention, c'est notamment une des nombreuses recommandations de la commission à l'Eglise autour de l'expression suivante : "Révéler la part d’ombre : une attitude de l’Église catholique qui a évolué au cours du temps, mais qui est restée trop centrée sur la protection de l’institution, longtemps sans aucun égard pour les personnes victimes Une institution Église qui n’a pas pris la défense des victimes. "
Et là, je me permets un pont avec la conviction de Carl Jung au début de cet article. C'est bien un travail en profondeur dans les entrailles de son mode de fonctionnement, de gouvernance, de relation à la société civile, au droit, que l’Église catholique est invitée à faire urgemment par la commission en regardant l'ombre qu'elle a omis de regarder . Ce travail n'est pas facile mais il semble incontournable si l'institution veut retrouver sa crédibilité et sa "lumière" notamment auprès des jeunes générations.
Or, par extension, ce travail de "regarder son ombre" mériterait aussi de toucher nos institutions politiques bien malades d'un débat parfois violent dans l'hémicycle de l'assemblée nationale ou encore sous forme de jeux théâtraux qui ne font plus rire. Nous aurions bien besoin d'une commission externe à l'image de la commission Sauvé qui a planché plus de 2 ans, pour lutter contre les abus de pouvoir, de langage et retrouver une lumière pour redonner une espérance aux jeunes générations en particulier. Un premier pas a été réalisé par le quotidien La Croix qui a proposé 10 engagements (1) pour l'année électorale autour d'un débat public politique apaisé et respectueux comme le 7ème engagement "Ne pas enfermer les interlocuteurs dans des identités figées, d'origine, de genre, de religion, de classe sociale". Ainsi la pensée binaire des bons et des mauvais, des sachants et des non sachants, des religions au dessous de tout soupçon et des non religieux forcément douteux est à mettre à la cave pour une pensée plus ouverte et tolérante qui accepte aussi que chaque personne porte en elle une part d'ombre qui ne doit pas faire oublier sa dimension "soleil".
(1) texte des 10 engagements
https://www.la-croix.com/Debats/Debattre-vraiment-10-engagements-Croix-presidentielle-2021-09-23-1201176947
Le premier geste professionnel de sa journée
Quel est le premier geste professionnel de votre journée ? Cette question reprend de l'actualité avec la rentrée, le retour à plus de présentiel pour un certain nombre de salariés du privé et d'agents du secteur public.
En effet, les neurosciences semblent montrer que notre conditionnement dans le monde du travail est souvent impacté par des habitudes historiques que nous avons prises et pour lesquelles nous ne voyons pas forcément leur aspect nocif, ou encore elles sont devenues tellement banales que nous n'y pensons même plus. Vous voulez un exemple ?
Pour celles et ceux qui utilisent un ordinateur dans leur métier de manière récurrente, quel est votre premier geste professionnel ? D'après les statistiques, il semblerait que bon nombre parmi nous ( et j'en faisais partie) commence à ouvrir leur messagerie pour découvrir souvent la litanie des mails posés les uns au dessous des autres. Et , suite à un retour de congés, certains appréhendent ce moment quand d'un simple clic l'écran d'ordinateur est envahi par une avalanche de 200 à 300 courriels et parfois plus.
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Or, en écoutant une conférence récente de Florence Hunot Cortès, victime d'un burn out il y a quelques années, et devenue une coach spécialiste de la gestion efficiente du temps, j'ai revu cette vieille habitude. J'ai choisi de manière conscience de commencer mes journées par une activité m'invitant à une concentration très centrée comme la préparation d'une intervention pédagogique ou encore la mise en forme d'une action de formation. Et miracle ! J'ai constaté, depuis plusieurs semaines que je pratique cette nouvelle habitude, que cela crée plus d'unité, de sérénité en moi comme si mon cerveau me disait au fond " Je suis bien quand tu te concentres sur une chose à la fois. J'ai horreur du zapping quand tu passes instinctivement d'un courriel à un autre sans rapport entre eux. J'ai besoin de centration !"
Au delà de ce premier geste professionnel du matin, je vous invite, à l'occasion de cette rentrée particulière ( pas de confinement pour l'heure à l'horizon mais la réalité de nouvelle organisation du travail avec l'émergence forte du télétravail dans tous les secteurs d'activité), de revisiter vos habitudes.
Sont-elles simplement des routines banalisées
ou sont-elles vraiment aidantes pour votre efficacité et votre sérénité au travail ?
Ainsi, nous pourrions facilement disserter sur l'art de la pause, je parle de la vraie pause, pas celle du café pris devant la machine à café debout ou entre collègues où le sujet "job" peut reprendre facilement le dessus. Quand j'accompagne en coaching individuel des managers, je suis assez frappé du fait qu'ils négligent l'importance de la pause comme s'ils n'y avaient pas droit ou encore qu'ils se devaient de montrer une continuité de service totale...Or, les spécialistes de la chronobiologie ont, depuis plusieurs années, démontrer l'importance de l'alternance activité-repos, d'un cycle régulier dans la journée. Et, si vous expérimentiez l'art de la pause, celle qui régénère le cerveau, qui fait du bien au corps comme au mental ? Dans cette perspective, je recommande souvent ce que j'appelle la pause respiration. De quoi s'agit-il ? Tout simplement, au moins une fois par demi journée, de stopper toute connexion avec un objet numérique (téléphone, smartphone, ordinateur, tablette numérique..) et de prendre le soin de revenir à soi ( porte fermée si vous pouvez être seul dans votre espace de travail). Prendre le temps d'accueillir son état de tension, de ce qui se passe dans le corps ( mal de dos, front crispé, mental saturé...) ou encore quelque part de la détente dans le corps. Puis, prendre le temps de grands inspirs et expirs pour redonner de l'oxygène au cerveau et terminer tranquillement par un exercice d'étirement ludique, en mettant l'intention dans la présence à l'ici et maintenant. Rappelons nous que le premier moyen anti-stress n'est pas un appareil moderne connecté mais tout simplement notre respiration.
Enfin, si vous faites le choix de la révision de vos habitudes de travail, bravo ! C'est un beau pas de conscience avec vous-même. Et je vous recommande d'expérimenter ces nouvelles habitudes au moins sur 21 jours ( soit un mois) car les spécialistes des comportements indiquent que cette durée est minimale pour que ce nouveau comportement devienne une habitude ancrée et durable. Avec le kaizen, l'art des petits pas. Choisissez une seule habitude à la fois, expérimentez la sur 21 jours...avant de passer à une autre habitude.
Simplement beau
Un moment suspendu sur le fil du temps quand François Busnel, animateur de l'émission de TV "la grande librairie" (1) s'adresse avec jovialité à François Cheng, son invité : "Comment faire au quotidien pour trouver la beauté là où elle est ?". Et la réponse tout en douceur et malice de notre académicien français poète d'origine chinoise : "Pour cela, laissez moi vous dire un peu ce qu'est la beauté ". Et de sa voix fluette et posée, François Cheng nous entraine dans une vision étonnante : " La beauté n'est pas un simple ornement. La beauté , c'est un signe par lequel la création nous signifie que la vie a un sens. Avec la beauté, on a compris tout d'un coup que l'univers vivant n'est pas une énorme entité neutre et indifférenciée, qu'il est mû par une intentionnalité....La présence de la beauté est partout. Une simple fleur est un miracle. Pourquoi une fleur, qui s'épanouit en pétales, atteint ce degré de perfection, de forme et de couleur ? De cela, on ne s'étonne jamais assez."
En ce mois d'août estival, nourri par la toile de fond du covid, des vaccinations, des anti vaccinations , des catastrophes naturelles aux quatre coins de la planète ( inondations ici, chaleur insupportable là, incendies...), il m'est apparu opportun de regarder une autre face de notre Terre : sa beauté offerte au quotidien.
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Dans la trace de François Cheng, je me sens de plus en plus attiré par le vert, le vert des feuilles ou des aiguilles des arbres avec toutes leurs nuances, des forêts, des sous-bois, avec le bleu de la mer, des lacs, ou encore du ciel. Mon dernier coucher de soleil sur l'étang de Palavas avec ma petite fille a été un doux moment quand l'astre est descendu tout doucement derrière les montagnes et quand, soudain, le ciel a été traversé par un vol de deux flamands roses en file indienne. Attendre ce coucher patiemment, l'observer, rester là simplement en témoin du vivant, du beau est une activité qui remplie l'âme.
Dans la littérature des amoureux du beau, de la nature, j'ai relevé dans l'ouvrage du docteur japonais Qing Li,pionnier du Shirin Yoku ou bain de forêt (2) la beauté des fractales ou encore des schémas naturels présents dans la nature. Des cristaux de flocon de neige, en passant par les pétales d'une fleur autour du pistil, à l'harmonie de branches d'arbres, jusqu'aux ciels offrant des contrastes saisissants avec des clairs obscurs ...Ces fractales se découvrent à l'infini sur notre planète. Et la deuxième bonne nouvelle pour les êtres humains : selon une étude scientifique conduite aux États-Unis, le fait d'observer tranquillement des fractales diminue de manière significative notre stress ! Non seulement la nature nous ouvre à la beauté, la contemplation dans le présent, et en plus, elle nous repose et fait du bien à notre âme . Victor Hugo, dans son grand poème "Aux arbres" en a été très conscient et plein de gratitude : " Une humble goutte d'eau de fleur en fleur tombée, un nuage, un oiseau m'occupent tout un jour. La contemplation m'emplit le cœur d'amour." (extrait).
De Victor Hugo à François Cheng, les poètes nous rappellent des vérités que la science est en train de confirmer : la beauté de la nature est une des premières ressources naturelles qu'il nous appartient de préserver...pour les générations futures !
(1) lien pour retrouver l'extrait d'émission :
https://www.facebook.com/watch/?v=2676983099054175
(2) titre de l'ouvrage : "Shinrin Yoku, l'art et la science du bain de forêt".
Un poète du nouveau monde, Damien Larivière.
« Mais grâce à toi, on a retrouvé au fond d’nos vies l’envie de rêver », un refrain sur rythme aérien et à la guitare de Damien Larivière , un ami auteur compositeur poète qui nous ouvre une brèche vers un nouveau monde. C’est d’ailleurs le titre de son dernier album sorti en 2021 après l’année 2020 du premier confinement sanitaire. Et je rends hommage à cette poésie chantée sur des rythmes exotiques, parfois endiablés et avec la saveur d’une âme qui cherche la lumière à travers des toiles de fond sociales parfois pesantes. J’ai le désir de vous partager mes trois « coups de cœur ».
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Greta, c’est bien sûr la jeune activiste suédoise Greta Thunberg qu’il met en scène dans un dialogue ironiquement drôle avec les décideurs politiques . « T’es la Che Guevara, la jeune mahatma du climat » avec un beau clin d’œil à Ghandi et en face « Et vous les soi-disant grands hommes pendant c’temps là pour le climat vous faites quoi ? » Jamais moralisateur ou accusateur, le ton appelle au questionnement face au mal du siècle, la crise écologique mondiale non maîtrisée.
Jamais le temps d’être vieux. J’ai été très touché par ces paroles car le personnage à qui il fait référence me ressemble bien. « Il prend jamais le temps d’être vieux et c’est tant mieux pour être heureux ». C’est un bel hymne à un optimise ancré dans le réel. Oui, remercier la vie est d’abord un acte premier avant tout y compris quand nous traversons des tempêtes ou des vents contraires. La vie nous offre chaque jour des opportunités pour toucher le beau et le bon, par le regard sur la nature , sur les autres êtres humains dans cette période de « répit pandémique »dans laquelle nous retrouvons notamment de la convivialité de proximité sur les terrasses de café et de restaurant ouvertes à nouveau.
Magique Maman. Magnifique hymne à sa maman, à la fois intimiste et universelle. Ii ose des paroles de tendresse que peut être peu d’entre nous ont su dire à leur mère avant qu’elle ne rejoigne le ciel. Ma chère maman, « mangée progressivement et inexorablement » par la maladie d’Alzheimer , décédée au temps du premier confinement, j’aurais aimé pouvoir te dire simplement et avec amour ces mots venant du cœur :
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« Qu’est-ce qu’on serait sans tes baisers
Qu’est-ce qu’on serait sans ta confiance
Qu’est-ce qu’on serait sans ta clarté…
Ami poète, à travers cet article estival, je te redis mon amitié profonde et mon soutien pour ta manière poétique, musicale, rythmique inclassable pour nous entrainer hors de nos murs, vers une autre lumière, celle de la vie qui bat dans le quotidien de nos petits riens.Peut-être, est-ce aussi un appel à une sagesse à cultiver pour sortir de nos conditionnements digitaux, sociaux, ou encore médiatiques .
« La sagesse, c’est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue quand on les poursuit », nous rappelle le poète et humoriste irlandais, Oscar Wild… depuis l’autre monde.
Pour suivre le poète : www.damienlariviere.com
De la liberté extérieure à la liberté intérieure en période de Covid 19
Depuis mars 2020, les périodes de restriction de nos libertés de déplacement, sous l’emprise des mesures de protection sanitaire liées à la Covid 19 et à la pandémie mondiale, ont ponctuée notre vie quotidienne. Le confinement strict de la première période de mars à mai 2020 nous donnait l’autorisation d’une sortie d’une heure maximale par jour dans un rayon d’un kilomètre depuis le domicile pour une activité physique d’entretien. En fin d’année 2020 et au premier semestre 2021, nous avons connu les règles du couvre-feu ( sans qu’il n’y ait de guerre) interdisant, par loi gouvernementale, nos sorties hors domicile au-delà de 18H puis progressivement élargi à 21H et à 23H. Depuis juillet 2021, nous retrouvons notre pouvoir de nous déplacer sans produire de justificatif ou encore sans nous poser la question d’un retour précipité pour tenir la limite horaire. Ces restrictions justifiées par le gouvernement comme moyens nécessaires et incontournables d’endiguer l’extension de la pandémie, de protéger les populations et notamment les personnes les plus fragiles, ont produit de nombreux débats relayés par les médias sur cette fameuse liberté individuelle « mise à mal » dans un état démocratique. Pour ma part, je note, dans ce contexte, que majoritaires ont été ceux et celles qui ont respecté les consignes données dans une démarche d’obéissance à la loi ( avec risque d’amende en cas d’infraction) et de geste de solidarité citoyenne ( finalement , je participe à l’effort national et même international en espérant bien que tout cela s’arrête un jour) . D’une certaine manière, c’était donner du sens au fait de réduire nos déplacements, nos désirs de sortie de jour et de soirée. Mais là, force est de constater les grands écarts dans le vécu personnel. Entre des étudiants en rupture de contact social, confinés dans leur chambre avec des cours en ligne au bord de la dépression, des salariés désœuvrés en impatience de reprendre une activité et ceux et celles, résilients, qui ont pu surfer sur la vague et vivrent cette période en s’ouvrant à d’autres horizons parfois plus intérieurs comme la méditation, des lectures pour lesquelles le temps était devenu disponible, ou encore le retour à une cuisine pour soi ou au bricolage à la maison.
Et si cette privation temporaire de liberté que je qualifie de liberté extérieure nous invitait à regarder en nous de plus près une autre forme de liberté, notre liberté intérieure ?
La liberté extérieure, très valorisée dans notre monde moderne, voudrait nous faire croire que plus nous avons de choix, plus nous repoussons nos contraintes et plus nous serions heureux. Ainsi, des jeunes se lancent dans des sports extrêmes pour vivre toujours plus de sensation avec le risque de terminer leur vie par un accident mortel. Cette liberté nous pousse à regarder de manière étroite les contraintes de nos vies qui, de toute façon, augmenteront avec l’avancée en âge. Une personne en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) est extrêmement dépendante des horaires de l’établissement, des soins et du personnel avec une autonomie de mouvement limitée. Si nous regardons du côté de la liberté intérieure, avec celles et ceux qui l’incarnent profondément, elle semblerait plus détachée du contexte, des contraintes institutionnelles et matérielles.
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Le Dalaï-Lama, guide spirituel du peuple tibétain qui a dû fuir son pays avec l’invasion chinoise dans les années 60, pourrait se plaindre de sa situation durable d’exilé. Et pourtant, dans ses ouvrages et ses prises de parole, il rayonne d’une forme de paix intérieure teintée souvent d’humour. Une femme, Etty Hillesum, jeune juive déportée et morte à 29 ans à Auschwitz témoigne dans son journal (« Une vie bouleversée, journal 1941-1943 ») de la manière incroyable dont elle a vécu une expérience spirituelle profonde. « On peut nous rendre la vie assez dure, nous dépouiller de certains biens matériels, nous enlever une certaine liberté de mouvement tout extérieure, mais c’est nous-mêmes qui nous dépouillons de nos meilleurs forces par une attitude psychologique désastreuse….On a bien le droit d’être triste et abattu, de temps en temps, par ce qu’on nous fait subir : c’est humain et compréhensible….Je trouve la vie si belle et je me sens libre. En moi des cieux se déploient aussi vastes que le firmament. Je crois en Dieu et je crois en l’homme, j’ose le dire sans fausse honte… ».
Ces deux exemples d’un homme et d’une femme pour vous partager ma conviction que cette liberté intérieure n’est pas tant contingentée, dépendante du contexte plus ou moins agréable ou difficile de nos vies mais profondément ancrée dans notre regard intérieur sur notre relation au monde. Comment la cultiver pour qu’elle nous aide à « dépasser » l’étroitesse de nos conditionnements à une liberté de « pouvoir faire ce que je veux quand je veux avec qui je veux. » ?
Probablement par un travail intérieur de détachement de notre petit moi, l’ego qui voudrait que nous soyons le centre du monde, que nous soyons reconnus et aimés en toute circonstance. Or, la vie se charge de nous apprendre que, malgré tous nos efforts, il y aura des moments de doute, d’épreuve, de solitude, de tension, de non amour qui mettront notre ego à rude épreuve.
Un autre mouvement me semble aussi important, dans l’humilité de notre être profond : notre désir de reliance avec d’autres qui sont déjà sur cette voie de la liberté intérieure. Ces femmes et ces hommes témoignent simplement, de manière authentique, d’une vitalité intérieure, au-delà des épreuves vécues, et portent ce regard bleu sur le monde, les hommes, la nature et la Vie. Et j’ai le désir, pour conclure cet article, de laisser ma plume à l’un d’entre eux, poète du temps présent qui vit à la campagne et écrit à la main, sans ordinateur :
« Maintenant c’est le soir mais je ne veux pas laisser filer ce jour sans vous en donner le plus beau. Vous le voyez le monde. Vous le voyez comme moi. Ce n’est qu’un champ de bataille. Des cavaliers noirs partout. Un bruit d’épées au fond des âmes. Eh bien, ça n’a aucune importance. Je suis passé devant un étang. Il était couvert de lentilles d’eau - ça, oui c’était important.
Nous massacrons toute la douceur de la vie et elle revient encore plus abondante. »
Un extrait de l’homme-joie de Christian Bobin qui nous invite à revenir à nous-mêmes, au dialogue avec notre âme, pour nous ouvrir à cette liberté intérieure qui ne s’achète pas.
Gäel Giraud, l'économiste écologiste hors norme
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A 51 ans, Gaël GIRAUD, ancien économiste en chef de l’Agence Française du Développement (AFD), ancien membre du comité scientifique de la fondation Nicolas Hulot, vient d’être nommé en 2020 à la prestigieuse université de Georgetown à Washington pour diriger le programme de la justice environnementale. Un visage d’enfant sage, un regard doux, une voix fluette paisible, et un sens de la concentration pour répondre à ses interlocuteurs avec précision et justesse, Gaël GIRAUD détonne dans le paysage des économistes influents car il ose sortir du cadre convenu, épingler le gouvernement sur ses incohérences de stratégie et soutenir une thèse, celle des communs.
Pour situer la pensée économiste de Gaël GIRAUD, précisons qu’il est aussi prêtre jésuite et déploie à travers ses ouvrages, ses conférences, et ses liens avec des politiques engagés une démarche voulant mettre l’économie au service d’une terre viable écologiquement et d’une justice sociale. Ainsi, il considère, avec d’autres penseurs, que le modèle néo libéral n’est plus adapté (l’a-t-il été un jour ?) et qu’il y a urgence à changer de modèle économique notamment avec la nécessité de remettre le secteur financier bancaire, y compris la banque centrale européenne sous l’autorité régulatrice des Etats. Dans cette vision, il remet en cause tout simplement le vieux concept historique d’origine romaine de la propriété privée et propose de redonner une vraie place à ce qu’il nomme les communs. De quoi s’agit-il ?
Les communs sont des biens communs qui ne sont ni privés, ni publics et qui servent au collectif. « C’est une ressource partagée par une communauté avec des règles assez précises d’allocation de la ressource » (1). Dans le cadre de ses interventions de plus en plus suivies, il montre qu’il serait absurde de considérer les poissons de l’océan comme un bien public avec un risque d’appropriation par une puissance étatique et qu’ils méritent d’être considérés comme des communs méritant de faire l’objet de règle partagée pour éviter leur surexploitation et l’équité concernant la pêche. Les communs correspondent à « notre rapport le plus ancien et le plus ancestral au monde qui nous entoure » (1). Et il démontre que les peuples indigènes ont sauvegardé ce principe de bien commun avec l’autorité du chef de tribu. Ce n’est pas un concept ringard car il démontre aussi que des démarches d’intelligence collective actuelles comme les fab lab, les logiciels libres témoignent de l’intelligence partagée hors propriété privée et sont bien des communs à privilégier. Nous sommes donc encouragés à nous réapproprier des communs sur nos territoires, à être inventifs à l’image des monnaies locales qui fleurissent ici et là.
L’enjeu pour cet homme engagé dans une croisade pour une économie au service de la vie et de la justice sociale, est bien de sortir de l’impasse d’un modèle obsolète de production-consommation- profit pour inventer un modèle qui passe par une réappropriation au niveau le plus local des communs par les citoyens. Utopique ? Gaël GIRAUD reste, dans l’esprit de Saint Ignace de Loyola, fondateur des jésuites, dans une réflexion fondée sur le discernement spirituel et a vécu aussi, pour répondre aux exigences de la formation des jésuites, loin des feux des médias, une retraite de 30 jours dans le silence, et un mois et demi dans un centre de réfugiés à Rome.
Et si cet économiste communiquant « hors norme » ouvrait une porte sur une société du futur, celle à laquelle aspirent de plus en plus de citoyens conscients d’un système économico-politique à bout de souffle ?
- Ted X de Tours en avril 2018 : apprenons à partager les ressources pour sauver le vivant.
Ouvrage de référence : Illusion financière ; 2014